Boules de Fourrure

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Quelques bases

Des billets simples sur des bases de médecine vétérinaire.

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dimanche 3 juillet 2016

Bagarres, abcès, leucose féline et SIDA du chat

C'est le week-end, je ne travaille pas, du coup je vais en profiter pour répondre à une question du jour quatre, lorsque je précisais qu'en cas de bagarre et abcès chez les chats, le danger le plus important était de contracter la leucose féline ou le SIDA du chat.

Évacuons la problématique des abcès : comme je l'ai expliqué, ils sont fréquent lors des bagarres entre chats. Des phlegmons, ou de bonnes grosses boules purulentes qui finissent en général par percer après une phase fébrile, et qui peuvent guérir tout seuls, en laissant des cratères plus ou moins importants. C'est même l'évolution assez normale d'un abcès. Bien entendu, l'abcès peut-être placé à un endroit dangereux, près d'un œil, sous la gorge. Il peut aussi favoriser une septicémie, c'est à dire une diffusion des germes dans l'organisme, qui risquent de finir leur course dans un endroit hautement indésirable – les valvules cardiaques, pour choisir un exemple tristement classique. Sur un chat âgé, l'anorexie, la déshydratation, la fièvre peuvent précipiter une insuffisance rénale. Consulter un vétérinaire pour un abcès de chat n'est pas du tout une mauvaise idée, même si vous trouverez de nombreux exemples de guérison spontanée !

La leucose féline et le SIDA du chat sont malheureusement souvent associés aux bagarres et abcès, et souvent confondus tant ces maladies ont de points communs. Souvent associées ? Pour la leucose, en Amérique du Nord, une étude dépiste la leucose féline et ou le SIDA chez 19,3 % des chats présentés pour abcès ou plaies de morsure, la prévalence étant de l'ordre de 2-3 % de la population générale, en Amérique du Nord toujours.

Je ne vais pas vous ennuyer avec de la virologie pointue, mais pour faire simple : ces deux virus appartiennent à la catégorie des rétrovirus. Comme le SIDA chez l'homme, dont le SIDA du chat est un cousin (et un modèle d'étude). On les appelle, pour la leucose, FeLV (Feline Leukaemia Virus), et pour le SIDA du chat, FIV (Feline Immunodeficiency Virus).
Ces virus ont la capacité d'insérer leur code génétique dans l'ADN des globules blancs, les cellules de défense du corps (c'est très bien expliqué ici). A la suite d'un épisode fébrile plus ou moins marqué, pas du tout spécifique et qui peut facilement passer inaperçu, la maladie peut devenir invisible. Le chat se porte alors très bien… et peut vivre des années ainsi !

Ces virus se transmettent essentiellement par les morsures, mais, c'est une différence importante, la salive est nettement plus contaminante en cas de leucose que de SIDA. Ce sont toutes deux des maladies sexuellement transmissibles (MST) mais ce n'est pas la voie de contamination majeure chez les chats. Une transmission de la mère aux chatons est également possible, mais pas systématique. Après contamination par le virus de la leucose, et épisode fébrile non spécifique, deux évolutions sont classiquement décrites : certains chats restent virémiques (le virus peut toujours être détecté dans le sang, et ces chats développent des symptômes), d'autres deviennent avirémiques (ils portent toujours le virus, mais il se planque bien, dans la moelle osseuse notamment, et ces chats ne sont généralement pas malades). Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, les vraies guérisons, avec élimination réelle du virus, sont exceptionnelles.
Après contamination par le virus du SIDA et épisode fébrile non spécifique, en général, une longue phase asymptomatique commence. Le chat va bien, mais, petit à petit, des dysfonctionnements immunitaires vont apparaître et des maladies opportunistes se développer.

Les symptômes observés dans la phase clinique de la leucose sont en majorité liés aux cellules sanguines : la moelle osseuse déconne, et on observe des anémies (diminution du nombre de globules rouges, qui transportent l'oxygène), thrombopénies (diminution du nombre de plaquettes, qui servent à coaguler) et leucopénies (diminution du nombre de globules blancs, qui servent au corps à se défendre). L'hémobartonellose, une maladie opportuniste transmise par les tiques, peut venir compliquer les choses en détruisant les globules rouges (cette maladie est rarissime chez les chats non immunodéprimés). Les lymphomes sont aussi très fréquents. Ce sont des cancers des globules blancs. Et puis il y a toutes les maladies opportunistes, qui deviennent bien plus fréquentes en raison de la diminution des défenses du corps.

Les symptômes observés dans le syndrome d'immunodéficience acquise du chat sont essentiellement des infections opportunistes. Les plus fréquentes sont des gingivites virales, mais tout est possible… et elles peuvent guérir, ou pas. C'est imprévisibles.

Le diagnostic se fait en priorité grâce à des tests sanguins rapides et peu onéreux dont disposent tous les vétérinaires. Ils sont fiables, mais ils ont leurs limites. Dans le doute, on peut améliorer la fiabilité du test en allant vers des méthodes plus perfectionnées. Ils seront utilement complétés par une Numération-Formule (comptage des cellules sanguines) qui permettra de mieux comprendre où en est le chat avec son virus.

Le traitement… Oui, il y a des possibilités. Outre la gestion de toutes les infections opportunistes. Il existe des traitement antiviraux, il en existe même un spécifique pour les rétrovirus félins. Ils améliorent la durée de vie des chats, c'est correctement documenté pour la leucose, moins pour le FIV. Ils ne permettent pas une vraie guérison.
Mais ils coûtent très chers. Vraiment. Je n'ai jamais réussi à en mettre un seul en place. Même en vendant les médicaments à leur prix d'achat.

La prévention, alors ?
Faites stériliser vos chats. Le mode de contamination principal est la morsure. La première cause de morsure est la défense du territoire. Partir à la recherche de partenaires sexuels est une cause majeure d'invasion du jardin des voisins. Si vous les faites castrer ou ovariectomiser, ils auront moins de chance d'attraper ces saletés (c'est bien documenté pour le FIV, c'est moins clair pour le FeLV, pour lequel la salive est un contaminant majeur et un toilettage mutuel un mode de contamination bien documenté, en dehors de tout cadre de conflit).
Faites les vacciner contre la leucose. Le vaccin marche bien. Il nécessite un rappel annuel, tout au long de la vie de votre chat. Pour le SIDA du chat, il n'existe pas de vaccin sérieux. Comme pour l'homme. Concernant la vaccination contre les autres maladies des chats atteints par l'une ou l'autre de ces maladies : elle est utile ! Par contre vacciner contre la leucose un chat porteur du FeLV est inutile (mais pas dangereux).

Certains craignent lors du dépistage que je ne leur propose d'euthanasier leur chat s'il est positif. Soyons clairs : on n'euthanasie pas un animal parce qu'il porte un virus. On peut décider de le faire s'il est impossible de lui assurer une vie confortable en raison des complications (maladies opportunistes incurables, lymphomes avancés...) mais la plupart des chats finissent leur vie assez confortablement. Si le chat n'est pas castré, par contre, j'insiste lourdement pour qu'il le soit. Le "simple" portage du FIV ou du FeLV n'est en tout cas pas un motif d'euthanasie.

jeudi 4 avril 2013

Niveaux de preuve

Il y a une petite quinzaine d'année, un prof de l'école vétérinaire de Nantes intervenait dans un quelconque congrès de médecine vétérinaire auquel je participais. Je ne me rappelle plus du sujet, mais je me souviens de son introduction, et de sa conclusion. Un gars plutôt dynamique, blagounettes à l'appui, sourire ultra-bright, qui m'a plutôt donné un fort a priori négatif. Son propos était de confronter je ne sais plus quelle entité pathologique à l'EBM.

Ouais, j'avais achevé mes études, et passé ma thèse depuis peu. Et je n'avais jamais entendu parler de ce truc. EBM, Evidence-Based Medecine. Certains préfèrent SBM (science-based medicine), ou médecine basée sur des preuves, en bon français. Cette logique allait devenir, petit à petit, l'étalon-or de la bonne pratique médicale. Mais à l'époque, je découvrais un concept. Ou plutôt, je m'énervais contre. Bien sûr que la médecine devait être basée sur des preuves. On n'allait quand même pas soigner les animaux ou les gens sur des simples avis de type variés, quelle que soit leur expérience, ou sur un fatras d'habitudes accumulées, quand même. Il y avait le sérieux des AMM des médicaments, les publis scientifiques qui fondaient toute la connaissance médicale, malgré leurs inhérentes limites, bref, je ne voyais pas ce qu'il y avait de nouveau là-dedans.

J'étais jeune, naïf et idéaliste. J'allais tomber de très haut. Pas au cours de cette conf', non, ma chute allait être plus lente, plus progressive. Il me fallait le temps de réaliser que non, définitivement, aussi pertinente qu'ait été ma formation, aussi motivés qu'aient été mes profs, tout ce que j'avais appris ne respectait pas, loin s'en faut, les standards de l'EBM. Il faut bien reconnaître deux limites à la formation d'un jeune vétérinaire de l'époque (pas si lointaine, gamins) : j'avais appris pléthores de choses sur la pathologie, la sémiologie, toutes les bases du vivant (anatomie, physio, etc), j''avais appris plein de trucs sur la pharmacie, mais je n'étais pas prêt à soigner des animaux. Alors j'ai copié les premiers vétos avec lesquels j'ai bossé. Ou je les ai choisis en anti-modèle, selon les cas.

Il m'a fallu du temps pour repasser tout cet apprentissage "sur le tas" au filtre de ma formation initiale puis continue.

Je suis devenu exigeant sur le niveau de preuve, et je viens de lire un article très intéressant sur ce concept a priori assez simple, écrit par le Dr Steven Novella sur le blog Science-based Medicine. Je vous en propose, avec son accord, une traduction, après vous avoir rappelé, suite au commentaire très pertinent de docdu16, que l'EBM ne se réduit pas au niveau de preuves (les meilleures données cliniques externes), mais qu'elle doit aboutir à une décision en y confrontant les préférences du patients et l'expertise propre au clinicien.


Les niveaux de preuve

Les défenseurs de la médecine basée sur la science sont souvent attaqués sur le mode : que vous faut-il pour vous convaincre de l'efficacité de la médecine au lait de vache sacrée ? Ce défi contient une accusation à peine voilée : quelles que soient les preuves que je vous offrirai, je ne réussirai pas à vous convaincre car vous êtes un foutu sceptique.

Pourtant, il y a un seuil, un niveau de preuve qui me convaincrait de n'importe quoi. En réalité, je suis convaincu que nombre d'affirmations scientifiques sont très probablement vraies - en tout cas suffisamment convaincu pour en conclure qu'elles sont vraies. Ce qui, en médecine, signifie que je suis assez convaincu pour les utiliser comme base de ma pratique médicale.

Il y a de nombreuses différences de fonctionnement entre les pratiquants de la médecine basée sur la science (EBM) et ceux qui acceptent les allégations et les pratiques que nous considérerions comme de la pseudoscience ou de la fraude, mais j'ai récemment été frappé par une différence bien particulière : le seuil auquel nous plaçons le niveau de preuve exigé avant d'accepter une allégation.

La semaine dernière, j'ai participé à un débat sur la légitimité de l'homéopathie (vous pouvez lire mon compte-rendu complet ici, et ici). Face à moi se trouvait Andre Saine, un naturopathe canadien, doyen de l'académie d'homéopathie canadienne. Il y avait, en résumé, une différence-clef entre la position de Saine et la mienne pendant ce débat : il accepte des preuves extrêmement faibles pour confirmer la réalité de l'homéopathie. Son degré d'exigence en termes de niveau de preuve est incroyablement bas.

IEt pourtant il était certain que les preuves qu'il apportait ne pourraient que convaincre les sceptiques. J'en suis arrivé à la conclusion que Saine n'avait aucune notion du niveau de preuve habituellement exigé en médecine, et en science de manière plus générale.

Que vous faudrait-il pour me convaincre ?

Nous avons beaucoup écrit sur ce à quoi ressemblent des preuves convaincantes. J'ai également écrit sur des sujets scientifiques en dehors de la médecine, et cela m'a aidé à avoir une perspective plus large. Ainsi, par exemple, les adeptes des perceptions extra-sensorielles acceptent également des preuves extrêmement faibles.

Que faut-il pour que la communauté scientifique accepte la réalité d'un phénomène ? Et pour qu'elle écarte les explications alternatives ?

Voici les quatre critères qui doivent être remplis simultanément pour qu'une preuve scientifique soit convaincante :

1- Des études à la méthodologie rigoureuse, conduite avec un insu adapté (explication ici en français), suffisamment puissantes, qui définissent et contrôlent de manière adéquate toutes les variables pertinentes (et confirmées en passant l'épreuve de la relecture par les pairs et l'analyse post-publication).

2- Des résultats positifs statistiquement significatifs.

3- Un ratio signal/bruit raisonnable (avec une pertinence clinique en ce qui concerne les publications médicales, pour que nous puissions distinguer le signal du bruit dans notre pratique)

4- L'expérience doit être reproductible de manière indépendante : quelle que soit la personne reproduisant l'expérience, l'effet doit être détecté sans équivoque.

Nous constatons souvent avec les approches médicales douteuses (comme l'homéopathie) que seul le critère numéro 2 est nécessaire : toute étude avec une signification statistique est considérée d'une fiabilité à toute épreuve.

Nous voyons également souvent un tour de passe-passe semblable à celui des vendeurs de voitures neuves. Ces derniers vont utiliser la méthode des quatre cases, divisant une feuille de papier en quatre carrés. Dans le premier, il y a le prix de la voiture, dans le second, le taux d'intérêt, dans le troisième, l'acompte, et dans le quatrième, la remise. Les mensualités seront calculées sur cette base.

L'astuce du vendeur de voiture consiste à exploiter cette méthode pour être sûr d'y gagner : si la remise est élevée, le prix de la voiture le sera aussi. Vous ne ferez jamais une bonne affaire sur les quatre case à la fois.

Les partisans des pseudo-sciences travaillent de la même façon. Ils proposent des études qui satisfont à un, parfois deux des critères cités plus haut, mais jamais aux quatre à la fois. Ils proposeront des études mal conçues avec des résultats positifs, ou des études bien menées avec des résultats positifs mais aucune pertinence clinique, ou impossibles à reproduire.

On n'obtient jamais les quatre critères à la fois pour une simple et bonne raison : le phénomène mis en avant n'est pas réel. Seul un effet réel sera obtenu de façon répétée dans des études rigoureuses.

Il faut bien comprendre que ces critères sont la base de la reconnaissance scientifique, sans même parler de plausibilité a priori. Pour chaque critère, il faut en apprécier la qualité : à quel point une étude est-elle rigoureuse, combien de fois l'expérience a-t-elle été reproduite, quelle est l'ampleur de l'effet ? Moins une allégation est plausible, plus le niveau de preuve devrait être élevé pour la démontrer.

Les homéopathes et les adeptes des sciences peu plausibles n'aiment pas ce raisonnement. Ils le raillent sous l’appellation de "biais de plausibilité". Les autres appellent cela "la science".

Il est cependant important de signaler que sans même parler de plausibilité ou de probabilité a priori, l'homéopathie n'arrive de toute façon pas à satisfaire aux critères scientifiques minimaux de recevabilité. Elle ne s'en approche même pas, même en lui concédant le bénéfice du doute.

Pour la défense du seuil de niveau de preuve

Si vous êtes convaincu par la réalité de quelque chose comme l’homéopathie, l'acupuncture, la médecine énergétique ou toute autre pratique aussi improbable, le seuil d'acceptabilité semble injuste. Il passe pour une astuce inventée par les sceptiques pour nier la réalité de vos fabuleuses pratiques médicales.

Ce niveau de preuve est, pourtant, le standard scientifique (bien sûr, ce standard peut être plus ou moins élevé, mais il s'agit là du seuil minimum).

L'EBM repose partiellement sur le principe qu'un standard aussi rigoureux est justifié et nécessaire, et qu'il devrait sans doute être même plus élevé qu'il n'est actuellement. Nous pourrions écrire un article sur chacune des raisons qui justifient cette position, mais on peut les résumer de la façon suivante :

  • La recherche médicale est un domaine complexe car les gens sont, de manière générale, une variable et un système "bruyant" qui rend difficile la conception des études et le contrôle des variables.
  • Les effets placebos sont variés et difficile à comprendre.
  • Le degré de liberté des chercheurs rend possible la fabrication de résultats positifs même à partir d'un phénomène qui n'existe pas. Ceci implique une rigueur toute particulière dans la conception et la réalisation des études, ainsi que la possibilité de reproduire les résultats de manière indépendante.
  • Il y a parfois des fraudes dans la recherche scientifique.
  • Il y a un biais financier considérable dans la recherche médicale, puisque c'est une science appliquée dont les bénéfices peuvent se compter en milliards.
  • Les humains sont, de manière générale, sujet à de nombreux biais cognitifs et heuristiques (explication en français ici, ce sont des notions très importantes pour comprendre l'importance de l'EBM), failles logiques, faux souvenirs, mauvaises perceptions, et autre mécanisme d'auto-persuasion. Il faut être conscient que l'on peut nous amener à croire à peu près n'importe quoi.

Conclusion

La science rigoureuse nous ancre à la réalité. Sans elle, nos croyances nous plongent dans un monde imaginaire qui satisfait à nos désirs et émotions mais qui n'a plus grand chose à voir avec la réalité. On peut nous amener à croire que l'eau pure peut se souvenir de "l'essence" d'une substance qui fut diluée en elle, et que cette essence peut soigner des gens en fonction de critères sans aucun lien avec leur maladie, tels que leur personnalité.

Sans cadre scientifique, nous croirons à la magie. C'est une tendance qui appartient à notre héritage, à notre évolution. Mais notre capacité à la logique et à la pensée critique également !

Depuis deux siècles, la médecine scientifique a mûri, nous avons appris à étudier les maladies et la médecine de plus en plus rigoureusement. Nous avons beaucoup appris sur notre capacité à nous mentir à nous même, et sur les moyens subtils de manipuler les données et la recherche.

Nous savons maintenant comment prouver qu'une chose est réellement réelle, pas qu'elle a juste l'air d'être réelle. Nous devrions résister avec vigueur à ceux qui tentent de rejeter cette sagesse durement acquise parce qu'elle menace les croyances qu'ils chérissent.


Voilà pour la traduction de l'article. Que puis-je ajouter ?

Que la médecine que nous pratiquons n'est que partiellement EBM. Tout ce que nous faisons n'a pas été prouvé. Beaucoup de choses sont faites "parce que ça marche", même si l'on n'a parfois qu'une idée assez médiocre des raisons pour lesquelles ça marche. La science progresse, de plus en plus de pratiques sont confirmées. D'autres sont écartées. Il faut continuer dans cette voie. Appliquer avec prudence ce qui marche, même si l'on ne sait pas vraiment pourquoi, et avoir conscience de ces limites ! Une pratique purement EBM est impossible, car les gens et les maladies ne sont pas des chiffres. Mais cet argument, qui est utilisé par les adversaires de l'EBM, ne justifie en aucun cas son abandon ni, à l'inverse, de se dire que tout est permis parce qu'après tout, c'est pas parce que quelque chose n'est pas prouvé que ça ne marche pas.

La critique et la rigueur ne concernent pas que les médecines alternatives : il faut appliquer ce niveau d'exigence à la médecine "normale". Il faut savoir remettre en question, rester vigilant, être prêt à revoir ses a priori. ce n'est pas facile. Être sceptique, c'est aussi être ouvert d'esprit : il ne faut pas non plus rejeter une idée parce qu'elle ne nous plait pas. Mais il est hors de question d'accepter une pratique potentiellement dangereuse pour le patient s'il en existe une autre dont les effets, les bénéfices et les limites sont connus et acceptables.

On a beaucoup parlé ces derniers temps du scandale du Mediator, de celui des pilules de troisième et quatrième génération, du dépistage du cancer de la prostate et de celui du sein (je parle de médecine humaine car c'est là qu'on a le plus de donnée, vous comprenez la logique). Je crois en la science pour sa capacité à se critiquer elle-même, tout le temps. C'est pour moi le plus important des points faibles de la plupart des pratiques alternatives. Et la différence entre la science et la croyance.


Un grand merci à @Drkalee, @La_Bzeille, @lenatrad, @Dr_Ezrine, @zeJeeP, @mildis, @jabial, @13Atg, @zecalvin, @Bidibulina, @monosynaptik, @CharlineDAVID et aux autres twittos qui m'ont aidé dans cette traduction. Remerciements tout particuliers à Borée.

Ce billet est dédié aux chaussettes de Jaddo.

lundi 4 juin 2012

Stériliser sa chienne ou sa chatte

La peluche vient de recevoir sa seconde injection de primo-vaccination. Nous discutons alimentation, et un peu éducation. Je pose la question de la stérilisation.
- Ah oui docteur, on va la faire opérer hein, quand elle aura fait sa première portée.
- Ah, vous voulez une portée ?
- Oh oui docteur, comme ça elle sera heureuse.
- Mmh vous savez, ce n'est pas d'avoir une portée qui la rendra, ou pas, heureuse. Vous avez réfléchi à ce que vous ferez des chiots ?
- On lui en laissera un, parce que sur le bon coin, c'est difficile de les vendre.
- Donc vous allez tuer les autres ?
- On vous les apportera quand ils seront tout petits.
- Et vos faites ça pour qu'elle soit heureuse ?

Je veux dire : anthropomorphisme pour anthropomorphisme, soyons au moins cohérents.

Notez que ça marche avec plein de variantes :
On lui laissera faire une fois des chaleurs.
Une portée, mais on ne garde aucun petit.
Ce serait mieux si on la faisait saillir puis avorter ?

Cela fait des années que j'entends ce genre de choses. J'anticipe de plus en plus, amène la conversation sur le sujet le plus tôt possible, dès la première consultation de primo-vaccination, en indiquant sans insister qu'on en reparlera le mois prochain - histoire de forcer les gens à y réfléchir un minimum.

J'ai appris à ne plus énoncer ma science en me réfugiant dans mes scolaires certitudes. J'ai appris à ne pas donner l'impression d'être un maniaque de la stérilisation. Je fais attention aussi à ne pas avoir l'air vouloir opérer "juste pour faire de l'argent". D'ailleurs, quand je devine le soupçon dans le regard de mon interlocuteur, un calcul rapide de ce que me rapportent les problèmes de reproduction le dissipe assez efficacement. On y reviendra.

Mais de quoi parle-t-on ?

Aujourd'hui, on parle des filles. J'ai déjà abordé le devenir des testicules dans un précédent billet, je ne reviens pas dessus. Je ne vais pas reprendre certains éléments, qui restent pertinents dans le cadre de la stérilisation des femelles. Je vais me concentrer sur les chiennes et les chattes.

Chez la chienne, la puberté (le moment où l'animal devient apte à se reproduire) survient entre 5 et 18 mois. En général, plus c'est une chienne de grand gabarit, plus la puberté est tardive. 5-6 pour une chienne de 5-10 kg, 18 mois pour une Saint-Bernard. Évidemment, c'est complètement approximatif, et il y a des tonnes de contre-exemple. Mais ça vous donne une idée. C'est d'ailleurs assez spectaculaire pour les plus précoces, les propriétaires ne s'étant pas encore habitués à leur petit bébé boule de poil qu'elle est déjà enceinte.

Les chattes sont plus compliquées : leur puberté survient en général vers 4-6 mois, mais le déclenchement des cycles sexuels est saisonnier. En gros : de janvier à septembre. Plus que l'âge, je regarde la période de l'année (quel âge aura-t-elle en janvier si elle est née en été/automne, quel âge aura-t-elle en automne si elle est née au printemps ?).

Un cycle sexuel canin dure 6-7 mois, en moyenne. Disons deux périodes de chaleurs (on dit œstrus quand on veut être précis) par an. Gestation ou pas, cette durée ne varie pas, ou peu. Selon les races, les portées comptent de deux à quinze petits. Voire plus.

Le cycle sexuel de la chatte est un véritable foutoir. Sans saillie, une chatte est généralement en chaleur pendant une semaine toutes les deux semaines. La gestation dure environ deux mois, pour deux à six chatons en général. Trois portées par an, avec les filles de la première portée qui mettent bas en même temps que la troisième portée de leur mère, pas de problème.

Elle veut des bébés ?

Pour les gros malins du fond qui font des blagues sur les salopes en chaleur : les chaleurs, ce n'est pas un choix de la part de la femelle. A aucun moment. Lorsque le cycle en arrive là, les décharges hormonales poussent la femelle à chercher le mâle. Elle part "en chasse", comme on dit. Pas parce qu'elle en a envie, ou qu'elle veut se faire plaisir, ou parce qu'elle sera heureuse avec des bébés. Non : parce que ses cycles l'y obligent. Et les mâles ne sailliront pas pour le plaisir, ou par choix. S'ils vont se foutre sur la gueule pour la femelle en chaleur, c'est parce qu'ils sont en rut, à cause des phéromones produites par la femelle. On ne parle donc pas de plaisir, de désir d'enfant, ou de toutes ces choses qui font la complexité de notre humanité. Je sais que des commentateurs vont encore me faire le coup de "mais les humains aussi marchent aux phéromones". Non. Les phéromones ne dictent pas notre conduite, ne nous forcent pas à accomplir des actes instinctifs. Qu'elles aient une action dans le désir et la séduction, admettons. Mais je n'ai jamais vu de femme en train de se rouler sur le dos dans la rue en espérant que tous les badauds du quartier la sailliront en montrant leurs pectoraux virils.

Tiens, dans la Paille dans l’œil de Dieu, de Larry Niven, il y a un abord très intéressant d'une civilisation intelligente soumise à un impératif de reproduction.

La chirurgie

Chienne ou chatte, le principe est le même : une incision cutanée, soit sur la ligne blanche (c'est la ligne verticale qui prolonge le sternum, passe sur le nombril et arrive au pubis) près du nombril, soit sur les flancs (dans le creux en arrière des côtes et sous les lombes). Incision musculaire en dessous, on ouvre le "sac abdominal" plus précisément nommé péritoine, et là, on se trouve dans le ventre : on voit les intestins, l'estomac, la vessie, le foie, les reins, et les ovaires et l'utérus.

Les ovaires, ce sont les couilles des filles : ayant meilleur goût que les garçons, elle se passent du scrotum et cachent leurs affaires près des reins, près de la colonne vertébrale. Tout au fond.

L'utérus, c'est un tuyau qui ressemble à un Y. Au bout de chaque bras du Y (on appelle ça les cornes), il y a un ovaire. En bas du Y, il y a le col de l'utérus, qui sépare l'utérus des parties qui intéressent plus le mâle moyen, en tout cas humain : le vagin, puis le vestibule et la vulve. C'est dans l'utérus que se passe la gestation.

Quand on stérilise une chienne ou une chatte, on réalise une ovariectomie (ovari- pour les ovaires, -ectomie pour enlever). Une ligature ou deux sur le pied qui apporte le sang à l'ovaire, une ligature sur le bout du bras du Y, et hop. Je passe sur les détails.

On peut également pratiquer une hystérectomie : on enlève l'utérus. C'est un poil plus lourd. Et dans ce cas on enlève aussi les ovaires, c'est donc en réalité une ovario-hystérectomie. Mêmes ligatures sur les pédicules ovariens, mais on enlève l'utérus tout en laissant le vagin.

Vous pouvez employer le mot castration, qui est le terme courant pour la chirurgie consistant à enlever les gonades (une gonade, c'est le terme générique pour les ovaires et les testicules). En pratique, l'usage consacre plutôt le mot castration à l'orchiectomie, c'est à dire la castration des mâles.

Ce sont des opérations courantes. Pas anodines, mais pratiquées tous les jours ou presque par tous les vétérinaires. Les complications chirurgicales sont rares, et consistent essentiellement en des hémorragies au niveau du pédicule ovarien, pénibles mais pas très graves : il suffit de rechoper ce foutu pédicule (c'est simple, dis comme ça, mais en fait c'est super casse-gonade) et de refaire une ligature. Stress maximum pour tous les chirurgiens débutants, surtout sur les grasses.

En pratique, chez la plupart des vétérinaires : vous amenez votre chienne ou votre chatte le matin, vous la récupérez le soir. Elle sera debout, un poil dans le gaz, et prête à faire comme si de rien n'était, en dehors de ce pansement et/ou de ces sutures qui grattent et qu'elle aimerait bien arracher. Elle aura sans doute une collerette. Elle aura peut-être des antibiotiques et des anti-inflammatoires à prendre quelques jours.

Choix chirurgical

Ovario, ou ovario-hystérectomie ?

A ma connaissance, la plupart des vétérinaires français pratiquent en priorité, sur les jeunes animaux non pubères ou à peine pubères, une ovariectomie simple. Les manuels américains semblent privilégier l'ovario-hystérectomie, mais les publications que j'ai trouvées semblent plutôt en faveur de nos habitudes (notamment van Goethem & al., 2006).

En pratique, surtout sur les jeunes chattes qui risquent d'être pleines, c'est surprise à l'ouverture : s'il y a une gestation visible, on enlève l'utérus, sinon on le laisse. Note aux ASV : bien penser à prévenir avant les propriétaires des animaux que le prix ne sera, du coup, pas le même, ça évite des crises à l'accueil, surtout avec ces charmants clients qui téléphonent d'abord à toutes les cliniques de la région pour choisir la moins chère pour opérer minette.

Par les flancs, ou par la ligne blanche ?

Sur les jeunes chiennes, je propose les deux. Si j'ai un doute sur une gestation, c'est ligne blanche (on ne peut pas faire d'hystérectomie par les flancs). je n'ai pas de préférence forte, je laisse choisir les gens, surtout sur des critères esthétiques. Je trouve que la récupération post-op' est un poil meilleure en passant par les flancs, mais ce n'est pas essentiel.

A quel âge pratiquer la stérilisation ?

Le discours classique, c'est : avant les premières chaleurs, au plus tard entre les premières et secondes chaleurs. Pas pendant les chaleurs. Et pourquoi pas sur des animaux très jeunes. Cette chirurgie peut bien entendu être pratiquée sur des animaux plus âgés, ayant déjà eu, ou non, des portées. Rien n'empêche de stériliser une chienne ou une chatte de dix ans. Ou quinze.

La stérilisation très précoce (vers trois mois) ne semble pas augmenter le risque d'apparition d'effets indésirables (je reviendrai sur ces derniers plus bas). Elle possède d'indéniable avantages pratiques, Dr Housecat est vétérinaire et éleveur de chats, il vous explique ici pourquoi il la pratique.

Les avantages de la stérilisation

Les chaleurs

Si votre chatte est ovariectomisée, elle ne miaulera pas comme une perdue pendant une semaine toutes les deux trois semaines pendant 6 mois. Elle ne vous fera pas deux ou trois portées de chatons dont vous ne saurez que faire. Elle n'attirera pas tous les matous du quartier qui viendraient hurler tels des métalleux décidés à expérimenter la sérénade au balcon. Qui du coup ne se sentiront pas obligés de se foutre sur la gueule sous vos fenêtres, voire dans votre maison, si ils arrivent à rentrer. Ils éviteront aussi, du coup, de devenir castagner votre gentil chat castré qui ne demandait rien à personne et se demandait bien pourquoi sa copine s'était ainsi transformer en furie.

Si votre chienne est stérilisée, elle n'aura pas, deux fois par an, ses chaleurs, et tous les chiens du coin ne viendront pas creuser des trous dans votre jardin et pisser sur le pas de votre porte. Vous pourrez vous promener avec elle dans la rue sans avoir l'impression de refaire les 101 dalmatiens. Il n'y aura pas de gouttes de sang sur vos tapis. Mais vous ne pourrez pas lui mettre ces culottes super sexy. Ou alors juste pour le plaisir.

Une chienne ou une chatte stérilisée n'a plus de chaleurs. C'est le but.

Et pas de bébé, du coup.

Les tumeurs mammaires

C'est, en termes de santé, l'argument majeur poussant à la stérilisation précoce des chiennes et des chattes. Pour le dire simplement : le développement des tumeurs mammaires est lié au développement et à l'activité du tissu mammaire. Pas de puberté, pas de cycle sexuel, beaucoup moins de tumeurs mammaires.

Les chiffres sont spectaculaires : le risque de développer les tumeurs mammaires est diminué de 99.5% lorsqu'une chienne est stérilisée avant ses premières chaleurs. Le résultat est presque aussi bon si la chirurgie a lieu entre les premières et les seconde chaleurs. Ensuite, stériliser présente toujours un intérêt, mais moindre. En sachant que les tumeurs mammaires sont le cancer n°1 de la chienne, et le cancer n°3 de la chatte, que les tumeurs sont malignes dans 50% des cas chez les chiennes et plus de 90% des cas chez les chattes, ce seul avantage en termes de prévention justifie la stérilisation.

En passant, concernant les tumeurs ovariennes : elles sont rares, mais évidemment, le risque devient nul après chirurgie.

Les infections utérines

Le pyomètre, littéralement, c'est l'utérus qui se transforme en sac de pus. C'est une infection assez fréquente chez les chiennes âgées, qui passe longtemps inaperçue (pas de perte, ou pertes avalées par la chienne qui se lèche la vulve avant de vous faire un bisou sur le nez). Le traitement peut être médical, mais le risque de rechute et si élevé que l'ovario-hystérectomie est très fortement conseillée.

Mon record sur une chienne berger allemand est un utérus de 4.2kg. De pus. Et je suis sûr que certains ont fait pire.

Les risques de séquelles sont importants, en accélérant notamment l'apparition d'une insuffisance rénale chronique.

Pas de cycle : pas de pyomètre.

Les maladies sexuellement transmissibles

J'en ai déjà parlé dans le billet sur la castration, c'est un avantage essentiel pour les chattes (moins pour les chiennes).

Les inconvénients de la stérilisation

Les chaleurs

Une chienne ou une chatte stérilisée n'a plus de chaleurs. Donc si vous voulez avec une ou plusieurs portée, quelles que soient vos motivations, il est évident qu'il ne faut pas la faire opérer... j'enfonce une porte ouverte, mais je vous assure que ce n'est pas pour le plaisir, on m'a déjà posé la question. Il ne faut jamais sous-estimer les incompréhensions sur les questions de sexualité et de reproduction. Je suis persuadé que les médecins ont plein d'exemples en tête, rien qu'en me lisant. Mauvaise éducation, tabous, je ne sais pas, mais maintenant, je prépare le terrain.

Il est parfois plus facile pour certaines personnes de noyer des chatons que de parler sexualité animale avec le vétérinaire.

L'obésité

C'est le risque n°1. Oui, les chiennes et chattes stérilisées, comme les mâles, ont un risque d'obésité très supérieur à celui des animaux "entiers". Comme chez les mâles, une surveillance sérieuse de l'alimentation permet d'éviter ce danger.

L'incontinence urinaire de la chienne castrée

Ça aussi, c'est un risque réel : la force du muscle qui ferme la vessie (le sphincter urétral), dépend en partie de l'imprégnation en œstrogènes, qui sont des hormones fabriquées dans les ovaires. La stérilisation, chez certaines chiennes, provoque un affaiblissement de ce muscle. La chienne, surtout si elle dort et a la vessie pleine, peut "déborder" : ce sont souvent des mictions involontaires de fin de nuit, plus ou moins marquées. Ce ne sont pas des chiennes qui se pissent dessus toute la journée en déambulant dans la maison.

Ce n'est pas grave, mais c'est pénible, et relativement fréquent. Il existe des traitements efficaces pour ce problème.

Les cancers

Quelques études ont soulevé un risque supérieur (x1.5 à x4) d'ostéosarcome, de carcinome transitionnel de la vessie et d'hémangiosarcome chez les chiennes stérilisées. Ces cancers sont relativement rares (beaucoup plus que les tumeurs mammaires), et cette augmentation de risque ne justifie pas d'éviter la chirurgie.

J'insiste sur ce point, car on lit généralement des articles fracassants dans la presse sur des notions proches, et assez mal comprises, du genre :

Si l'incidence des hémangiosarcomes canins est globalement de 0.2% (sur 1000 chiens pris au hasard, 2 ont un hémangiosarcome), une étude a relevé une incidence de 2.2 x 0.2 % soit 0.44% sur les chiennes stérilisées : sur 1000 chiennes stérilisées, 4.4 ont un hémangiosarcome. Je simplifie le raisonnement et évacue la problématique de la "fiabilité" des études, pour que ce soit simple à comprendre.

Si l'incidence des tumeurs mammaires canines est globalement de 3.4% (sur 1000 chiennes prises au hasard, 34 ont des tumeurs mammaires), cette incidence passe à 0.5 % x 3.4 % soit 0.017 % : sur 1000 chiennes stérilisées elles ne sont plus que 0.17 à avoir des tumeurs mammaires...

Voilà pourquoi je dis que l'avantage est incomparable aux inconvénients sur ces risques.

Au sujet des idées à la con, en vrac

Le bonheur et la nature

J'ai déjà évoqué ce point plus haut. C'est l'argument principal soulevé par les propriétaires, qui craignent que leur chienne ou leur chatte ne soit pas heureuse si elle n'a pas de cycles, ou pas de petits. J'ai cherché pendant des années comment le faire admettre à ceux qui ne peuvent concevoir le bonheur sans enfant. Ou qui trouvent que ce n'est pas naturel. Finalement, c'est un documentaire sur les loups qui m'a donné un argument qui marche presque à tous les coups : dans une meute, seul le couple alpha se reproduit. Les autres ne sont pas malheureux pour autant, et c'est naturel. Notez que pour approximative qu'elle soit, la comparaison marche aussi pour expliquer aux maîtres qu'ils doivent être les maîtres, et qu'un chien dominé n'est pas un chien malheureux.

Et votre chienne ne vous en voudra pas, pas plus que votre chatte.

La perte de caractère

Non, une chienne stérilisée, pas plus qu'un chien castré, ne perd son identité, son caractère, son envie de jouer avec vous, de se barrer chasser les lapins ou rassembler les moutons.

Les ovaires, pas plus que les testicules, ne sont le siège de la personnalité et de l'intelligence.

Les chirurgies exotiques

Non, n'enlever qu'un ovaire, ça ne sert à rien. Je n'ai toujours pas compris pourquoi certains vétérinaires pratiquaient cette opération (des anciens, en général). Si quelqu'un a un indice ? J'ai suppose à un moment qu'ils n'enlevaient que le plus facile à atteindre, et ligaturaient l'autre trompe, histoire de simplifier la chirurgie, mais... en fait je n'en sais rien. Cela dit ça fait dix ans que je n'en ai pas vu.

N'enlever que l'utérus, c'est garder à peu près tous les inconvénients des cycles sexuels, pour n'avoir qu'un avantage, l'absence de gestation. Cliper ou ligaturer les trompes, idem.

samedi 17 mars 2012

Au secours, ma chienne met bas !

Préliminaire : ce billet s'adresse aux particuliers dont la chienne va mettre-bas. Pas aux éleveurs blasés qui ont déjà vu naître des dizaines de chiots.

Vous le saviez. Ou vous vous en doutiez. C'était voulu, ou pas du tout. D'ailleurs, vous vous demandez bien qui pourrait être le père. Ou les pères ?

Mais là, pas de doute. Elle a pris du bide, ses flancs se sont arrondis, elle respire comme une cocotte minute moderne avec un joint foutu, ses mamelles se sont gonflées, sa vulve s'est décrochée et pendouille au même niveau que les tétine, même sa température a chût. La mise-bas est imminente. Vous ne savez pas si elle aura lieu dans une heure, dans un jour ou dans deux, si vous serez là ou pas, si vous allez vous réveiller avec plein de bébé trop mignons dans sa panière, ou si vous allez assister à un remake d'alien, avec des face hugger qui ne veulent pas sortir de son vagin.

L'angoisse

Si vous avez été voir le véto, vous savez sans doute combien il y en a (radiographie de gestation réalisée à plus de 45 jours). Il n'y en a peut-être qu'un (alerte, il risque d'être très gros, ça c'est une mise-bas à risque potentiel), mais il peut aussi y en avoir une douzaine, voire plus. Et puis, savoir combien il y en a, c'est pratique, au moins vous saurez quand c'est terminé. Parce que des fois, ça peut durer 24h...

Déjà, dédramatisons : dans l'immense majorité des cas, tout se passe bien, et votre présence ne sert à rien.

Est-ce qu'ils seront trop gros ? Non, c'est rarissime. Si la tête passe, le reste passe, et la taille des chiots dépend de la taille de l'utérus, donc de la chienne. Même si le mâle fait deux fois le poids de la femelle, ce n'est pas bien grave. Si la gestation a été très longue (65 jours ?), les chiots risquent d'être assez costauds, mais bon, ça ne va pas forcément les empêcher de pointer le bout de leur truffe.

Est-ce que leur mère saura s'en occuper ? Oui. Maladroitement, mais oui. Seules les chiennes hyper anxieuses, trop attachées à vous ou complètement instables ont du mal à gérer leurs chiots nouveaux-nés. Dans l'immense majorité des cas, elles se lècheront la vulve à la sortie du bébé, lui boufferont les enveloppes fœtales (le placenta et tout le bordel) puis raccourciront le cordon. Laissez les faire. Ne les stressez pas. N'intervenez pas, enfin, j'y reviendrai.

Est-ce que la mère poussera bien comme il faut ? Dans l'immense majorité des cas, oui. Et si rien ne se passe alors que tout semble prêt, consultez votre vétérinaire, mais sans urgence. Enfin, n'attendez pas deux jours non plus hein. Ce que je veux dire, c'est qu'en cas de part languissant (oui, c'est comme ça qu'on dit), les chiots ne sont pas expulsés et restent au chaud. Quelle qu'en soit la raison, ils sont relativement à l'abri, nourris, oxygénés. Il faudra peut-être une intervention vétérinaire, voire une césarienne, mais ce n'est pas une urgence absolue. D'autant qu'il est souvent dur de savoir si la chienne a vraiment commencé le travail ou pas.

Est-ce qu'ils sauront téter ? Oui. Il faudra peut-être aider le rata culot de portée à se faire une place s'ils sont nombreux, mais sans plus.

Étape par étape

Elle pousse !

Votre chienne a commencé à pousser. Des HHMMMFFFF plus ou moins désespérés, avec un ventre plus ou moins tendu. Ça n'a pas l'air agréable ? Ça ne l'est pas. Les mamans parmi vous le savent mieux que moi. Si c'est la première fois, votre chienne ne sait sans doute pas comment se poser. Sur le côté, plus ou moins sur le sternum, tête en général dirigée vers le lieu des opérations. Ou alors en position "j'ai une grosse crotte à faire mais bordel elle veut pas sortir HHHMMMMFFFFF". Cette dernière position a d'ailleurs l’amusante particularité d'offrir une naissance sportive au chiot qui va aller s'exploser par terre (enfin, façon de parler, laissez la gérer, bordel).

Tiens, prévoyez que ça risque de tacher, d'ailleurs.

Et puis foutez lui la paix. Si elle vous cherche, soyez-là. Mais c'est tout.

Elle a un truc au cul !

Alors, en fait, il y a une poche plus ou moins noire vaguement translucide qui apparait entre ses lèvres vulvaires. Ne touchez à rien. Votre chienne est probablement en train de pousser comme une dingue, avec des périodes de pause. Laissez-la faire à son rythme. La poche, c'est le sac à bébé, je ne rentre pas dans le détail, vous n'êtes pas la pour ça, mais chez la chienne, il y a un pigment vert assez crado, il y aura un peu de sang, bref c'est pas joli mais c'est normal. Votre chienne va certainement manger tout ça. Laissez faire. j'ai déjà vu une ou deux gastro suite à l'ingestion de quantités importantes de placenta, mais bon. Rien de méchant.

Ne vous inquiétez que si cette poche reste longtemps comme ça, sans progression. Longtemps, c'est quoi ? Une minute, deux minutes. Trois, même ? A ce moment là, ça parait très long. Attendez un peu avant de courir en rond en levant les bras au ciel et en appelant au secours.

Si plus rien ne se passe et que les choses en restent là. J'espère que vous avez les ongles courts. Lavez-vous les mains quand même... les gants, c'est comme vous voulez. Moi je n'aime pas trop l'effet "pellicule de latex", je trouve qu'on sent moins bien les détails. Mettez les doigts dans le vagin de la chienne, autour de la poche ou du chiot si la poche est déchirée. La chienne devrait pousser en sentant la dilatation vaginale augmenter. Essayez d'écarter les doigts pour élargir le vagin.

Si la chienne ne pousse pas avec ça, et que ça dure, il va falloir tirer le chiot. Et vous n'aurez pas le temps d'arriver chez votre véto. Donc il va falloir vous démerder. Passez l'index et le majeur de chaque côté de la tête du chiot, et si vous y arrivez, passer même les doigts de chaque côté du thorax, derrière les épaules. et pliez les comme des crochets. Vous allez vous servir de vos deuxièmes phalanges comme de pinces, et tirer doucement, tout doucement, en faisant des petits mouvements de rotations du poignet pour faire tourner le chiot sur lui même. Il faut tirer fort, et lentement.

Ne tirez pas sur les pattes, c'est fragile. La tête et le cou, c'est costaud. Vraiment.

Ça à l'air compliqué ? En fait, ça ne l'est pas, mais cela le sera pour vous, parce que vous ne saurez pas comment foutre vos doigts, parce que vous aurez peur de faire mal à la chienne (mais un vagin, c'est indestructible), parce que vous n'oserez pas tirer. C'est normal, ce n'est pas votre boulot.

Heureusement, ce genre de situation n'arrive presque jamais.

N'oubliez pas non plus cette règle d'or : le chiot n'a pas d'importance. C'est la mère qui en a. Un chiot mort, c'est désolant, mais ce n'est pas grave. Tant pis. Bien sûr, le but est de le sauver. Mais la mère a la priorité. Si vous vous retrouvez un jour dans cette situation, vous aurez sans doute besoin de votre vétérinaire, mais il est très probable qu'il soit trop tard pour le petit coincé. N'oubliez pas ses frères et sœurs derrière.

Le chiot vient par le cul !

On dit "par le siège". C'est moins bien, mais ce n'est pas grave, un chiot c'est un boudin, la tête ne restera pas coincée, et si vous devez intervenir, vous mettrez vos doigts en crochet de chaque côté de l'abdomen, derrière le bassin.

Vous ne tirerez pas sur les pattes ou sur la queue, sinon elles vous resteront dans les doigts.

Le chiot est sorti !

Le chiot est sorti et il est encore plus ou moins dans sa poche, qui a du se déchirer totalement ou partiellement. C'est vert et dégueulasse, c'est normal. Ça ne sent pas mauvais, au contraire. Enfin moi j'aime beaucoup cette odeur douceâtre de viande tiède et de sang. La mère doit lécher ça comme une dingue, et s'avaler le bordel.

Ne vous occupez pas du cordon. la mère va gérer, le couper plus ou moins court.

Le seul truc que vous pourriez avoir à faire, c'est libérer la tête du chiot si votre chienne ne s'en occupe pas très vite (dans les 10-20 secondes), histoire qu'il puisse respirer. Méfiez-vous notamment quand deux chiots sortent presque simultanément, elle s'occupe encore du premier alors que le second reste dans son sac. Mais ne faites rien de plus, il n'y a pas urgence.

Mais s'il ne respire pas ?

Logiquement, un chiot qui sort gigote et piaule. Le bruit est caractéristique et a pour propriété de mettre tout le monde d'excellente humeur. J'adore les entendre pendant une césarienne, ou dans une cage au chenil quand je travaille en consult'.

S'il ne fait rien de tout ça, vous pouvez essayer de le sauver.

Vous risquer d'échouer, mais au moins, vous aurez essayé. De toute façon, vous n'aurez pas le temps d'être chez votre véto.

Prenez le dans les mains, la queue vers vous, la tête plus ou moins pendante mais néanmoins vaguement maintenue par vos doigts, et donnez quelques coups secs vers le bas, comme si vous vouliez vider la bouteille de shampooing. Oui, c'est violent. L'idée est de vider les voies respiratoires du liquide ou des mucosités qui s'y trouvent. On n'est pas sûr que ça serve à grand chose, mais bon, les habitudes... Deux, trois fois, pas plus.
Ensuite, frictionnez le chiot avec une serviette, en insistant sur les côtes. Soyez dynamique, vous êtes là pour réveiller un mort ! Frottez comme si vous deviez enlever un truc bien recuit sur la plaque de cuisson, en appuyant moins fort quand même (le but n'est pas de les lui casser, les côtes).

Ça vaut le coup d'essayer pendant deux minutes. Disons trois. Au bout de cinq, si le chiot n'a donné aucun signe de vie, laissez tomber.

Je vais mourir de stress

Oui, c'est assez probable. Pourtant, il n'y a pas de quoi. La plupart du temps, tout se passe bien. Les seuls qui doivent vraiment se méfier sont les propriétaires de bouledogues et autres brachycéphales hypertypés, mais ils sont censés être au courant.

Il n'est pas rare d'avoir un ou deux chiots morts sur une portée, à la naissance ou juste après. Pour plein de raisons. Vous ne pouvez pas éviter ce risque. Ou alors, faites stériliser votre chienne.

Certains maîtres ont eu le malheur de vivre des mise-bas catastrophiques. Qui se sont bien terminées, mais chez le véto, avec ou sans césarienne, avec des chiots morts ou pas, voire tous morts.

Si vous faites reproduire votre chienne, vous acceptez ces risques.

Et si vous ne voulez pas de chiots mais qu'il y a eu un accident, il reste toujours la possibilité de la faire avorter (alors évidemment, si on en est aux derniers jours, ça va être plus compliqué).

Et il ne vous reste plus qu'à placer les chiots...

Dans un prochain billet, on discutera de la pertinence de faire reproduire sa chienne. Puis on discutera stérilisation des chiennes, et des chattes tant qu'on y est...

mardi 20 septembre 2011

Toxicité des pyréthrinoïdes chez le chat

Comme régulièrement, je lis sur le net un post ou un billet rapportant une intoxication à la perméthrine chez un chat. Les commentaires sous cet article alternent le pire comme le meilleur, entre indignation sincère mais sans recul, et informations pertinentes et foireuses (et qui a pris garde à la réponse d'un membre de la société commercialisant ce produit, au fait ?). Je vais donc me fendre d'un billet, histoire de casser une ou deux idées reçues, et confirmer ou infirmer certaines affirmations.

Les pyréthrinoïdes sont nos amis

Les pyréthrinoïdes sont une famille d'insecticides dérivés des pyrèthres, des insecticides végétaux utilisés depuis des millénaires et issus du chrysanthème (on dirait une intro de dissert', non ?). Les plus anciens sont, par exemples, l'alléthrine et la phénothrine : c'est facile, les scientifiques leur ont collé un suffixe en -thrine, si vous regardez les étiquettes des produits que vous avez à la maison. On peut citer, par ordre d'apparition et pour aider Google à trouver ce billet : la perméthrine, la cyperméthrine, la deltaméthrine et le fenvalérate (oui des fois les scientifiques, ou en tout cas ceux qui donnent leur nom aux molécules, se lassent d'une bonne idée).

Peu ou pas utilisées au début du vingtième siècle, ces molécules sont revenues en grâce parce qu'elles sont rapidement dégradées dans l'environnement, et donc peu polluantes (ce qui ne veut pas dire pas polluantes, mais à côté du DDT ou du lindane, c'est de la rigolade). Si vous deviez faire un bain de pyréthrinoïdes à votre chien pour le débarrasser de ses aoûtats, laissez l'eau dans la bassine en plein soleil, la molécule sera rapidement dégradée. Ne balancez pas le produit non dégradé dans vos massifs de fleurs (ouille les abeilles et les autres) ou dans la mare d'en bas (boum les notonectes, et aussi les poissons, d'ailleurs, j'y reviendrai). Et non, en mettre sur votre chien n'est pas dangereux pour l'environnement, d'autant que les abeilles ne butinent pas ses cages à miel.

Ces molécules sont des neurotoxiques, chez les insectes comme chez les mammifères. Pourtant, on les utilise largement pour traiter, d'une part l'environnement domestique (lutte contre les puces essentiellement) et les animaux eux-mêmes. Mais pas tous, et pas n'importe comment !

Chez le mammifère, le produit est appliqué sur la peau, via shampooings, sprays et spot-on.
Il diffuse très lentement vers le sang : la dose reçue par l'organisme à un instant donné est donc très faible.
La destruction, puis l'élimination des pyréthrinoïdes (notamment par le foie, mais aussi dans la peau et le sang) est par contre très rapide : il n'y a donc pas de stockage significatif (dans le cadre d'une dose normale !) dans le corps, et notamment là où c'est dangereux : le système nerveux.
Si l'animal lèche le produit qui lui a été mis sur la peau, pas de panique : l'absorption digestive est faible, et le produit qui passe dans les veines mésentériques est détruit dans le foie. La toxicité digestive, par irritation, est liée aux excipients (les produits qui servent à aider les pyréthrinoïdes à rentrer dans la peau), et elle est de toute façon très modérée avec les produits destinés aux animaux de compagnie.
La tolérance est donc très élevée chez les mammifères. Pas de risque, donc, d'intoxiquer votre chien, votre cheval ou votre vache, ou vous-même, en lui en appliquant sur la peau, ou même si, en se léchant, votre animal avale tout ou partie de sa dose.

Pas de risque non plus de surdosage, à moins de faire vraiment n'importe quoi (le flacon entier de produit pour vache sur le caniche, ça finira mal, oui).

D'ailleurs, d'une manière générale, lisez attentivement la notice des antiparasitaires que vous achetez, et respectez les indications qui s'y trouvent. On vous dira de respecter le dose, de ne pas l'utiliser sur des femelles en gestation, sur de très jeunes chiots (< 6 semaines)...

Les pyréthrinoïdes et les chats : l'arme fatale du CCC

En ce qui concerne les chats : ces animaux ont un sévère défaut en une enzyme de détoxification banale (chez les autres mammifères), la glucuronyltransférase. Son boulot est de coller sur des produits toxiques un espèce de tag qui dégrade la molécule et la destine aux ordures. Je le redis en français : un toxique arrive dans le foie, les cellules du foie le prennent en charge, le reconnaissent pour "étranger et indésirable", essaient de le couper en petits bouts et lui collent sur la tronche une étiquette sucrée qui abîme le produit toxique et le fiche à la poubelle. Sauf que chez le chat ce processus d'étiquetage ne fonctionne pas du tout. C'est valable pour les pyréthrinoïdes, mais aussi pour nombres d'autres molécules "étrangères" au chat, comme le paracétamol (je ferai un billet sur le sujet, promis) ou nombres d'huiles essentielles.
Edit : on me signale en commentaire que ce n'est pas ce mécanisme là qui est la cause de la toxicité des pyréthrinoïdes chez le chat, contrairement à ce qu'on a longtemps pensé (ce qui ne change rien à la toxicité, mais c'est néanmoins très intéressant).
Et pour ceux qui se posent la question : oui, je simplifie l'extrême complexité du métabolisme hépatique, si vous voulez aller plus loin je vous conseille un bouquin de toxicologie et de physiologie hépatique.

La perméthrine et ses copains sont donc hautement toxiques pour les chats !

Les symptômes les plus souvent décrits chez les chats sont des tremblements musculaires, une myoclonie, de l'hyperesthésie, des convulsions, de l'hyperthermie, de l'hypersalivation, de l'ataxie, une mydriase voire une cécité temporaire (par ordre décroissant de fréquence). Ils commencent à apparaître dans les 1-40h suivant l'application d'un spray ou spot-on (médiane 8 heures).

La bonne nouvelle, c'est que ces symptômes sont réversibles.

La mauvaise, c'est que le chat risque de mourir, le temps qu'ils disparaissent.

Le boulot du vétérinaire est donc essentiellement de maintenir le chat en vie et de gérer les complications.

Si vous avez du temps à perdre avant d'amener votre chat empoisonné à votre véto (mauvaise idée, mais supposons que vous attendez un taxi, ou que la route sera très longue), lavez votre chat à l'eau tiède (pas chaude, pas froide !) avec du savon s'il a le produit sur la peau.

Vous pouvez traiter l'environnement (la maison) avec ces molécules, même si vous avez des chats, mais pas en leur présence. Ne les laissez pas rentrer avant d'avoir bien aéré. Choisissez une formulation en diffuseur, qui ne risquera pas de laisser des dépôts comme un produit à diluer dans un seau et à passer sur le sol, par exemple. Vous mettez le diffuseur en action, vous partez, vous revenez trois heures plus tard, vous ouvrez tout en grand, et quand c'est bien aéré, vous laissez les chats rentrer.

Si vous mettez sur votre chien un spot-on à base de pyréthrinoïdes, et qu'il est très proche de votre chat, séparez les, histoire que le chat ne s'allonge pas sur son dos et ne se prenne pas le produit.

Attention : ces produits sont très toxiques pour les poissons (et les batraciens). Évitez d'utiliser les diffuseurs pour l'habitat si vous avez un aquarium !
Les oiseaux y sont par contre très résistants.

En passant, parlons "chimique" vs "naturel"

Alors vous allez sans doute vous dire : "bon, ok, il dit que c'est pas dangereux si c'est bien utilisé, mais dans le doute, je voudrais un truc plus naturel".

Déjà, n'oubliez pas que les produits naturels sont tout aussi chimiques que les produits artificiels, cette distinction ne veut rien dire. On peut parler de degré de purification, de complexité, de potentialisation ou de tout un tas de truc, mais si c'est actif, c'est grâce à la chimie. Et l'homme n'a pas plus inventé la chimie que l'électricité. Les pyrèthres sont chimiques et naturels, comme l'azadirachtine de l'huile de neem, le curare ou la digitaline. Efficaces et dangereux.

Vous lirez sans doute, au détour du net, un article ou un post sur un forum conseillant l'utilisation d'huiles essentielles, comme celle de Tea-Tree. Encore une fois, prenez garde aux huiles essentielles ! Ce n'est pas parce que quelque chose est naturel que ce quelque chose est bon, ou meilleur qu'un produit de synthèse, que ce soit en termes d'efficacité, ou d’innocuité. Tout le monde sait qu'il y a plein de plantes toxiques, que la dose fait le poison, etc... Ben c'est pareil pour les huiles essentielles. Dans le doute, abstenez-vous, et n'oubliez jamais que les chats sont particulièrement sensibles à tout un tas de produits inoffensifs pour d'autres mammifères (et maintenant vous savez même pourquoi).

Alors, oui, je sais qu'on va encore me dire que l'aromathérapie, c'est super, etc. Bon, soyons clairs : je n'y connais rien. Je sais que les huiles essentielles sont pleines de molécules chimiques très actives, et qui peuvent être très efficaces, donc non, a priori, je n'ai rien contre les huiles essentielles. Par contre, qui a sérieusement (je veux dire, vraiment sérieusement, pas juste lu trois bouquins !) étudié le sujet ? Qui peut me donner le titre d'un livre plein de références sérieuses, de publications scientifiques, en double aveugle et tout le reste ? Sans ce type d'études fiables, on en reste à une méthode d'essais-erreurs sur des cas individuels, d'approximations et d'application de recettes dont personne ne connaît la source. Et avec ce genre de méthodes, je continuerai à voir des chats intoxiqués aux huiles essentielles, et des peaux de chiens cramées par des shampooings en contenant. Non, pas à chaque fois, pas dans tout les cas, les pures sont dangereuses, les diluées moins, ok, dans quelle mesure ? Quelle est la marge de sécurité pour la propriétaire d'un chat qui veut bien faire et utiliser des produits naturels pour ses animaux ? Et vous rendez-vous compte de votre responsabilité quand vous propagez ce genre de recettes ?

Notes diverses

Parce que les conflits d'intérêt, c'est pas pour les chiens :
Je suis vétérinaire : oui, je prescris et vends des produits à base de pyréthrinoïdes, mon billet devrait suffire à vous expliquer pourquoi. C'est pour cela que je les connais bien. Non, je ne fais pas fortune grâce à eux, et ne suis lié à aucune société en commercialisant, autrement que par ma relation de détaillant à un fournisseur. Je ne vends pas ces produits comme je vendrais des baguettes de pain : il y a des indications, des contre-indications, des usages recommandés et efficaces, d'autres qui ne le sont pas. Des alternatives, aussi. C'est mon boulot, de conseiller mes clients. N'hésitez jamais à demander conseil à votre vétérinaire !

Parce qu'avec des publications scientifiques, c'est mieux :
Clinical effects and outcome of feline permethrin spot-on poisonings reported to the Veterinary Poisons Information Service (VPIS), London
Feline permethrin toxicity: retrospective study of 42 cases
Poisoning due to Pyrethroids
Pyrethroid insecticides: poisoning syndromes, synergies, and therapy
Use and abuse of pyrethrins and synthetic pyrethroids in veterinary medicine
Tea-Tree :
Toxicity of melaleuca oil and related essential oils applied topically on dogs and cats
Australian tea tree (Melaleuca alternifolia) oil poisoning in three purebred cats (texte intégral)

Mes remerciements aux twittos qui m'ont donné un coup de main pour la rédaction de ce billet, spécialement à @Emita__

dimanche 15 mai 2011

Toxoplasmose : Foutez la paix aux chats !

- Clinique vétérinaire, bonjour.
- Bonjour, c'est madame Dupin, je voudrais prendre rendez-vous pour l'euthanasie du chat de ma belle-fille, madame Létang. C'est Caramel, il est soigné chez vous.
- Heu... mais qu'est-ce qui lui arrive, à Caramel ?
- Ma belle-fille est enceinte, vous comprenez ?
- Bien. C'est elle qui l'amènera ? Je la recevrai personnellement.
- Merci docteur, je viendrai aussi pour la soutenir, ce n'est pas facile pour elle.
- Parfait, nous pourrons parler ensemble de tout ça.
- Merci d'être aussi compréhensif, docteur !

- Clinique vétérinaire bonjour ?
A l'autre bout du fil, des pleurs.
- Madame ? Il y a une urgence, vous voulez m'amener votre animal tout de suite ?
- Non je veuuux pas mais la gynéco elle m'a dit qu'il fallait que je me débarrasse du chat parce que je suis négatiiiiiiive.
- Bien, alors vous allez venir, sans le chat, nous allons discuter, puis vous envisagerez de vous débarrasser de votre gynéco.

- Bonjour, j'ai chopé la toxo alors mon docteur il m'a dit que mon chat était malade, du coup je viens pour vous le montrer.
- Ah, il faudra que j'envoie une boîte de chocolats au docteur alors. Il est vraiment malade, votre chat ?
- Ben, maintenant que vous le dites... non.

Bon, vous pouvez remplacer la gynéco par une sage-femme, un généraliste ou ce que vous voulez. Même le pharmacien s'y est mis. Oh, pas tous hein, n'exagérons rien. Mais j'ai quand même une belle collection d'appels de ce style. Mes ASV me demandent régulièrement confirmation de l'inanité de l'idée de se débarrasser du chat, elles finissent par s'y perdre avec toutes ces affirmations péremptoires de médecins ou de sages-femmes qui ont mal digéré leurs cours sur la toxoplasmose.

Celui à qui je dédie ce billet est médecin. J'ai fini par l'appeler...
- Oh oui, je sais bien que le risque de transmission de la toxo par un chat à un humain est nul, mais vous comprenez, mieux vaut être prudent, ça ne coûte rien.
- Heu... si. Ça coûte un chat.
- Oui, enfin entre un chat et un bébé...

C'est l'argument imparable. On ne prend pas de risque quand la santé d'un fœtus est en jeu. Je comprends l'idée, hein, mais qu'est-ce qu'elle est conne bordel ! Parce que dans ce cas, expliquez-moi pourquoi on laisse les femmes enceintes conduire, travailler, marcher dans la rue, fréquenter des êtres humains pleins de microbes, prendre des médicaments, manger autre chose que des aliments stérilisés... Enfermons-les, pour le bien du bébé et de l'humanité ! Et ne les laissez pas aller sur Facebook, non plus, même si elles s’emmerdent à rester enfermées à la maison (demandez à Marion pourquoi).

A l'école véto, le but était d'avoir la moyenne à l'examen de parasitologie. Comme dans les autres matières. Une réponse fausse concernant la toxo était éliminatoire, direction septembre et les rattrapages.

Un toxoplasme, c'est quoi ?

Il y a plein de sites qui l'expliquent un peu partout sur la toile, mais vu que j'ai décelé des conneries en sélectionnant au pif, c'est reparti pour un tour. La page wikipedia semble bien, si vous devez choisir.

La toxoplasmose est une maladie provoquée par la présence d'un microbe de la catégorie des parasites (pas une bactérie, ni un virus, donc), appelé Toxoplasme gondii. C'est un parasite, mais ce n'est pas un ver : il est microscopique. Rien à voir avec les Toxocara que votre chaton vous a joyeusement dégobillé sur le plancher l'autre fois (si, si, vous savez, les spaghettis qui se tortillent et qui font que le vomi part en rampant).

La plupart des parasites ont une vie compliquée, qui implique de passer d'un hôte à un autre. Un hôte, c'est vous, c'est moi, et plein d'autres bestioles (mammifères, insectes, mollusques, ça dépend des parasites).

Il y a des hôtes définitifs (le parasite se multiplie sexuellement dans cet hôte, mais non, ce n'est pas sale, des vers font ça tous les jours dans votre intestin), et des hôtes intermédiaires (dans lesquels les parasites ne font que passer, en général en y gagnant un peu de maturité, il faut savoir varier les expériences quand on grandit). Pour le toxoplasme, l'hôte définitif, c'est le chat. L'hôte intermédiaire, c'est n'importe quel animal à sang chaud (nous compris).

Le chat se contamine en ingérant des proies dans lesquelles les ookystes (voir plus bas) de toxoplasmes sont enkystés : oiseaux, souris, etc.

Il se contamine pour la première fois de sa vie ? Les toxoplasmes se multiplient dans son intestin et finissent par "pondre" des "œufs" (ookystes de leur vrai nom) qui vont être éliminés avec les selles. Ces ookystes ne sont pas immédiatement contaminant (comme des œufs qui viendraient d'être pondus : si on les ouvre le poussin est plus un embryon qui s'étale au sol qu'un petit piou-piou tout mignon). Si vous mangez le caca frais du chat, vous ne pouvez pas choper la toxo. C'est valable pour les poussières de matières fécales qui se trouvent sur son pelage lorsqu'il vous colle son trou de balle dans la figure en vous faisant des câlins. Les ookystes sporulent (et deviennent contaminants) en deux à cinq jours dans un milieu favorable (la terre du potager et la litière du chat sont des milieux favorables).

L'hôte intermédiaire (un humain ou un animal) ingère des ookystes sporulés de l'environnement (attention aux légumes mal lavés, à la terre, aux litières dégueulasses). Les toxoplasmes filent dans le sang, partout dans le corps, se multiplient et forment des kystes, notamment dans les muscles. On peut aussi attraper le toxoplasme en mangeant ces kystes microscopiques qui se trouvent dans la viande des hôtes intermédiaires (ovins, bovins, porcs, humains, etc.).

Quelles sont mes chances d'être contaminée par un toxoplasme ?

La toxoplasmose est généralement dépistée par des analyses sérologiques : on fait une prise de sang, et on regarde si le corps a des défenses contre les toxoplasmes, ce qui prouve qu'il a été en contact avec le parasite. On ne cherche pas le parasite, puisqu'il est en général enkysté dans les tissus, endormi et silencieux. Une séro positive ne permet pas de dire quand on a été en contact avec le parasite (même s'il y a des méthodes pour savoir si c'est ancien ou récent).

Selon les études, 25 à 45% des chats domestiques sont séro positifs.
On estime que 1% des chats sont excréteurs à un moment donné.
Et seules les selles qui ont eu le temps de traîner dehors sont potentiellement infectieuses.
Les chats ne sont excréteurs que pendant quelques jours à quelques semaines de leur vie, le temps pour eux d'obtenir les défenses adaptées suite à une primo-contamination. Des chats atteints de maladies immunodépressives (SIDA du chat, leucose féline) peuvent être excréteurs plus longtemps. On peut leur faire des sérologies : si la sérologie du chat est positive, il a de bonnes défenses, il n'est pas excréteur. Si elle est négative, il pourrait l'être ou le devenir s'il rencontre des toxoplasmes. D'ailleurs, il y a tellement de nuances que faire ces sérologies n'a aucun sens : mieux vaut avoir de bonnes pratiques d'hygiène, sur lesquelles je reviendrai plus loin.

La toxoplasmose, ça fait quoi ?

A un adulte en bonne santé, rien dans 80% des cas. Un bon syndrome fébrile avec pas mal de fatigue pour les 20% qui restent.
A un chat, pas grand chose non plus : au pire, une gastro-entérite fébrile, j'en diagnostique de temps en temps. Les ovins avortent bien, par contre.
Et c'est ce genre de risque qui intéresse la femme enceinte et qui fait la triste célébrité de la toxoplasmose : une infection pendant la grossesse peut avoir de graves répercussions sur la gestation, allant de l'avortement à la naissance d'un enfant atteint de troubles congénitaux. Les risques et les conséquences varient selon le stade de gestation, je n'y reviens pas, c'est assez bien expliqué ici et en de nombreux autres endroits.

Mais c'est horrible, il faut que je me débarrasse de mon chat !

Non !

Au début de votre grossesse, on vous fera une sérologie pour vérifier si vous avez déjà été en contact avec le toxoplasme. Il ne faut vous inquiéter de ça que si vous êtes séronégative.

J'ai eu un jour une discussion complexe avec une jeune femme enceinte à qui on avait très mal expliqué certains termes médicaux. Son chat était mort du FIV, le SIDA du chat. Son gynéco lui avait dit qu'elle était séropositive. Pour elle, séropositive, ça voulait dire "atteinte par le SIDA". Elle avait demandé si c'était son chat qui avait pu lui donner ça, le gynéco avait répondu oui, en pensant, évidemment, à sa séro toxo. Elle ne m'avait pas cru lorsque j'avais compris, et lui avais expliqué, la confusion. Donc hop, j'en profite pour le redire ici : le SIDA du chat et le SIDA de l'homme sont deux maladies différentes, la contagion est impossible.

Vous êtes séronégative pour la toxoplasmose ?

Je cite le rapport de l'AFSSA :

Malgré les résultats hétérogènes des études portant sur le risque d’acquisition de la toxoplasmose on peut identifier les facteurs de contamination les plus importants :
- Le risque lié à la consommation de viande mal cuite ressort nettement de toutes les études. Il est essentiel qu’il soit clairement mis en avant dans toute information destinée à des femmes à risque.
- La consommation de crudités (légumes et fruits) insuffisamment nettoyées et la mauvaise hygiène des mains sont également des modes de contamination à intégrer dans un programme de prévention en insistant en particulier sur le risque des repas pris en dehors du domicile qui expose à la consommation de crudités insuffisamment lavées.
- La possession d’un chat ainsi que le nettoyage de sa litière : même si théoriquement sur le plan parasitologique le risque est faible (cf. section E), ces modes de contamination sont à prendre en compte dans un programme de prévention.

Cuisez bien votre viande, à cœur. Vous aurez des petits guides partout pour vous l'expliquer. La viande ovine est la plus à risque, mais tous les animaux à sang chaud peuvent être contaminés (surtout en milieu fermier). Congelez votre viande, mais à -20°C, pas dans le petit freezer de votre réfrigérateur.
Lavez-vous les mains.
Lavez les légumes, soigneusement.
Nettoyez la litière du chat tous les jours, ou mieux faites nettoyer la litière tous les jours, et lavez-vous les mains.

J'ai plusieurs consœurs vétérinaires, exerçant depuis plus d'une dizaine d'années, qui manipulent des chats malades tous les jours, des chatons, des chats immunodéprimés, qui se font mordre, griffer, qui font des coproscopies et manipulent dont des selles, et qui sont toujours séronégatives pour la toxoplasmose.

Donc, je le dis, je le répète : on ne se débarrasse pas du chat .

Je n'euthanasierai jamais un chat pour ce motif.
Mais vous pouvez faire comme la femme du début de ce billet et venir en discuter, ce sera avec plaisir.

Et n'oubliez pas, encore une fois, que le risque fœtal ne concerne que les femmes séronégatives ! Si vous avez déjà chopé la toxo, votre corps a les défenses nécessaires pour protéger votre bébé.

Références

Thèse de doctorat vétérinaire de Magali Charve Biot
Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments : Rapport Toxoplasmose (très long, très complet et passionnant, le résumé au début permet de faire le tour des infos importantes).
Center for Disease Control

mercredi 21 juillet 2010

Radiographie

Voir dans son patient : le pied ! L'idéal diagnostique ! T'as mal où Kiki ? Là ? OK, attendez madame, j'ouvre, on va voir ce qui se passe.

Ou pas : madame n'étant presque jamais d'accord (Kiki non plus), et les profs nous bassinant avec des histoires d'examens les moins invasifs possibles. C'est à dire causant le moins de tort possible à l'animal.

Présente dans la totalité des cliniques vétérinaires et dans la plupart des cabinets, la radiographie est le moyen d'imagerie médicale le plus courant et le plus utilisé, juste avant l'échographie et loin devant les scanners et IRM. Pour ces trois derniers examens, on verra une autre fois : aujourd'hui, on discute radio.

Une radio, comment ça marche ?

Le principe est simple, et on ne va pas rentrer dans les détails. La radiographie consiste à envoyer des rayons (les fameux rayons X, du coup en anglais on ne dit pas a wédhio (avec l'accent) mais a x-ray), lesquels rayons vont plus ou moins traverser ce qui se trouve entre le foyer et le film radiographique. Entre le foyer et le film, hormis des accessoires pratiques, on pose Kiki. Minou. Ou qui vous voulez. Et les tissus de l'animal vont plus ou moins empêcher les rayons X d'atteindre le film radio, ce qui va dessiner des ombres : là où les rayons X frappent sans problème le film (genre, à côté du chien, ou bien là où il y a plein de gaz (comme dans les poumons !)), ce sera noir. Si Pluto a avalé les gants de Mickey avec leurs boutons en métal, l'ombre des boutons, qui empêchent complètement les rayons X de passer, sera blanche. De plus, il aura probablement mal au ventre. Dans l'intervalle entre le gaz et le minéral/métallique, il y a tout le reste, qui absorbe plus ou moins les rayons X : les os absorbent beaucoup (ils sont donc très blancs), les muscles moins, etc, et tout ceci nous donne un dégradé d'ombres qui permettent de voir les organes et les tissus.

Sur la radio ci-dessous, celle du thorax d'un chat, de profil, on voit des points blancs très blancs : c'est métallique, ce sont des plombs de chasse.
Ensuite, on voit des structures très blanches, mais moins : les vertèbres, le sternum, les côtes, etc : les os.
Ensuite, il y a des masses assez blanches, presque autant que l'os (le "presque autant" vient notamment du fait que la radio n'est pas d'excellente qualité) : ce sont des tissus assez denses et épais : le cœur, le foie.
Enfin, il y a des structures presque noires : ce sont les zones pleines de gaz : les poumons, la trachée, et l'air autour du chat.

Chat plombéChat plombé, radiographie légendée

Comme la radioscopie est un examen des ombres, l'image est bi-dimensionnelle : le chien peut bien faire 20 centimètres d'épaisseur, sur un profil, on voit tout sur le même plan. Pour bien localiser une lésion ou vérifier qu'il n'y ait rien de caché derrière un os ou un organe très dense, on a donc tout intérêt à faire au moins deux clichés d'incidences différentes, par exemple une face et un profil.

Les films radiographiques, une fois le cliché pris, sont développés, comme des pellicules photographiques d'avant les appareils qui ont un écran derrière (j'ai pris un coup de vieux avec une jeune cousine en sortant un vieil argentique, l'autre jour : "quoi, on peut pas voir la photo ?"). On peut le faire à la main, ou avec une machine.

En radiographie humaine, toutes les radiographies sont aujourd'hui numériques : il n'y a plus de film mais un capteur qui reçoit les rayons non absorbés par le corps. On le fait aussi en médecine vétérinaire, car c'est exactement la même chose, en vachement mieux et en vachement plus cher. Toutes les photographies de radio que vous verrez sur ce blog sont celles de radiographies classique. Vous pouvez voir de magnifiques radios numériques sur le site de Kikivet, par exemple. Âmes sensibles s'abstenir, mon confrère développant des cas cliniques avec forces photographies, parfois assez... spectaculaires.
Oui, j'espère un jour posséder ce matériel, mais on discutera coût un peu plus loin.

Une radio, à quoi ça sert ?

Examen complémentaire

Une radio, c'est ce qu'on appelle un examen complémentaire. J'ai évoqué les différents types d'examens ici, je n'y reviens pas. Le but est donc de compléter un examen clinique en visualisant certaines structures internes de l'organisme.

On peut faire des radios de tout, mais, en pratique, les appareils des vétérinaires pour animaux de compagnie permettent de radiographier les chiens, les chats et la plupart des nouveaux animaux de compagnie. Un véto équin aura tout ce qu'il faut pour ses patients. Un pur rural n'aura pas de radio, car il n'y a pour ainsi dire pas d'indication économiquement viable de cet examen pour les bovins (mais techniquement, pas de problème, on radiographie pas mal de vaches dans les écoles vétérinaires). La seule limite est l'épaisseur : plus on radiographie épais, moins l'image est bonne. Les radios thoraciques et abdominales de grands animaux sont donc peu pratiquées, et j'ai personnellement beaucoup de problèmes à radiographier des épaisseurs supérieures à 25-30 cm avec ma machine.

Parmi les indications de la radiographie, citons :

  • les fractures, luxations et autres anomalies osseuses et/ou cartilagineuses

Radio : fracture tibia + fibulaRadio : fracture réduite

Ici, un tibia et une fibula fracturés, avec une grosse esquille, avant et après réduction. La réparation a été faite avec un pansement de Robert-Jones, qui a grosso-modo les mêmes indications qu'une résine. Une chirurgie aurait été plus indiquée mais les gens n'en avaient pas les moyens.

  • les affections cardiaques (on peut apprécier sur une radio la taille, la forme et la position du cœur)
  • les affections pulmonaires (un poumon, c'est censé être plein de gaz.

Radio thoracique de chienne : carcinome mammaire métastatique

Je vous avais déjà parlé de cette louloute ici, avec son carcinome mammaire métastasé.

  • les pathologies digestives (je vous ferai un billet sur les trucs idiots qu'on trouve dans les estomacs et intestins de nos compagnons)
  • et tout plein d'autres trucs que j'oublie, comme par exemple les épanchements, la recherche de corps étrangers...

Radio : hémothorax

Ici, on voit que le poumon est soulevé, on ne distingue plus le cœur : la cavité pleurale, entre les côtes et les poumons, était pleine de sang suite à une intoxication aux anti-coagulants.

la radiographie est donc utile au diagnostic, mais également au pronostic, ainsi qu'au suivi : les radios peuvent être répétées pour constater l'évolution d'une maladie.

Dépistage

La radiographie peut aussi être employée dans le dépistage de certaines anomalies : la différence avec ce dont je viens de parler, ce que l'on fait la radio a priori, sans constater de symptômes, pour savoir si l'animal est atteint d'une anomalie qui n'a pas, au jour de la radio, de conséquence sur sa santé.

Je pense par exemple à la maladie naviculaire chez les équidés, mais le plus important de ces dépistages, à mon niveau, est celui de la dysplasie de la hanche chez le chien. Je ne vais pas m'attarder sur ce sujet qui pourrait nous occuper un bout de temps, promis, je ferai un billet.

Un truc sympa aussi, c'est le comptage de bébés, ce n'est ni du dépistage ni du diagnostic. Combien de chiots sur la radio ci-dessous ?

Radio de Gestation

Les limites

On ne peut pas tout faire avec une radiographie - d'ailleurs, si c'était le cas, on n'aurait pas inventé l'échographe ou le scanner. Les limites techniques sont évidentes, vous les avez devinées en lisant la première partie, ci-dessus :

  • on ne voit un organe ou un tissu que s'il y a une différence de contraste dans les ombres qui impressionnent le film : on ne voit donc quasiment pas les différents muscles, par exemple
  • on ne voit pas un organe caché par l'os : le cerveau par exemple.
  • c'est une photo : on ne voit donc pas les organes en mouvement (contrairement à l'échographie)
  • la résolution est limitée (quoique ce soit bien meilleur en radio numérique) : on ne voit pas les tout petits détails.

Voici également une photo et une radio que j'utilise beaucoup en consultation, pour expliquer aux gens pourquoi on ne peut pas voir si leur chien a mangé du plastique, du verre ou une éponge, pas plus que je ne peux repérer l'épillet qui s'est enfoncé entre ses doigts.

Objets diversObjets divers radiographiés

Ça se passe de commentaire, non ? Imaginez en plus que l'on superpose à ça le foutoir interne d'un animal !

Et puis il y a des limites pratiques : s'il l'animal bouge, le cliché sera raté, il faut donc l'immobiliser ou l'anesthésier.

Une radio, combien ça coûte ?

Quand vous payez une radio, que payez-vous ?

  • Les locaux : murs et porte à l'épreuve des rayons X, avec des normes assez contraignantes (mais qui se sont assouplies assez récemment).
  • La machine à radiographier est très onéreuse. 5000€ en occasion pour une radio classique retapée, robuste mais à la résolution limitée, 15-20000€ pour une radio numérique neuve, et les prix peuvent évidemment être très supérieurs selon la puissance du foyer, la possibilité de déplacer l'appareil, et, pour les radios numériques, la résolution, les possibilités logicielles etc.
  • Une développeuse coûte entre 1000€ (occasion) et 2-5000€.
  • Le "petit" matériel nécessaire coûte quelques centaines d'euros (cassettes, grilles de renforcement, tabliers en plombs...) mais il a une très longue durée de vie.
  • Les consommables : les films de radiographie classique ne coûtent pas très cher, par contre les produits chimiques (révélateur, fixateur) sont plus onéreux, mais par radio cela revient à quelques euros.
  • La réglementation : chaque appareil de radiographie doit être manipulé sous le contrôle d'une personne compétente en radioprotection (formation obligatoire, à renouveler tous les 5 ans, qui prend du temps en plus de coûter cher), l'appareil doit être aux normes ou contrôlé régulièrement si c'est un vieux bousin, des dosimètres d'ambiance et personnels qui mesurent la quantité de rayons X doivent être installés et renouvelés récemment, chaque radiographie doit être identifiée, stockée et enregistrée (avec les paramètres utilisés).
  • Et le radiologue ! Voire les manipulateurs, si il y a besoin de plusieurs personnes pour faire un cliché.

Au final, selon le type de radio et le nombre de cliché, une radio est en général facturée entre 20 et 50 euros.

Au sujet de la réglementation : l'idée est que les rayons X ne sont pas anodins. Une exposition répétée à ces rayonnements est un important facteur de risques de cancers, ou autres anomalies de la multiplication cellulaire (les rayons X peuvent abîmer l'ADN des cellules, ce qui est d'autant plus préjudiciable si elles sont en train de se multiplier). C'est pour cela que nos salles de radio sont interdites aux femmes enceintes, et à celles susceptibles de l'être (mesdames, mesdemoiselles, ne vous vexez pas si votre véto vous fout à la porte de la salle radio, il y a des risques que l'on ne prend pas). Quelques clichés, ce n'est pas dangereux, ne surestimons pas non plus le risque. Nos dosimètres nous indiquent d'ailleurs que les doses reçues dans notre pratique quotidienne sont très largement inférieures aux doses dangereuses (elles sont même nulles dans notre clinique).
Pour votre animal, ce n'est pas dangereux non plus : quelques clichés ne feront pas un cancer. C'est la répétition qui est dangereuse (mais vous n'amenez pas votre chien faire des radios tous les trois jours chez votre véto, non ?).

N'hésitez pas à poser des questions. Maintenant que j'ai eu le courage de rédiger ce billet, je vais pouvoir vous noyer de radiographies.

Notez que de nombreuses radiographies sont disponibles en ligne sur mon compte Flickr. Elles sont toutes sous licence paternité - partage selon les conditions initiales Creative Commons. Vous devez en citer la source (du genre : par Fourrure, http://www.boulesdefourrure.fr ) et vous ne pouvez les distribuer, même modifiées, que sous la même licence. Alors si ces photos peuvent vous servir à illustrer un article, un cours, ou je ne sais quoi d'autre, n'hésitez pas.

vendredi 12 mars 2010

Castration

J'aurais sans doute pu aborder le sujet depuis longtemps. Il me manquait l'angle, l'anecdote, ou l'envie. Ça tombe bien, on vient de me chauffer suffisamment pour que je ressente le besoin de me défouler.

Aujourd'hui, nous allons parler de castration. De chiens et de chats, mais vous pourrez extrapoler. Nous allons parler de castration, avec un brin d'agressivité, une pointe de provocation et un zeste de vulgarité.

De quoi s'agit-il ?

Faisons simple : couper les roubignolles est une chirurgie tellement superficielle que cela en est humiliant pour notre mâle fierté. Superficielle ne signifie pas forcément simple, mais c'est loin d'être le bout du monde malgré tout. Pour faire savant (c'est moins inquiétant et un peu plus gratifiant), on peut parler d'orchiectomie (orchis, le testicule, -ectomie, on coupe), je vous laisse faire un copier/coller sur le billet si vous y tenez.

Chez le chat, on tond ou on épile le scrotum - la bourse, la peau, l'enveloppe superficielle - puis on incise ledit scrotum, ce qui permet de découvrir une enveloppe nommée "vaginale", laquelle n'a strictement rien à voir avec le vagin de ces dames et demoiselles.
On incise la vaginale - sur un centimètre à peine, et cela permet de découvrir le testicule à proprement parler, accompagné de son annexe l'épididyme, diverticule sur le canal déférent, ce tuyau qui mène des usines à spermatozoïdes jusqu'à l'urètre (le tuyau de sortie). On ligature le vaisseau sanguin qui nourrit le testicule et le conduit déférent, puis on coupe et on retire le testicule et l'épididyme.

Et puis c'est tout.

Chez le chien, on incise plutôt sur le côté du fourreau que sur le scrotum - question de sensibilité et de facilité chirurgicale, puis on remonte le testicule dans la vaginale (essayez messieurs - ou mesdames et mesdemoiselles, je pense que ces messieurs n'y verront aucun inconvénient si vous êtes délicates : c'est simple, poussez vers le haut, ça glisse tout seul jusqu'à sortir du scrotum et se retrouver sous la peau de l'aine, ce qui, chez le chien, revient à se trouver au bord du fourreau). On incise la peau puis la vaginale en regard, on ligature les vaisseaux et conduits et on coupe tout ça, avant de suturer.

C'est une chirurgie simple, aux complications rarissimes. Non douloureuse en plus, courte, avec récupération très rapide. C'en est presque vexant de voir le chat castré le matin même chasser les souris le soir dans la grange comme si de rien n'était. On aimerait un peu plus de pathos et de douleur, mais bon.

Quels avantages ?

De l'(in)utilité des testicules

Pour répondre à cette question, il faut d'abord bien se souvenir de l'utilité de nos testicules : soyons honnêtes, ils font partie des organes les plus dispensables de notre corps. Parce qu'à part faire des bébés et permettre le développement des attributs masculins, via une hormone nommée testostérone, les couilles ne servent pas à grand chose.

Premier point : un chat ou un chien n'a pas besoin de se reproduire pour être heureux. Je sais, c'est très dur à admettre, et votre coiffeur est d'un autre avis. L'envie de se reproduire, d'avoir des enfants, est absolument humaine. Je n'ai pas l'intention d'aborder l'analyse du désir d'enfant, mais dites vous bien qu'elle est hors de propos chez les animaux, pour lesquels la reproduction est une affaire d'instinct, permettant la perpétuation de l'espèce au même titre que la pollinisation des fleurs. La femelle en chaleur voit son comportement modifié par ses hormones, elle produit des phéromones, des espèces d'odeurs qui viennent stimuler un organe situé entre le nez et le palais, lequel est directement branché sur le cerveau et provoque une réaction immédiate et instinctive, le rut. Le matou ou l'étalon chevauche la donzelle, avec plus ou moins de parades et de simagrées plus ou moins romantiques (c'est plus sympa à observer chez les chiens que les chats, au moins les premiers ont l'air de se faire un minimum plaisir), et en avant. Il passe à la suivante. Il n'y a rien là-dedans qui se rapporte à l'assouvissement d'un comportement nécessaire au plein épanouissement du mâle (ou de la femelle). Ce comportement n'est déclenché que par les phéromones de la femelle en chaleur, et ne marche que si le mâle a les récepteurs pour les comprendre, ce qui n'est plus le cas juste après une castration précoce ou longtemps après une castration tardive.

Second point, concernant les caractères sexuels secondaires. Au niveau physique, pas de barbe ni de moustache, encore moins de pectoraux velus : les caractères sexuels secondaires physiques sont discrets chez nos carnivores domestiques, et on s'en passe très bien.

Au niveau comportemental, par contre, c'est beaucoup plus net : le mâle castré va éviter toutes les séquences comportementales liées au rut, et donc nombre de bagarres, de fugues et de coups de pieds dans le derche. Il marquera également moins son territoire (adieu les pipis des matous sur les murs). Je précise encore une fois l'importance de la précocité de la castration sur ces aspects là : si les comportements sont bien installés, castrer sera inutile ou beaucoup moins profitable que si la castration avait été pratiquée autour de la puberté. Les mâles castrés tardivement pourront même continuer à saillir (et pour ceux qui ne suivent pas dans le fond : non, ils ne feront pas de bébés).

Des risques de la sexualité débridée

Le sexe, c'est chouette, mais ça a quand même un paquet de défauts, d'autant qu'il est déjà difficile d'expliquer et de faire appliquer les précautions minimales à un ado qui n'a presque pas l'excuse des phéromones pour faire n'importe quoi, alors, ne parlons pas d'un chat ou d'un chien.

Au niveau sanitaire, notons chez les chats l'existence de deux maladies sexuellement transmissibles :

  • le Syndrome d'ImmunoDéficience Acquise (SIDA) du chat, très proche du SIDA de l'homme mais sans aucun risque de contamination de l'un par l'autre (les maladies et les virus responsables sont similaires mais ne passent pas d'une espèce à l'autre). Il provoque une perte d'efficacité des défenses de l'organisme, et le développement d'autres infections opportunistes qui finiront par emporter le chat. Il n'y a pas de vaccin, et pas de traitement, on peut tenter de gérer les choses à l'aide d'anti-viraux et de traitements ciblés mais ça marche mal et c'est hors de prix.
  • la leucose féline, provoquée par le virus FeLV (Feline Leukaemia Virus), provoque des anomalies de la multiplication des globules blancs, ces cellules qui assurent la défense du corps, et des cancers de ces globules blancs (lymphomes ou leucémies). Il existe un vaccin contre la leucose féline, d'une efficacité tout à fait remarquable, ainsi qu'un traitement, d'une efficacité beaucoup moins remarquable (mais qui peut valoir le coût dans un certain nombre de cas).

La meilleure protection contre ces deux maladies reste la castration (et l'ovariectomie pour les femelles).

Les chiens ont plus de chances, ils n'ont pas de MST aussi graves même si on pourrait discuter dans ces deux espèces de la chlamydiose et des herpes virus.

Au niveau sanitaire toujours, la castration permet de diminuer le risque :

  • d'abcès sur les chats (suite aux bagarres)
  • d'hyperplasie bénigne de la prostate et de prostatite chez les chiens
  • de coups de pieds dans le derrière, et de leurs amis coups de fusils, coups de bâtons, distributions de mort-aux-rats
  • de se faire rouler dessus par une voiture

Attention cependant à quelques inconvénients, dont nous allons parler maintenant.

Quels inconvénients ?

J'en vois certains qui sourient en coin. Bien sûr qu'il y a des inconvénients à la castration. Ce n'est pas parce les roubignolles ne servent pas à grand chose en dehors de la procréation, qu'elles ne servent à rien.

Premier inconvénient : le risque d'obésité, problème fréquent chez les mâles comme les femelles stérilisées. La prise de poids est principalement due aux modifications du fonctionnement du corps induites par la disparition (pour le mâle) de la production de testostérone. Ça se gère très bien en faisant attention à la gamelle, mais c'est un risque insidieux et sous-estimé par les propriétaires.

Second inconvénient : le risque de formation de calculs urinaires chez le chat mâle castré est 3.5 à 7 fois supérieur (selon le type de calcul) par rapport au chat mâle non castré. L'obésité et la sédentarité sont aussi des facteurs de risque. Je n'ai pas de chiffres sous la main, mais j'observe ce genre de pathologie environ 8-12 fois par an dans ma clientèle, ce n'est donc pas extrêmement fréquent (mais c'est grave et cela nécessite une prise en charge vétérinaire rapide).
Ce risque peut être prévenu en donnant au chat des croquettes adaptées (contenant moins d'éléments constitutifs des calculs et stabilisant l'acidité urinaire). A ce sujet : attention aux allégations sur les paquets de croquettes, car tout le monde se met à marquer "spécial calculs" sur les emballages, or j'ai constaté de flagrants échecs avec certaines marques de supermarché. Les croquettes ne sont pas des médicaments, il ne faut pas croire tout ce qui est marqué sur les boîtes. De mon expérience personnelle, j'ai une confiance assez solide dans les marques haut de gamme (croquettes vétérinaires). Mais c'est cher.

De l'antropomorphisme aux idées reçues

Rassurons-nous : l'image de l'épouse castratrice qui amène Rex pour le faire raccourcir après une violente dispute à ce sujet avec son mari reste, globalement, un fantasme, quoique tous les vétérinaires ont quelques anecdotes de ce type.

La castration des chats mâles passent assez bien, tout simplement parce que les marquages urinaires des mâles entiers sur les rideaux scellent généralement le destin de leurs testicules, et que le passage du minou sous les voitures en période de chaleurs constitue souvent un drame familial que peu de gens sont prêts à expérimenter chaque année.

Pour les chiens, c'est plus compliqué : on voit moins l'intérêt direct de les castrer, que ce soit du point de vue de la santé ou du comportement du chien. Ce sont les propriétaires des femelles qui subissent le plus de désagréments de la vie sexuelle de leur compagnon, et la virilité de Médor a tendance à flatter monsieur, alors...

De plus, on craint souvent que la castration ne fasse disparaître le flair (faux : le siège de l'odorat ne se trouve pas dans le scrotum), ne diminue les performances sportives (faux : combien de champions d'agility sont castrés ?), ne modifie le comportement du chien (faux, en dehors des comportements spécifiquement liés à la reproduction). Tiens, en passant, pour les chiens mordeurs : castrer ne résout en général aucun problème, sauf en ce qui concerne les agressions liées à la reproduction.

Ah, et le fait de castrer un individu, quelle que soit son espèce, ne le transforme pas en fille, je précise cela pour ceux qui se posent encore la question.
Dans le même registre, un mâle peut saillir sa mère, sa sœur ou sa fille (il ne va pas se gêner, les phéromones sont les phéromones).
Les races de chiens (et de chats) sont toutes inter-fécondables, donc oui, le fox peut couvrir la labrador, le bâtard la caniche, et ainsi de suite.
Un étalon de race qui a sailli une bâtarde ne sera pas perverti, et ses futurs produits ne seront pas abâtardis par son inqualifiable écart de conduite, vous pouvez donc le conserver pour saillir la femelle que vous lui aviez choisi. De plus, il vous emmerde, et recommencera à la première occasion.
Oui, les bâtards sont fertiles, cela n'a rien à voir avec les mulets (croisement cheval/âne, stérile, car ce sont deux espèces différentes, alors qu'un Yorkshire, un Bleu de Gascogne ou un Saint-Bernard sont tous des chiens).

Oui, il existe des testicules artificiels en silicone, qui servent à remplacer le vide béant laissé par les organes d'origine lors de la castration. C'est purement esthétique et ça ne sert à rien. Je précise à l'attention d'une de mes charmantes clientes qui ne me lira pas ici, que si elle me redemande d'enlever l'unique testicule intra-abdominal de son chien, de laisser l'autre (qui est en place) et de placer l'une de ces prothèses, je réaliserai également une vasectomie (ligature des tuyaux qui transportent les spermatozoïdes) sur le testicule "normal" afin de l'empêcher de se reproduire, car je sais bien qu'elle en profiterait pour faire confirmer son champion et le faire reproduire moultes fois (or cette anomalie de descente des testicules a une forte composante génétique et constitue un critère d'exclusion de la reproduction par les clubs de race). J'apprécierais aussi qu'elle évite de me prendre pour une burne en me précisant que je pourrais faire un certificat pour attester que le chien était monorchide, puisque je sais aussi qu'elle s'empressera de ne pas s'en servir.

Et non, non, non, votre chien ou votre chat ne vous en voudra pas si vous le faites castrer, il ne sera pas malheureux, il ne se sentira pas inférieur quand il croisera ses congénères. Il attache beaucoup moins d'importance que vous à ses testicules, soyez en sûr(e)s.

samedi 23 janvier 2010

Vétérinaire, ou vétérinaires ?

Suite à quelques questions ou incompréhensions de la part de clients ou de lecteurs, je me suis dit qu'une petite série d'explications sur les différents rôles, statuts et diplômes de vétérinaires ne serait pas inutile... Je précise que je ne me cantonne ici qu'aux vétérinaires exerçant la médecine et la chirurgie des animaux. Pour le reste, on en reparlera, si vous le souhaitez, une autre fois.

Le site du Conseil National de l'Ordre Vétérinaire est plutôt pas trop mal fait à cet égard, vous y trouverez la plupart des références citées ici.

Les diplômes et titres

Le diplôme de vétérinaire et le doctorat

Les docteurs vétérinaires français ont suivi une formation dans l'une des quatre Écoles Nationales Vétérinaires (Lyon, Maison-Alfort, Toulouse, Nantes, par ordre d'ancienneté).

Ils ont un Diplôme d'Études Fondamentales Vétérinaires (DEFV) et un doctorat, suite à la soutenance d'une thèse de doctorat vétérinaire, délivré par une université. Tous les vétérinaires formés dans les ENV sont donc des docteurs vétérinaires.

Les vétérinaires de l'Union Européenne peuvent également exercer en France sans formalité lourde, même s'ils n'ont pas de doctorat (article L241-2 et suivants du code rural et arrêté NOR : AGRG0818829A)

Les vétérinaires des autres pays doivent voir leur situation au cas par cas avec l'Ordre pour pouvoir exercer en France.

Les autres diplômes et certificats

Les vétérinaires peuvent suivre des formations au-delà de leur doctorat. Ces formations peuvent permettre d'obtenir des diplômes ou des certificats. L'article R812-55 du Code rural en établit la liste.

Ce sont par exemple les Certificats d'Études Supérieures (CES), les Certificats d'Études Approfondies (CEAV), Diplômes d'Études Spécialisées (DESV) et Diplômes d'Écoles (DE). Vous pouvez consulter leur liste complète ici. Ils peuvent être mentionnés sur les plaques et ordonnances puisqu'ils sont une reconnaissance officielle d'études supérieures. Je précise ce point car on ne peut pas mettre n'importe quoi sur sa plaque ou ses ordonnances, seulement les diplômes de cette liste et certains autres indépendants des écoles vétérinaires mais reconnus par l'Ordre. Par exemple, la formation sur l'évaluation de la dangerosité des chiens n'ouvre droit à aucun diplôme, je ne peux donc la mentionner sur mes documents officiels.

Vous trouvez cette liste compliquée et vous ne comprenez pas la différence entre un CEAV, un CES et un DESV ? Ne vous inquiétez pas, nous non plus. Ce système d'empilement de paperasses hérité des décennies passées ne fait que se compliquer, est illisible pour le grand public et n'est pas reconnu au niveau européen. De plus, il ne sanctionne pas une compétence, mais uniquement le suivi d'une formation et le passage d'un examen. On espère un jour une mise à plat de tout ce bazar, mais en attendant... on fait avec.

L'apparition de nouveaux domaines de connaissance ou le développement de certaines approches de la médecine vétérinaire viennent encore plus compliquer les choses : comportement, ostéopathie, acupuncture, homéopathie, liste non limitative de domaines qui ne trouvent que très progressivement leur place au sein de l'Ordre. Les choses peuvent parfois s'embrouiller encore plus avec des fédérations ou des associations assurant des formations et délivrant des diplômes parfois concurrents et en tout cas bien peu compréhensibles. Cette confusion n'est pas anormale : on l'a retrouvée, quelle que soit son étendue, à toutes les époques du développement des professions médicales et para-médicales. Querelles d'écoles ou de clochers, les choses se tasseront avec le temps...

Les spécialistes

Pour couronner le tout, tous ces diplômes et certificats ne permettent absolument pas de se prétendre spécialiste. Le titre de spécialiste est très rare, réservé uniquement à une élite titulaire d'un DESV ou reconnue par la profession, plus précisément par le Conseil National de la Spécialisation Vétérinaire (CNSV), selon les conditions de l'article R242-34 du Code rural et l'arrêté AGRE0914544A.

On peut consulter la liste des vétérinaires spécialiste sur le site du Conseil Supérieur de l'Ordre.

Pour simplifier les choses : si vous voyez "CEAV de médecine interne" ou "CES d'ophtalmologie vétérinaire", vous pouvez malgré tout être raisonnablement sûr de la compétence de ces vétérinaires dans ces domaines particuliers. Obtenir un CES ou un CEAV n'est pas à la portée de tout le monde. Le DESV qui donne le titre de spécialiste, c'est encore pire.

Après, il y a les Boards (américain) et autres diplômes de Collèges européens... Là, pareil, c'est du lourd, équivalent ou supérieur au titre de "spécialiste".

Les différents statuts des vétérinaires

Cabinet, clinique, hôpital ?

Le distinguo n'est pas innocent. Même si la confusion est grande, même au sein de la profession, ces lieux d'exercice ne peuvent être appelé cabinets, clinique ou centres hospitaliers vétérinaires que s'ils remplissent des conditions bien précises de matériel, locaux, présence vétérinaire ou diplômes vétérinaires (détails dans l'arrêté NOR : AGRG0302505A)

Par exemple, pour les deux plus courants :

  • Un cabinet vétérinaire est un ensemble de locaux comprenant au moins : un lieu de réception, une pièce réservée aux examens et aux interventions médico-chirurgicales adaptée aux activités revendiquées.
  • Pour prétendre à l'appellation de clinique vétérinaire, le domicile professionnel doit :
    • disposer d'un ensemble immobilier composé de locaux distincts affectés à la réception, à l'examen clinique, à la radiologie, aux interventions chirurgicales et à l'hospitalisation des animaux des espèces habituellement prises en charge par l'établissement.
    • Il doit être prévu au minimum deux zones d'hospitalisation séparées, l'une réservée aux animaux contagieux, l'autre aux animaux non contagieux ;
      • disposer à demeure des équipements suivants :
      • matériel permettant les examens biologiques et radiologiques ;
      • matériel nécessaire aux interventions chirurgicales et aux soins courants ;
      • moyens de stérilisation adaptés pour les instruments et le linge destinés aux interventions chirurgicales ;
      • appareils d'anesthésie et de réanimation ;
      • des aménagements de réveil adaptés aux espèces traitées ;
      • employer au moins un auxiliaire vétérinaire, d'échelon 2, tel que qualifié dans la convention collective nationale des cabinets et cliniques vétérinaires.

Salarié, libéral ?

Un vétérinaire peut être un libéral, ou un salarié.

En tant que libéral, il peut :

  • exercer en nom propre (le véto solitaire sans société)
  • être associé au sein d'une société d'exercice vétérinaire (il en existe plusieurs types mais cela n'a pas d'importance pour le client), auquel cas il est propriétaire de parts de cette société
  • être collaborateur, c'est à dire exercer au sein d'une société d'exercice vétérinaire sans y être associé

En tant que salarié, le vétérinaire a un CDD ou un CDI, à plein temps ou à temps partiel. Il existe une convention collective. Les vétérinaires parlent souvent d'"assistant", d'ALD ou d'ACD, mais ces termes n'ont aucune valeur légale. Il est alors subordonné aux vétérinaires pour ce qui concerne l'organisation du travail au sein de la structure, mais pas en ce qui concerne l'exercice de l'art vétérinaire. La nuance est très importante, puisqu'elle préserve l'indépendance du salarié vétérinaire dans sa pratique quotidienne. Évidemment, les esprits chagrins diront que cette nuance est théorique. Dans mon expérience, elle a toujours été réelle.

Aujourd'hui, de plus en plus de vétérinaire sont salariés, alors que ce mode d'exercice était encore il y a peu plutôt exceptionnel, et surtout transitoire, avant une association. Évolution des mœurs, augmentation de taille des structures, féminisation de la profession, protection du salarié par la convention collective, augmentation des contraintes sur les libéraux : ce sont certains des facteurs qui expliquent l'attrait croissant du statut de salarié.

Remplaçant ?

Le vétérinaire remplaçant peut être salarié du vétérinaire qu'il remplace, ou collaborateur. Pour vous, cela a peu d'importance. De toute façon, il remplit forcément les conditions d'exercice de la profession.

Les différents types de pratiques vétérinaires

A l'origine, les vétérinaires ne soignaient que les chevaux et les animaux dits "de rente" : bovins, ovins, porcins. Une piqûre ou une chirurgie plus ou moins expérimentale pour le chien de la ferme, pourquoi pas, mais bon, pour un chien, hein, on ne va pas non plus trop en faire. Petit à petit, il y a une trentaine à une quarantaine d'années, l'exercice canin est devenu de plus en plus courant, et certains ont même envisagé de soigner les chats, voire, incongruité formidable, les souris ou les hamsters du gamin. L'exercice dit "canin", plutôt urbain au départ, s'est développé en zone rurale, et, peu à peu, l'a supplanté en de nombreuses régions.

Aujourd'hui, les "ruraux" purs, qui exercent surtout en médecine et chirurgie bovine, mais aussi ovine ou caprine, sont devenus rares. Ils ne représente plus que 1200 vétérinaires environ sur les plus de 15000 que compte la France. Leur exercice de médecine individuelle tend de plus en plus vers de la médecine de troupeau.

La plupart d'entre eux sont devenus des "mixtes", comme moi, qui touchent un peu à tout, et qui ont tendance à devenir de plus en plus "canins" avec la disparition progressive de l'élevage dans de nombreuses régions françaises. Nous sommes un peu plus de 3000 à nous revendiquer "mixtes".

Les "équins" ont toujours été un peu à part, car si les ruraux comme les mixtes soignent aussi les chevaux, les chevaux de valeur ou les cas les plus compliqués sont le domaine de praticiens particuliers. Ils sont environ 600 en France.

La médecine d'élevage de porcs, de lapins et de volailles est elle aussi à part : il m'arrive de soigner un cochon à droite à gauche, mais les gros élevages sont suivis par des vétérinaires très spécialisés, souvent intégrés dans des groupements ou appartenant à de gros réseaux de spécialistes (spécialiste étant un terme impropre selon la loi, d'ailleurs, mais bon, vous voyez ce que je veux dire). Ils sont environ 200 en France.

Les plus nombreux sont aujourd'hui les "canins", dont l'appellation traditionnelle masque la part croissante de la médecine et chirurgie féline dans leur pratique quotidienne. Ils sont environ 9000 en France. En général, ce sont eux aussi qui s'occupent des rongeurs et autres "NAC", même si certains praticiens commencent à se spécialiser dans ces espèces.

Ces chiffres sont issus d'un ensemble de statistiques disponible ici.

Disons que la tendance générale est à la spécialisation par espèce voire par type de production ou d'exercice, les connaissances devenant de plus en plus pointues et les exigences des clients de plus en plus grandes. Le bloc formé par la profession (qui a dit : "corporation" ?) se fissure sous le poids des réalités pratiques, du changement des aspirations des vétos (l'âge d'or des libéraux ruraux est révolu, la profession perd en rentabilité et en attrait, le salariat se développe) et des transformations, qui, d'une manière générale, touchent la société française et donc les vétérinaires.
Le vétérinaire "qui soigne tous les animaux" devient peu à peu une image d'Épinal, et nombreux sont ceux, qui, parmi nous, sont prêts à abandonner leur métier pour autre chose, le jour où il aura tellement changé... que nous ne nous y retrouverons plus.

Dans mon cas précis, mes clients propriétaires de chiens ou de chats ont parfois du mal à comprendre que je fonce sur un vêlage ou que je revienne couvert de merde au cabinet. Mes clients éleveurs bovins acceptent mal que je les fasse attendre pour un chien. Ils acceptent encore plus mal l'idée de ne plus être ceux qui me font vivre... Quant aux propriétaires de chevaux, ils n'admettent pas que je ne sois pas un spécialiste en médecine équine, ou que je n'abandonne pas le reste pour m'y consacrer. Évidemment, je caricature et généralise, mais je ne suis pas loin de la réalité. Bien entendu, certains apprécient que je garde les pieds dans le fumier, les mains dans la tripe et la tête dans la médecine interne la plus pointue, qu'une brebis venue pour une césarienne passe entre deux chiens au cabinet ou que je puisse soigner leur cheval de compagnie qui fait une colique.

Mais je ne vois pas comment ceci pourra durer...

En tout cas, si vous avez des questions, n'hésitez pas, je pourrais y répondre en commentaires ou éditer et développer le billet selon vos interrogations.

dimanche 27 septembre 2009

Etablir un diagnostic

Comment fonctionne le cerveau de votre vétérinaire ? Quels sont les rouages, les méthodes, les étapes qui lui permettent d'affirmer que votre animal a ceci ou cela ? Pourquoi va-t-il avoir besoin de faire une prise de sang, ou comment peut-il s'en passer ? Fait-on vraiment de grands schémas sur des tableaux blancs ? Pourquoi est-ce que votre vétérinaire ne vous écoute pas ? Ou pourquoi vous pose-t-il toutes ces questions sans rapports avec le problème de votre compagnon ? Est-il sûr de lui ? Le diagnostic est-il certain ? Ou s'il ne l'est pas, est-ce que c'est grave ? C'est quoi cette bouteille de lait ? Pourquoi une radio et pas une écho ? Pourquoi est-ce si cher ? Pourquoi est-ce que ce test n'est pas sûr à 100 % ? Pourquoi préfère-t-il récupérer des urines et non du sang ? Dr House est-il un fumiste ? Ce type est-il vraiment obligé d'enfoncer son bras dans le rectum de cette vache ? Touiller du caca, c'est diagnostique ? Peut-on faire confiance à un type qui porte une blouse blanche ? Un débutant est-il forcément moins bon en diagnostic qu'un vieux véto ? Jusqu'où peut-on aller dans un diagnostic, pourquoi, comment ? D'ailleurs, c'est quoi, un diagnostic ? Mon véto, avant, il n'avait pas besoin de tous ces examens, et c'était moins cher. Ce billet peut-il répondre à toutes ces questions, et aux autres ?

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dimanche 6 septembre 2009

Pourquoi vacciner mon chat ? (3/5)

Rappelez-vous, il y a quelques temps déjà, nous parlions des raisons de vacciner son animal, et plus particulièrement son chien.

Je pense qu'il est temps de s'occuper du chaton, là, sur l'épaule du monsieur, qui patiente depuis pas mal de mois dans la salle d'attente de ce blog.

Contre quelles maladies protège-t-on les chats ?

- Comme d'habitude, je vous répondrais que tout dépend du contexte. Les vaccins doivent toujours s'adapter à la situation épidémiologique, c'est à dire à l'environnement de vie de votre animal, et à votre animal lui-même. Cependant, certains vaccins sont, comme le CHPPiL des chiens, conseillés à tous les chats français.

- Encore des saletés dues à des virus et à des bactéries ?

- Et oui ! Cette fois encore, il  s'agit de maladies dont les principales caractéristiques sont la contagiosité, la dangerosité, et l'absence de traitement simple. Le coryza de votre chaton, monsieur, est un bon exemple de maladie qui peut être vaccinée...

Les 4 vaccins principaux

Le typhus, ou panleucopénie féline (étiquette : c'est le P) est du à un virus assez proche de celui de la parvovirose canine. Il provoque une entérite hémorragique, mais surtout une destruction des tous les globules blancs de l'organisme (d'où le nom panleucopénie), or ce sont ces cellules qui sont censées lutter contre le virus ! La maladie est très contagieuse, mortelle presque à tous les coups et son traitement spécifique coûte extrêmement cher. Le vaccin, lui, est excellent, et a rendu la maladie particulièrement rare.

Le calicivirus du chat (étiquette : C) et l'herpesvirus de la rhinotrachéite féline (étiquette : R) sont deux agents de coryza. Le coryza est un terme générique qui désigne ces affections de la sphère respiratoire supérieure et des yeux, affections plus ou moins graves en fonction de leur(s) agent(s) causal(aux). Relativement bénins s'ils sont pris tôt, les coryzas font des ravages chez les chatons, les chats affaiblis et dans les grands effectifs. Ils deviennent redoutables lorsqu'ils sont mal gérés et virent à la chronicité, se compliquant de sinusites, bronchites voire pneumonies. Qui n'a jamais vu un de ces répugnants matous au nez bouché, les yeux mi-clos, éternuant toutes les cinq minutes ?

La tristement célèbre leucose féline dispose depuis un certain nombre d'années d'un vaccin efficace mais onéreux, que je réalise systématiquement sur tous les chats de ma clientèle. Ce virus nommé FeLV (Feline Leukaemia Virus), de la famille des rétrovirus, est souvent confondu avec celui du Syndrôme d'ImmunoDéficience Acquise du chat, le tout aussi tristement célèbre FIV (Feline Immunodeficiency Virus), contre lequel nous ne disposons pas de vaccin. Je reparlerai de ces deux maladies dans un billet ultérieur, mais retenez que l'on ne peut vacciner que contre le virus de la leucose (étiquette : L), qui est responsable d'une forme de cancer des globules blancs.

Les vaccins spécifiques

Je les baptise ainsi car leur utilisation systématique ne se justifie pas et doit s'adapter aux conditions de vie de l'animal.

Les maladies réglementées

Il s'agit en fait uniquement de la rage (étiquette : R), dont le vaccin est obligatoire lors de séjours à l'étranger, ainsi que dans certains lieux de rassemblements de chats comme les expositions ou les pensions. Je ne reviens pas sur le sujet, j'en ai déjà parlé dans un billet dédié et dans celui consacré aux vaccins des chiens.

La chlamydiose

Cette maladie, due à une bactérie répondant au doux nom de Chlamydophila psittaci (étiquette : Ch), est responsable de coryza mais surtout de conjonctivites récidivantes assez particulières, dont seule la vaccination permet de s'affranchir si l'immunité naturelle du chat ne prévient pas les rechutes. Pour ma part, je vaccine systématiquement étant donné la haute prévalence de cette maladie dans ma clientèle.

Comment vaccine-t-on un chat ?

- Mais docteur, ce petit bout de chaton, on peut lui faire tous ces vaccins en même temps ?

- Oui, sans problème s'il a deux mois, sauf la rage qui ne peut légalement être vaccinée avant l'âge de trois mois.

- Mais là, il a un coryza, on peut le vacciner quand même ?

- Là, par contre, ma réponse est négative : on en vaccine pas un animal malade, surtout pas un pitchoun' comme lui. Nous allons d'abord le soigner. La consultation vaccinale sert, entre autres, à voir si l'on peut vacciner l'animal le jour même. Quand il sera guérit, nous le vaccinerons. Son organisme est occupé à lutter contre d'autres microbes, il ne répondra pas bien au vaccin si on le lui injecte aujourd'hui.

- "Injecte" ? Ce sont des piqures ?

- Oui, une injection sous-cutanée, à renouveler à 3-4 semaines d'intervalle la première fois, puis tous les ans.

- Et ça fait mal ?

- Non, même si c'est désagréable. La plupart des jeunes chatons râlent pour le principe, les chats plus âgés ne disent rien, en général.

Mais est-ce que ça marche ?

- Oui, ça marche. Pour refaire un petit tour d'horizon : le vaccin contre le typhus est excellent. Personnellement, je n'ai jamais vu un chat vacciné développer un typhus, sauf une fois. Un traitement très simple et très peu onéreux a permis de soigner l'animal (qui aurait peut-être d'ailleurs guérit tout seul).
Pas de problème non plus avec ceux contre la rhinotrachéite féline et la calicivirose, même si des coryzas, moins graves, peuvent être causés par d'autres agents pathogènes contre lesquels on ne vaccine pas.
En ce qui concerne la vaccination contre la leucose, pareil, mon expérience personnelle est excellente : je n'ai jamais vu un animal dépisté négatif avant vaccination tomber malade et mourir de leucose. De toute façon, cette saleté de maladie là, nous en reparlerons.
Pour la chlamydiose, personnellement, je manque de recul. Le succès est très net dans un protocole thérapeutique de prévention des rechutes lorsque le diagnostic a été posé, et pour l'instant, je n'ai pas eu en consultation de chat vacciné de manière préventive et ayant développé une chlamydiose.

- Vous dites qu'un chat a attrapé le typhus alors qu'il était vacciné ? Comment est-ce possible ?

- C'est tout simple : un vaccin n'empêche pas un animal d'être en contact avec un virus. Par contre, son administration permet d'apprendre au corps à se défendre contre ce microbe, ce qui démultiplie ses chances de s'en débarrasser avant qu'il ne rende l'animal malade. Du coup, l'animal ne risque pas non plus de le transmettre à ses congénères. Par contre, dans certains cas, et pour des raisons diverses (coup de fatigue, âge, gestation ou co-infection), le microbe contre lequel l'animal est correctement vacciné va quand même réussir à s'installer, mais sans provoquer la maladie dans toute son ampleur. En général, on constate des formes bénignes faciles à soigner.
Dans le cas des coryzas, c'est un peu plus complexe : comme je le précisais plus tôt, les coryzas peuvent être dus à de nombreux agents pathogènes différents, et pas seulement à ceux contre lesquels on vaccine. Évidemment, nous vaccinons contre les plus dangereux, délaissant ceux qui, au fond, ne sont globalement responsables que de simples "rhumes".

- Mais mon chat ne vivra qu'en appartement, il n'est pas utile de le vacciner !

- Ah, écoutez donc cet exemple de mon confrère Vache albinos, il est, je pense, édifiant :

5 chats au 10e étage d'un immeuble. Adorables. Ne sortent jamais, même sur le rebord de la fenêtre (au 10e, les fenêtres doivent être verrouillées d'ailleurs je pense). Bien sûr, rien n'y fera, j'avancerai tous les arguments du monde, les chats ne seront pas vaccinés.
+
1 chaton, dans une poubelle en bas de l'immeuble. Il est petit, il est mignon, il est maigre, il est seul. Il y a déjà 5 chats dans l'appartement, on n'est plus à un près, on va lui faire une place.
=
6 chats morts du Typhus en une semaine, des propriétaires au bord de la cirse de nerfs et un vétérinaire qui hésite entre la compassion et "je vous avais prévenu, bande de...".
Le vaccin contre le typhus existe, n'est pas très cher et est d'une efficacité remarquable. 3 chats vivent à nouveau au 10e étage d'un immeuble, et tous sont à jour de leurs vaccins.

Les effets secondaires

- Et ce n'est pas dangereux, tout ça ? Ma sœur est absolument contre les vaccins.

- Non, ces vaccins ne sont pas dangereux. Des millions de chats sont vaccinés tous les ans, et le bénéfice est immense, alors que les risques sont infimes.

- Infimes, ça ne veut pas dire nuls !

- C'est vrai, et il n'y a aucune raison de cacher les éventuels dangers des vaccins :

  • La réaction locale est due à une inflammation plus ou moins importante en réponse aux adjuvants, ces molécules que l'on ajoute dans les vaccins pour faire réagir l'organisme. C'est en général une boule molle, peu douloureuse, dont la taille diminue lentement, et qui doit disparaître totalement en quelques jours. Si un animal réagit systématiquement, un traitement préventif peut être utilisé lors de la vaccination.
  • Certains chats, et c'est très rare, sont particulièrement fatigués après une vaccination, avec parfois un peu de fièvre et des courbatures. En général, c'est plutôt à la seconde voire à la troisième injection qu'apparaissent ces réactions, qui sont vraiment bénignes.
  • L'allergie est beaucoup plus grave, mais exceptionnelle. De toute ma carrière, je n'ai connu qu'une fois cette mauvaise réaction, due à une réaction allergique violente à un constituant du vaccin. Si l'animal est géré très vite, il peut être sauvé, ce qui a été le cas dans mon expérience personnelle. Par contre, la vaccination doit être abandonnée pour cet animal.

- Et cette histoire de vacciner les chats au bout des pattes ?

- Ah, vous faites allusion au fibrosarcome félin. C'est quelque chose de très important, même si l'expérience de chaque vétérinaire est très différente vis à vis de cette saleté. Le fibrosarcome félin est un cancer à malignité locale qui se développe dans le tissu sous cutané du chat suite à une irritation. Et les injections, qu'il s'agisse d'antibiotiques ou de vaccins, sont des irritations. Le traitement de ce cancer consiste en une chirurgie très large autour de la tumeur, avec éventuellement des séances de rayons ou une chimiothérapie. C'est en pensant à ce cancer que je vous disais, il y a un instant, qu'une réaction locale au point d'injection doit disparaître en quelques jours. Le fibrosarcome, lui, est une masse qui grossit plus ou moins rapidement, très dure, en général polylobulée, le plus souvent située sous la peau au point d'injection classique : entre les épaules.
Afin de rendre l'exérèse chirurgicale moins traumatisante, certains ont imaginé vacciner le chat sur des extrémités, car il est plus facile de couper une patte que d'enlever plusieurs centimètres autour de la tumeur sur le dos.
Pour ma part, je ne souscris pas à cette idée. D'abord, vacciner un chat sur le bout d'une patte, vous pouvez être sûr que ce sera très douloureux, voire impossible : il n'y a pas là l'espace conjonctif lâche que l'on trouve sur le dos. Ensuite, cette tumeur reste très rare, et devrait le devenir plus encore avec les progrès de la vaccinologie, qui prends désormais en compte ce danger et tente de le réduire en ajustant la formulation des vaccins pour les rendre moins inflammatoires.
Pour vous donner des chiffres plus concrets : en cinq ans, et en vaccinant 3-5 chats par jour, sans parler de toutes les injections d'autres produits que je réalise quotidiennement, j'ai observé deux fibrosarcomes, dont un sur l'abdomen qui n'avait rien à voire avec une injection vétérinaire (probablement une petite blessure lors d'une bagarre ou d'une escapade).

Pour conclure sur le sujet des risques des vaccins, j'insiste et j'appuie, au risque de devenir répétitif : les vaccins sont une excellente protection contre des maladies graves, parfois incurables, dont les effets secondaires ne justifient en aucun cas de s'en dispenser.

mardi 4 août 2009

La collerette de la honte ?

Je me demande combien de temps il va falloir pour l'entendre en consultation, celle-là ?

La collerette de la honteCelle-là ? Oui, cette expression fatidique : "la collerette de la honte". Une bonne crise de rire au cinéma, en voyant le film Là-haut des studios Pixar. Film que je vous recommande instamment, collerette de la honte ou pas.

Non, c'est vrai, qui a eu l'idée de cet instrument de torture que j'utilise tous les jours ou presque ? Sur le principe, c'est très simple : une parabole en plastique accrochée au collier, dont l'objectif est d'empêcher le chien de se lécher ou de se gratter une quelconque partie du corps.

Courte, elle protègera par exemple les oreilles des redoutables pattes arrières. Plus longue, voire beaucoup plus longue, elle interdira à un chien ou à un chat de se lécher des points de suture, une plaie, un pansement, un drain... Sa taille dépendra de celle du chien ou du chat, bien entendu, mais aussi de la zone à protéger : vue la souplesse d'un carnivore et l'agilité de sa langue, il vaut mieux prévoir une parabole satellitaire pour protéger une plaie sur l'arrière ou sur une patte.

Parce qu'il faut bien s'ôter une idée de la tête. Non, les animaux ne savent pas ce qui est bon pour eux. Ils ne vont pas épargner leurs points de suture si ceux-ci les démangent. Ils ne vont pas se retenir de lécher comme des furieux une plaie ouverte si elle gratte. Et non, le léchage d'une plaie n'est pas bon pour l'évolution de celle-ci. Au mieux, dans les minutes qui suivent un accident, le léchage permet d'ôter une partie des saletés, mais après, la langue est un véritable bulldozer qui laboure les très fragiles tissus de granulation cicatriciels. Ralentissant, voire empêchant, le bon déroulement de ladite cicatrisation.

Des anecdotes ?

J'ai du un jour euthanasier un chien suite à une simple castration sans histoire. Trois jours après l'opération, la plaie devait commencer à démanger. C'est normal. Il s'est léché, mordillé sans doute, et à fait sauter la suture cutanée puis sous-cutanée. Ensuite, il s'est... littéralement dévoré. Jusqu'à atteindre ses intestins, qu'il a coupés. Les dégâts étaient catastrophiques. Pour une bête castration. Pour quelques minutes d'inattention sans collerette.

Dans le même genre, une chienne qui s'était fait sauter les sutures abdominales après une césarienne. Intestins mordillés, elle aussi. Entérectomie de 1h à 5h du matin. Elle est morte le lendemain. je me rappelle encore de sa propriétaire, éleveuse avertie, juste après la césarienne : "oh non je ne lui mets jamais de collerette ça ne sert à rien, de toute façon elle est très sage". Il ne lui a sans doute fallu que quelques minutes pour s'arracher le pansement et assouvir son envie de gratouilles.

Des moins dramatiques, j'en ai des tonnes. Ré-intervention avec parage de plaie pour re-suturer, pose d'agrafes, arrachage de drains... Nous donnons toujours une collerette après chaque chirurgie, surtout sur les chiens. Pas un instant nous ne leur faisons confiance. Une cicatrice, c'est comme un bouton de moustique. Quand on se gratte, sur l'instant, c'est jubilatoire, alors on continue, on gratte, on frotte, on démange, on arrache parfois. Plus on gratte et plus ça gratte. C'est la même chose.

Alors oui, il existe d'autres moyens de contention, car un certain nombre d'animaux ne supportent pas la collerette (quoique la plupart s'y habituent après un ou deux jours). Bandages type "le retour de la momie" (bonjour l'épilation au retrait), carcans, bouées, ce sont des solutions qui ne conviennent pas à toutes les situations mais qui peuvent être très intéressantes. Et plus chères.

Alors non, elles ne sont pas parfaites, ces collerettes. Elles sont même dangereuses pour les jeunes enfants ou les personnages âgées lors qu'un chien très heureux avec leur fonce dessus et leur explose les jambes, ou le reste. Gare au mobilier, aussi.

Mais ne les sous-estimez pas.

mardi 12 mai 2009

Un peu de parasitologie...

... juste pour le plaisir.

Je vous avais déjà parlé des coproscopies. Pour ceux qui n'ont pas suivi, ou pour les flemmards, c'est un examen qui permet de détecter et d'observer les œufs des vers dans les selles. Les identifier et les compter permet de réaliser des vermifugation raisonnées, ainsi que des diagnostics de parasitisme pathologique.

L'autre jour, j'ai oublié l'une de ces coproscopies sur la paillasse de mon petit labo, et n'ai pensé à la regarder que le lendemain... pour observer que les œufs avaient évolué, passant du stade d'œuf à proprement parlé à celui de larve. La maman de ce charmant parasite est un strongle, du genre Cooperia (curtecei ?), Haemonchus (Haemoncus contortus dans ce cas) voire Teladorsagia (circumcicta ?). Ce sont tous des nématodes, c'est à dire des vers ronds du même type que les spaghettis parfois vomis par les chiots et chatons très parasités.

La bestiole est une larve qui est restée dans son œuf, ce qui serait la tendance évolutive de ces nématodes parasites. Ce phénomène de mue avant éclosion s'appelle la séclusion, et le stade suivant est l'éclosion (comme les poussins !) : la séclusion protège la larve, très fragile. L'évolution est extrêmement rapide, puisque la coproscopie avait moins de 15 heures, ce qui vous démontre pourquoi il faut des selles très fraîches pour réaliser une coproscopie interprétable : je serais arrivé quelques heures plus tard, il n'y aurait plus rien eu à voir que des coques vides, non identifiables.

Je ne sais pas par contre de quel stade larvaire il s'agit (Larve 1, 2 ou 3, oui, les noms des stades sont très originaux).

En cycle normal, le ruminant ingère des larves trois dispersées dans les prés, ces L3 muent en adultes dans sa caillette, ou son intestin, et se mettent à pondre des œufs, qui sont éliminés avec les selles. Les œufs deviennent dans le milieu extérieur des L1, puis des L2, et enfin des L3, etc. Les adultes ne sortent jamais, c'est pourquoi vous n'en trouverez pas dans les matières fécales !

Il existe d'autres cycles, plus complexes, mettant en œuvre des hôtes intermédiaires. Celui que je vous décris est l'un des plus simple qui existe.

Voilà, juste un petit billet vous montrer un univers qui me fascine. Mon microscope est réellement l'outil que je préfère dans ma clinique, et la parasitologie, un univers loufoque et foutraque où le but du jeu est de débusquer des bestioles qui ont passé des millions d'années à parfaire des cycles tous plus complexes les uns que les autres, au plus grand déplaisir de nos amis familiers (et sauvages !).

PS : je rassure tout le monde, je me suis un peu replongé dans mes bouquins avant d'étaler ma science !

samedi 31 janvier 2009

Autopsie

Je vous vois déjà frémir en lisant le titre de ce billet.
Peur atavique de la mort ?
Superstition ?
Dégoût ?

Une fois débarrassée de tous les symboles qui l'accompagne, l'autopsie est l'un des actes les plus intéressants en pratique vétérinaire, notamment d'un point de vue intellectuel. Je ne devrais peut-être pas le crier trop fort : j'adore pratiquer des autopsies.

Mais pourquoi, se demanderont ceux qui ne m'ont pas encore placé dans la catégorie des malades ?

Mais parce que ! Vous répondrai-je armé de ma tronçonneuse et de mon costume rouge sang. Ou de mon scalpel et de ma blouse immaculée (enfin au début).

Quels animaux ?

Un vétérinaire "mixte" (c'est à dire soignant à la fois les animaux de compagnie et les animaux de ferme) comme moi pratique des autopsies sur toutes sortes de bestioles. Chiens, chats, chevaux, vaches, moutons, chèvres, poules et autres canards passent tous, un jour ou l'autre, sous ma lame. Ils peuvent avoir n'importe quel âge : certains sont, par exemple, morts à la clinique et très âgés, d'autres lors d'un accident, ou ont été trouvés morts par leur propriétaire qui veut savoir, d'autres sont carrément presque des nouveaux-nés - des veaux par exemple.

Où ?

Qu'imaginez-vous ? Le vétérinaire avec son masque et ses lunettes maculées de sang, penché au-dessus du cadavre dans un sous-sol glauque, une balance à ses côtés et un petit enregistreur devant lui ? Je dois avouer que cela aurait de l'allure.
Mais non.
En général, je pratique l'autopsie des grands animaux à la ferme, sur leur exploitation, et celle des petits à la clinique, dans la courette qui sert aux ébats de nos animaux hospitalisés ou sur une table de consultation. J'évite les salles de chirurgie... Le plus souvent, je suis accroupi à me casser le dos, et il fait bien jour, loin des nuits d'orage, lorsque chaque éclair fait trembloter la solitaire ampoule du sous-sol....

Évidemment, je préfèrerais pratiquer les autopsies des grands animaux dans un clos d'équarrissage, ces endroits spécialement conçus pour (récupération des effluents, treuil pour soulever la carcasse, etc), mais le service de l'équarrissage, qui gère les cadavres des animaux de production, n'est plus très chaud pour nous faciliter la vie de ce côté là. En réalité, son passage de l'état de service public à celui d'entreprise privée a assassiné ce service...

Le plus souvent, je suis seul, mais il n'est pas rare qu'un éleveur assiste à l'autopsie, ou que je me fasse aider du premier venu (mes amis m'adorent, les représentants des labos aussi) pour, par exemple, prendre des photos des lésions les plus intéressantes (je commence à avoir un bel album !).
Et puis, une autopsie en bonne compagnie, c'est toujours plus sympathique qu'un découpage solitaire...

Mais pourquoi ???

Voilà la question la plus intéressante.

Je réalise des autopsies pour de multiples raisons.

Comprendre. Tout simplement, comprendre pourquoi un animal est mort, ou pourquoi il a été malade.
Comme aimait le demander un de mes professeurs :
"Cause de la mort ?
- Heuuuuuu... balbutiant de l'étudiant.
- Injection létale d'euthanasique, andouille !"
On se faisait avoir une fois. Mais l'anecdote possède sa leçon : l'autopsie est une école de l'intelligence, de l'observation et de la déduction, qui nécessite une connaissance étendue de la pathogénie (la façon dont se développe une affection), de l'anatomie et de la physiologie.
Il faut trouver les lésions, en explorant l'organisme de la façon la plus systématique, les interpréter et les comprendre : cette lésion est-elle une vraie lésion ? C'est à dire, est-elle antérieure à la mort ou résulte-elle des processus de dégénérescence post-mortem ? Est-elle ancienne, ou récente ? Est-elle liée aux symptômes observés avant la mort, s'il y en avait ? Quel est son rôle dans la maladie de l'animal ? Méthode, et logique.
L'autopsie peut également être le moment de réaliser des prélèvements qui gagneront ensuite un laboratoire : contenu intestinal pour une bactériologie de diarrhée de veau, tissus pour l'histologie, etc. Ou même la tête entière pour un diagnostic de rage, qui ne peut se faire que sur les tissus du cerveau (je vous avais expliqué que le diagnostic clinique de certitude était impossible).
Croyez-moi, c'est réellement un exercice passionnant, une fois débarrassé de ses oripeaux fantasmatiques.

Montrer. Lorsqu'un animal meurt malgré les soins apportés, il arrive souvent que le propriétaire refuse de nous croire, ou souhaite lui aussi comprendre, visualiser la mort. Il m'est plusieurs fois arrivé de pratiquer une unique incision dans un endroit bien précis afin, par exemple, de montrer une tumeur ou un abcès d'un organe interne.
Il y a un côté à la fois fascinant et répugnant dans cet aspect de l'autopsie : a priori, vous me diriez qu'il serait hors de question pour vous d'assister à un tel acte pratiqué sur votre compagnon, et pourtant, nombreux sont ceux qui me demandent de leur montrer la tumeur, de leur montrer le mal qui a emporté leur animal alors qu'ils n'ont rien vu venir... Voir la mort permet aussi de mieux l'accepter.
Un éleveur bovin voudra peut-être vérifier que nous ne le menons pas en bateau, et lui montrer les intestins ravagés d'un veau mort d'une entérite suraiguë est une bonne façon de lui faire comprendre que nous ne prenons pas son problème à la légère. Lui montrer aussi l'inexistence de certaines lésions, ou l'existence de certaines autres peut permettre de casser une idée qu'il s'était sans doute faite de la maladie de son animal. En ce moment, pour moi, l'exercice est souvent de prouver, par l'autopsie s'il le faut, qu'un animal n'est pas mort de fièvre catarrhale ovine.
Un grand classique, ce sont aussi ceux qui sont persuadés que le voisin a empoisonné leur chien. En général, lorsque nous ne le croyons pas, une autopsie méthodique permet de le vérifier.

Protéger. On m'amène souvent des cadavres de volailles, ou même des morceaux (un foie, des intestins) d'oiseaux de basse-cour tués à la ferme pour la consommation personnelle. Là, l'objectif est toujours de poser un diagnostic, éventuellement de prescrire un traitement pour soigner les autres volailles (le sacrifice d'un, ou de quelques uns, pour soigner les autres est souvent le seul moyen diagnostic en pathologie aviaire et cunicole), mais aussi de dire si l'animal peut être consommé, ou pas. Tuberculose aviaire, salmonellose et autres sont au menu de ces autopsies et amène parfois à conseiller l'abattage de toute la basse-cour, ou au moins l'arrêt de la consommation de ses produits (ce qui revient au même).
Parfois, il s'agit aussi d'un morceau de sanglier ou de cochon fermier. Là, il ne s'agit plus vraiment d'autopsie mais d'inspection des viandes, mais nous sommes aussi formé à cet aspect là du métier.

Expertiser. Voilà un type d'autopsie que je ne pratique pas, ou presque pas. Pas que cela ne me fasse pas envie, mais je n'en ai que rarement l'occasion. L'autopsie d'expertise est généralement demandée par le propriétaire ou le détenteur de l'animal qui souhaite s'en servir dans un litige (par exemple, mort d'un bovin lors d'un transport, ou trois jours après son arrivée dans sa nouvelle exploitation), elle peut aussi l'être par un assureur (mais je ne suis pas vétérinaire expert auprès d'une assurance) ou même par le tribunal (et même si, en théorie, on pourrait me demander une telle expertise, ce n'est jamais le cas). Si l'expertise vous intéresse, lisez plutôt le blog de Zythom, autopsieur de disques durs (c'est moins salissant, enfin, je crois).
Dans tous les cas, l'autopsie devrait être pratiquée par un intervenant neutre, or je suis tout sauf neutre lorsqu'il s'agit de mes clients. Dès que le litige monte en puissance, je dois alors me retirer, et je n'accepte ce genre d'autopsies qu'après mise au point avec les parties, et, en général, en leur présence (et avec moult photos, pour garder des preuves !). Cela n'arrive pas souvent, mais parfois, vue la vitesse de décomposition des intestins d'un bovin ou d'un cheval, on n'a pas le choix.

Voilà, quelques lignes que j'avais envie de vous écrire concernant cet acte indissociable de la médecine, et incontournable dans mon métier.

Certains s'inquièteront de savoir si un vétérinaire pourrait autopsier son animal de compagnie dans son dos, après sa mort et alors qu'il lui a confié son cadavre. J'aurais une réponse simple, et malheureusement ambiguë : la déontologie l'interdit. Pour ma part, je regrette souvent le refus d'un maître de me laisser autopsie son animal, car son corps aurait pu m'aider à comprendre, et à apprendre.

dimanche 12 octobre 2008

Tests génétiques et autres boules de cristal

A l'origine de ce billet, une demande de Véro suite à une discussion sur le blog Aube Nature, au sujet d'une maladie cardiaque chez les chats de races Maine Coon dont le dépistage est désormais possible grâce à un test génétique.

Plutôt que de me lancer sur une discussion pointue au sujet de ce test, je pense plutôt reprendre quelques fondamentaux... ce qui me permettra sans doute de répondre aux questions soulevées par cette maladie et ce test.

Lire la suite...

vendredi 3 octobre 2008

Prophylaxie

Prophylaxie, c'est un mot qui signifie, en gros, "méthode de prévention".
La prophylaxie dont je vais vous parler, la plupart des acteurs du monde rural la nomment "pique" ou "prophylo".
Je pense que c'est surtout un aspect du métier de vétérinaire que peu de gens connaissent.

Pour les vaches, les moutons et les chèvres, ce terme désigne en général les prises de sang qui sont réalisées annuellement sur une partie du cheptel français. Ainsi, tous les ans, je vais chez tous mes clients éleveurs de bovins pour réaliser une prise de sang sur chaque vache de plus de deux ans. Je vais également chez chaque éleveur de moutons pour faire une prise de sang sur tous ses reproducteurs, ou sur une partie s'il a vraiment un très gros cheptel. Les règles de cette lutte organisée par l'État sont édictées dans chaque département en fonction de leur situation sanitaire. Selon les maladies, le rythme peut être annuel, ou bisannuel, voire moins souvent. Quand une maladie est éradiquée, on arrête...

La prophylaxie est presque intégralement prise en charge par l'Etat : frais vétérinaires, analyses de laboratoire, gestion globale, ce qui a permis l'élimination de nombreuses maladies dangereuses pour le cheptel comme pour l'homme.

C'est une organisation titanesque qui mobilise :

  • Les éleveurs, qui doivent assurer la contention de leurs animaux.
  • Les vétérinaires sanitaires (des vétérinaires qui agissent sur mandat de l'État dans ce genre de situation), qui réalisent les prises de sang, ou toute autre opération, comme la vaccination contre la fièvre catarrhale ovine, ou (mais c'est terminé pour l'instant), contre la fièvre aphteuse...
  • Les laboratoires départementaux vétérinaires, qui réalisent les analyses.
  • Les groupements de défense sanitaire, qui organisent.
  • Les directions des services vétérinaires, qui supervisent le tout.

Par exemple, pour les bovins, la prophylaxie concerne, ou a concerné :

  • La brucellose, une maladie qui a presque disparu (grâce à la prophylaxie). Chez l'homme, on parle de fièvre de Malte, vous avez peut-être un grand-père qui l'a attrapée et qui en a gardé des séquelles ?
  • La leucose bovine enzootique (LBE), une maladie très grave pour les bovins, elle a pratiquement disparu (grâce à la prophylaxie).
  • La tuberculose, que je ne vous présente pas, et qui elle aussi pratiquement disparu des élevages (devinez grâce à quoi ?).
  • La fièvre aphteuse, très grave pour les ruminants, qui a disparu en France (grâce, a la prophylaxie, aussi).
  • La rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), qui elle n'est pas grave mais est prise en compte dans les échanges commerciaux (elle elle n'a vraiment pas disparu mais la lutte commence seulement).
  • Le varron, un parasite qui finit sa vie larvaire dans le cuir des ruminants et en déprécie fortement la valeur.
  • La fièvre catarrhale ovine, qui s'installe par chez nous depuis quelques années, et sans doute pour un bout de temps.

Mais la prophylaxie concerne aussi les ovins (pour la brucellose et la fièvre catarrhale) et les porcins (maladie d'Aujeszky, SDRP).

Dans tous les cas, soit l'État décide qu'il faut supprimer la maladie (prophylaxie obligatoire), soit ce sont les éleveurs (prophylaxie facultative, mais que l'État rend obligatoire si au moins 60% des éleveurs s'y mettent de leur propre chef, ça a été le cas de l'IBR).

Je parlais d'organisation titanesque. Ce n'est vraiment pas un vain mot, même en réduisant la prophylaxie à mon niveau de vétérinaire sanitaire libéral, ce qui est injuste pour ces techniciens des services vétérinaires et ces vétérinaires sanitaires qui interviennent à l'abattoir. L'inspection de la carcasse de l'animal permet de rechercher certains agents pathogènes dangereux pour l'homme et/ou l'animal. La plupart des (rares) cas de tuberculose sont aujourd'hui découverts par cette voie, on recherche des parasites dans les carcasses d'équidés ou de porcins... Je ne devrais pas non plus oublier la recherche de l'ESB dans la moelle épinière des bovins.

La prophylaxie mobilise chaque année tous les troupeaux bovins et ovins, ainsi que les élevages porcins. Tous les ans, il faut attraper ces bestioles pour leur faire des prises de sang, quand une épizootie de fièvre catarrhale ne vient pas compliquer les choses en obligeant à les coincer deux, voire quatre fois de plus. En plus, curieusement, la plupart des ces bêtes n'apprécient pas de subir :

  • une prise de sang (recherche de brucellose, de LBE, d'IBR et de varron).
  • une injection intradermique de tuberculine, qui permet de dépister la tuberculose.
  • deux injections intra-musculaires de vaccins contre la FCO.

Et là, il faut aimer les coups de pieds et ne pas tenir à sa propreté, parce que les prises de sang se font sous la queue. Âmes sensibles s'abstenir, il y a de la violence (dirigée contre le véto, je tiens à rassurer les amis des bêtes), de la merde et du sang. Que la vache vive dans une belle stabulation bien paillée ou dans un pré en altitude (allez les choper les limousines qui ne voit un homme qu'une fois par an, pour se faire perforer par un maniaque).

Chaque tube est identifié par le numéro du bovin ou de l'ovin, étiqueté, puis envoyer au laboratoire départemental. je vous laisse imaginer la complexité du bazar et la rigueur nécessaire. Quand je pense qu'on nous prédisait la mort du papier grâce à l'informatique !

De plus en plus, la prophylaxie est aussi l'occasion d'assurer un suivi sanitaire, un genre de mini audit de l'élevage sur les points-clefs (enfin, il paraît) : contrôle de la pharmacie de l'éleveur, de la tenue des registres, des précautions sanitaires de bases, de l'état général des animaux, de l'hygiène de la traite (enfin, ça, franchement, c'est théorique...). Cet aspect de la prophylaxie, avec l'éradication de ces maladies, vient peu à peu remplacer la "pique" d'antan. On y verra la marche du progrès, ou l'expression de la paranoïa attribuée au consommateur et l'invasion des tracasseries administratives et de la paperasse...

dimanche 24 août 2008

Fouille-merde

Vétérinaire, c'est un métier de merde. Au sens propre du terme. Si l'on peut dire...
La réalité peut être assez éloignée de l'image d'Epinal du docteur dans sa blouse blanche, au coeur d'une clinique immaculée.

Il existe un examen très intéressant que l'on nomme coproscopie. Littéralement, regarder dans la merde. L'intérêt est essentiellement de rechercher les oeufs des parasites que notre système digestif peut abriter. Notre système digestif, mais surtout, en ce qui me concerne, celui des animaux. Chiens, chats, chevaux, moutons, vaches, chevaux, poules, dindons, tout ce qui a un tube digestif un poil évolué abrite des parasites plus scientifiquement connus sous le nom d'helminthes (les vers) et d'hématozoaires (les protozoaires). Les vétérinaires de zoos et de parcs naturels y consacrent une bonne partie de leur temps (métier de rêve, hein ?).

Pour les chiens ou les chats domestiques, par exemple, on recommande deux vermifugations annuelles, voire plus dans certains cas (chiots, chiennes gravides, vieux chiens, présence d'enfants en jeune âge dans l'entourage). Ce sont des traitements préventifs destinés à détruire les parasites qui, immanquablement, se logent dans l'intestin. J'insiste sur le "immanquablement". Ce n'est pas parce que vous ne voyez pas de vers dans les selles de votre chien qu'il n'y en a pas. Ils ne sont pas fous, les vers : ils restent bien au chaud dans l'intestin, avec la nourriture qui arrive tous les jours à heure fixe. Quand on les voit dehors, c'est qu'il y a vraiment surpopulation : cela peut arriver avec les jeunes animaux, ou dans certains cas pathologiques. Seule exception : un tout petit taenia assez courant, dipilydium de son petit nom, qui sort parfois se balader autour de l'anus. Il a la taille d'un grain de riz, en plus plat, et il rampe.

Bon appétit.

Les parasites internes, en général, ça ne rend pas malade. Les deux exceptions, c'est quand il y en a vraiment trop, ou certaines espèces agressives. Prenons par exemple le cas des trichures des chiens, qui mordent la paroi de l'intestin à pleines "dents" et causent d'importantes pertes de sang cumulées.
La plupart du temps, ils se contentent de ponctionner un peu de sang, un peu de chyme (le contenu de l'intestin, mélanges de sucs digestifs et de nourriture partiellement digérée), et parfois certaines vitamines. Ils sont donc gênant surtout pour les animaux qui ont d'importants besoins : jeunes en croissances, mères gravides ou allaitantes. S'ils sont nombreux, ils peuvent aussi causer des coliques (douleurs digestives), voire des bouchons. Cela arrive assez fréquemment avec les taenias des chevaux (depuis combien de temps n'avez-vous pas vermifugé votre cheval avec un produit polyvalent, capable de détruire les taenias ?).

Comment lutter avant d'en arriver là ? Il suffit simplement de vermifuger... Il existe des méthodes un peu plus sophistiquées pour les troupeaux, mais, pour un animal domestique, l'essentiel, ce sont les vermifuges.

Flottation au sulfate de zincParfois, nous avons besoin de savoir si les parasites sont bien là, si oui, lesquels, et en quelle quantité. Dans ce cas, une seule solution : prélever des selles et regarder dedans : réaliser une coproscopie. On ne cherche pas les parasites, mais leurs oeufs. L'autre technique, c'est l'autopsie, mais c'est réservé aux volailles, en général...
Bref : on prend un petit centimètre cube de selles, on met ça dans un pot avec un produit spécial qui sépare les selles des oeufs et on regarde au microscope. Il existe des méthodes un brin plus sophistiquées, mais le principe de base reste le même.

StronglesLa plupart des vers pondent comme des mitraillettes, ils sont donc faciles à repérer. D'autres sont plus pénibles et exigent des coproscopies à répétition car ils pondent par intermittence.

Voilà le résultat au microscope. Ici, il s'agit d'une coproscopie réalisée à partir de selles de moutons (franchement malades) où l'on voit énormément d'oeufs. Les vétos ou autres biologistes qui traînent par là sauront sans doute nous dire lesquels (et s'il n'y a pas de volontaires, je mettrai quand même la réponse...).

Et les vétos touillent...

Strongles et coccidiesVous l'aurez compris, on ne réalise pas souvent de coproscopies pour les chiens et les chats, mais cela peut se révéler utile. Je dois en faire une ou deux par semaine. J'en fais bien plus souvent pour des bovins et des ovins, sur des cas pathologiques ou pour déterminer s'il est nécessaire ou non de traiter : pas la peine de vermifuger un troupeau entier si le parasitisme est faible. Pareil pour les chevaux, mais comme il y en a de toute façon assez peu ici, j'en fais très rarement sur ces animaux. J'en fais aussi assez souvent sur des volailles au cours d'autopsies, lorsqu'il y a de la mortalité sur un lot.

Bref, la coproscopie est un examen simple, peu onéreux, facile à réaliser, que ce soit pour un diagnostic, un suivi ou la mise en place d'un plan de prévention. Que des avantages ?
Heu... non. Enfin, ça dépend si on aime fouiller la merde ou pas (et aller la chercher ou elle se trouve : sèche, posée dans l'herbe, elle devient sans intérêt).

dimanche 1 juin 2008

Pourquoi vacciner mon chien ? (2/5)

"Bon, maintenant, vous avez compris ce que sont les vaccins et comment ils marchent."

La dame au labrador semble attentive. Pourtant, je lui ai déjà expliqué cela l'année dernière. Peut-être l'ai-je noyée d'informations, ce n'est évidemment pas simple...

"La quasi-totalité des vaccins des chiens sont des vaccins à agents atténués. Ils nécessitent deux injections à un mois d'intervalle, et un rappel annuel. Enfin, en général. On verra les exceptions et les évolutions au fur et à mesure...

Contre quelles maladies protège-t-on les chiens ?

Les cinq vaccins principaux

Il y a 5 vaccins principaux, que la plupart des vétérinaires réalisent simultanément : le "fameux" CHPPiL. Dans un flacon de vaccins, c'est ce qu'on appelle des valences.
Quatre sont destinés à prévenir des maladies virales, un une maladie bactérienne. Rappelez-vous qu'il n'y a pas vraiment de traitement contre une maladie virale, en tout cas pas de traitement simple et peu onéreux, comme les antibiotiques (qui ne tuent que les bactéries). On a donc tout intérêt à faire de la prévention puisque le traitement est soit hors de prix (et, selon les maladies, parfois inefficace), soit tout simplement impossible."

La dame au labrador prend le carnet de son chien, et regarde les étiquettes qui y sont collées depuis la première vaccination de son chien.

"La maladie de Carré (étiquette : c'est le C, ou le D pour Distemper) est une maladie virale qui s'attaque à plusieurs organes simultanément ou successivement, et finit par causer une encéphalite, c'est à dire une infection du cerveau. Cette maladie est pour ainsi dire incurable, et mortelle presque à tous les coups. Contagieuse, mais heureusement assez rare, elle a presque disparue grâce au vaccin.

L'hépatite de Rubarth (étiquette : H) est une infection virale du foie. Elle aussi a quasiment disparu en France, mais il y a des cas de temps en temps...

La parvovirose (étiquette : P) est une gastro-entérite hémorragique due à un virus, relativement fréquente. Elle est généralement mortelle pour un chiot, parfois même pour un adulte. Certains croient que ce n'est qu'une maladie du jeune, ce qui est une erreur : ils sont simplement plus fragiles. Pour celle-ci, je dirais que les chances de succès thérapeutique sont relativement élevées, mais nous perdons régulièrement certains jeunes chiens. Il existe un traitement antiviral à l'efficacité reconnue pour cette maladie, mais comptez plusieurs centaines d'euros... juste pour l'antiviral.

La toux du chenil (étiquette : Pi2) porte mal son nom. C'est une trachéo-bronchite due à un virus respiratoire (le parainfluenza 2), un peu comme la grippe. Celle-ci n'est pas trop grave mais peut se compliquer lorsque d'autres microbes entrent dans la danse, elle est très contagieuse et fréquente. Elle s'appelle toux du chenil parce qu'elle est particulièrement redoutable dans les effectifs de chiens et se propage sur un mode épidémique.

La leptospirose (étiquette : L) est une maladie bactérienne. Chez l'homme, on l'appelle "maladie de l'égoutier". Ces bactéries sont portées par des rongeurs comme les rats, dont les urines sont contaminantes. Votre chien peut l'attraper en chassant un rat ou en buvant, voire même en trempant ses pattes, dans de l'eau qui a recueilli les urines d'un rongeur. Ces bactéries ne survivent pas longtemps dans l'eau et il faut vraiment que le chien passe juste après le rat. En fait, la bactérie est fréquente, mais pas la contamination, donc cette maladie est rare chez les chiens. Heureusement : s'il existe des antibiotiques efficaces, les séquelles sont généralement tellement graves que le chien n'y survit pas, au, au mieux, reste gravement handicapé, par exemple avec une insuffisance rénale. Selon les souches de cette bactérie, elle s'attaque au rein, au foie, aux intestins, etc.

Ces vaccins sont réalisés systématiquement sur tous les chiens parce que ces maladies réunissent trois conditions :

  • elles sont assez fréquentes (ou elles l'étaient et le sont moins grâce au vaccin)
  • elles sont graves
  • la prévention est vraiment plus efficace que le traitement.

En plus, ils ne sont pas très chers, car ils sont fabriqués en grande quantité et relativement anciens, donc "amortis" par les laboratoires.

Les autres vaccins

Ce n'est pas le cas de tous les vaccins : comme il ne sert à rien de vacciner un français contre la fièvre jaune s'il ne quitte pas le sol métropolitain, on ne vaccine pas les chiens contre toutes les maladies qu'ils sont susceptibles d'attraper si le risque est infime, voire inexistant dans leurs conditions de vie.
En fait, la question à se poser, c'est : vu le mode de vie de mon chien, et les endroits où il va, de quoi a-t-il besoin ? Pour les cinq vaccins principaux, ne cherchez pas : quelles que soit ses conditions de vie, en ville, en appartement, à la campagne, qu'il soit un chien de concours, de chasse ou de compagnie, il peut attraper ces maladies.

Les maladies réglementées

La rage (étiquette : R) n'est pas présente en France, quoiqu'il y ait régulièrement des alertes dues à des importations illégales depuis des pays contaminés, notamment le Maroc. Étant donné que cette maladie est incurable et mortelle pour l'animal comme pour l'homme, c'est un vaccin important, qui est obligatoire pour voyager, et exigé dans la plupart des manifestations canines. Disons que c'est le moins optionnel des vaccins "secondaires".

Les maladies à tiques

La maladie de Lyme, ou borréliose, est transmise par les tiques, elle peut aussi toucher l'homme. Elle est fréquente dans certaines régions comme le sud-ouest ou le massif central, mais peu de chiens développent la maladie, même s'ils sont confrontés à la bactérie (ils se défendent très bien naturellement contre elle !).

La piroplasmose mériterait une heure de discussion, je ne vais pas rentrer dans le détail ici... Disons simplement que sa vaccination est discutable, à voir au cas par cas. J'en reparlerai dans un autre billet.

Retenez qu'en général, contre ces maladies, il vaut mieux lutter contre les tiques que vacciner : pipettes, sprays, colliers, il existe plusieurs techniques qui mériteraient une autre discussion.

Les maladies d'élevage

La bordetellose (étiquette : Bb) est une variante de toux du chenil, bactérienne cette fois. Disons que c'est une complication de la forme virale de la maladie. Ce vaccin n'est réellement utile que dans certains élevages, avec un contexte de diagnostic de l'affection. Il n'y a pas d'intérêt à faire ce vaccin sur un chien de famille, en général.
Certaines pensions canines demandent cette vaccination. Il existe d'ailleurs un vaccin à agent vivant, qui s'utilise en nébulisation dans le nez : il s'installe une immunité locale très rapide et puissante, ce qui permet de faire le vaccin en urgence sur des portées de chiots, chez des éleveurs chez qui sévirait cette maladie.

L'herpesvirose complique la vie des éleveurs. Encore une fois, ce n'est pas un vaccin pertinent pour des animaux de compagnie, mais il peut être indispensable dans certains élevages.

Comment on vaccine un chien ?

- Mais docteur, on peut faire tous ces vaccins en même temps ?

- Non ! Les cinq valences CHPPiL et rage peuvent être associées simultanément, mais, par exemple, il est formellement déconseillé d'utiliser le vaccin contre la piroplasmose en même temps qu'un autre vaccin. Ca finit par faire beaucoup pour un seul corps, tout ça...

- Beaucoup pour le corps... et si le chien est malade ?

- Le chien est vacciné lors d'une consultation, généralement dédiée à ce sujet : on ne vaccine pas un chien quand on le voit pour un problème de santé ! Il faut qu'il soit en état de recevoir le vaccin et d'y réagir, c'est à dire que son système immunitaire ne soit pas occupé ailleurs.

- Moi, j'ai peur que ça lui fasse mal, à mon chien... la première fois, il a crié quand le vétérinaire a fait l'injection.

- L'administration du vaccin se fait en injection sous-cutanée. C'est une piqûre très peu douloureuse et il n'y a généralement que quelques chiots, qui crient juste au cas où, et quelques chiens mal dans leur peau, qui n'apprécient pas qu'on les contraigne, pour y trouver à redire.
Il peut se faire une petite réaction locale pendant les jours qui suivent l'injection, un espèce de gonflement mou et parfois un peu douloureux, qui doit disparaître en trois jours au plus.

- On ne peut pas les faire autrement que par piqûre, ces vaccins ?

- Il existe un vaccin un peu spécial qui se fait en pulvérisation dans le nez, j'en parlais il y a un instant. Destiné à protéger contre certaines formes de toux de chenil, il a une action extrêmement rapide en stimulant ce que l'on appelle l'immunité locale (parce qu'elle n'intervient, dans ce cas, que dans les voies respiratoires), quand les vaccins classiques stimulent l'immunité dite "générale". Mais ça ne marche que pour celui-là, les maladies qui concernent tout l'organisme doivent être vaccinées par injection.

Mais ça marche vraiment bien, ces vaccins ?

- La réponse simple, c'est oui.
Mais je vois bien qu'il va falloir que je développe."

Dans la salle d'attente, quelques sourires. Ils m'attendent au tournant ! Je sens qu'ils vont être contrariants.

"Premièrement, il faut savoir qu'un vaccin n'agit pas instantanément. En sortant de sa première consultation vaccinale, un chiot n'est pas protégé.
Une immunité primaire se mettra en place en deux à trois semaines. Elle sera d'intensité modérée, peu protectrice.
La seconde injection de primo-vaccination va provoquer une réponse immunitaire secondaire, ou "mémoire" d'intensité supérieure, et surtout, qui va stimuler des globules blancs chargés de mémoriser les caractéristiques de l'agresseur, ce microbe dont on lui présente des aspects avec le vaccin. Ainsi, lorsque l'organisme rencontrera le "vrai" microbe responsable de la maladie, il saura immédiatement comment le détruire, car on lui aura appris.

- Mais si le microbe est mémorisé, pourquoi on fait des rappels ?

- Parce que l'organisme oublie. Selon les maladies et les types de vaccins, il oublie plus ou moins vite. Il faut donc stimuler la mémoire, pour qu'il se rappelle. D'où le nom !

- Mais c'est vrai qu'il y a des vaccins plus ou moins bons ?

- Dans le cas des maladies virales (maladie de Carré, Hépatite de Rubarth, parvovirose, rage), la capacité du corps à apprendre et à réagir vite est excellente, ce qui permet à la protection vaccinale d'être excellente. Comprenez moi bien, parce que c'est important : ces vaccins sont très bons car pour l'organisme, les virus concernés sont faciles à reconnaître et à neutraliser. Ce n'est pas le vaccin qui est bon, c'est la capacité du corps à réagir contre le microbe. La nuance est très importante.
En effet, en ce qui concerne d'autres maladies comme la toux du chenil, c'est moins évident. La protection, dans ce cas, est souvent plus partielle : suffisante pour que le chien ne soit pas vraiment malade, mais il peut fréquemment être un peu patraque s'il rencontre le virus. Dans ce cas précis, c'est encore plus compliqué car il existe de nombreux virus et bactéries qui provoquent des symptômes semblables, ce qui fait que l'on ne sait jamais vraiment très bien lequel est en train d'attaquer votre chien.

- Alors, ce vaccin là ne marche pas ?

- Si, il protège votre chien, qui fera une maladie moins grave - ou pas de maladie du tout, ne soyons pas trop négatifs - que s'il n'était pas vacciné. Vous aurez noté tout à l'heure que je vous ai parlé de vaccin contre la bordetellose, qui ressemble à la toux de chenil, et que l'on ajoute au vaccin contre le parainfluenza classique (valence Pi de l'étiquette) dans certains élevage et chenils. Ca peut être une solution pour mieux le protéger, mais, en général, pour un chien de famille, c'est inutile.

- Vous n'avez pas parlé de la maladie de l'égoutier ?

- Dans le cas de la leptospirose, c'est plus ennuyeux. En effet, le vaccin protège contre deux types de leptospires, les deux plus dangereux. En réalité, il en existe de nombreuses autres, plus ou moins pathogènes (pathogène, ça signifie : capable de créer une maladie). De plus, ce vaccin confère une immunité d'une durée inférieure à celles des autres valences. Le rappel annuel est le minimum, pour cette maladie. Par ailleurs, on rencontre parfois des formes atténuées de leptospirose chez certains chiens vaccinés, probablement parce qu'ils ont rencontré une leptospire contre laquelle ils ne sont pas vaccinés. Heureusement, même si elles sont différentes, ces leptospires se ressemblent, ce qui fait que le corps sait à peu près comment les combattre.
Le problème réside dans cette variabilité des leptospires : j'ai déjà vu des chiens mourir de leptospirose alors qu'ils étaient vaccinés. Ceci étant dit, j'en connais encore plus qui en sont morts non vaccinés...

- Mais c'est terrible ! Et comment faire pour que mon chien soit mieux protéger contre cette maladie ?

- Hélas, à cette heure, nous n'avons pas de meilleure protection...

- Et pour la piroplasmose ?

- Joker, nous en parlerons une autre fois, c'est trop compliqué pour aborder ce point aujourd'hui."

La vaccination, c'est obligatoire ?

Je reprends ma respiration. Je sens d'autres questions sur les lèvres de ces clients. Trop d'informations tuent l'information, mais je ne peux pas non plus ne pas leur répondre.

"Est-ce que c'est obligatoire, de vacciner le chien ? Parce que mon voisin ne vaccine pas ses chiens et je ne voudrais pas qu'ils transmettent des maladies aux miens !

- Alors, non, la vaccination, de manière générale, n'est pas obligatoire.
Il y a deux exceptions :

  • la vaccination contre la rage est obligatoire pour voyager à l'étranger. Elle peut aussi l'être ponctuellement dans certaines zones, quand il y a une alerte due à un cas de rage importée.
  • dans certaines circonstances, des vaccins peuvent être exigés, par exemple dans les pensions canines, les chenils, les clubs d'éducation et d'agility : comme il y a beaucoup de chiens au même endroit, les responsables de ces lieux souhaitent éviter les risques, ce qui est logique.

Et c'est cher ?

- Mais ça coûte combien, un vaccin ?

- Bonne question. Il y a deux choses différentes à prendre en compte :

  • Le prix de la consultation vaccinale, qui est souvent le même que le prix de la consultation classique, en moyenne en France entre vingt et trente euros.
  • Le prix de chaque valence vaccinale, souvent réunies dans un même flacon, comme le CHPPiL dont je vous parlais tout à l'heure. Là, selon le fabricant du vaccin, les valences exactes présentes dedans, c'est entre quinze et trente euros. Plusieurs facteurs peuvent expliquer les importantes variations de prix parfois constatées.

Certains vétérinaires vaccinent tous les chiens avec les cinq valences, ce qui est presque mon cas. Je ne stocke donc pas différents vaccins et je peux donc proposer celui-là à un prix intéressant. D'autres vétérinaires préfèrent pouvoir composer une vaccination sur mesure pour chaque chien, avec un flacon par valence. Dans ce cas, il y a plus de stock, plus de conditionnements, la valence revient, individuellement, plus cher.
Comme ailleurs, une grosse clinique aura sans doute plus de facilités à proposer des vaccins moins chers puisqu'elle en vendra plus, le mécanisme est classique, mais on peut avoir des surprises puisque un vétérinaire seul dans un petit cabinet peut tout à fait être compétitif, car il aura moins de charges (de bâtiment, de matériel, de personnel, etc).

A ce niveau là, je dirais que cela importe peu. En réalité, d'un cabinet à un autre, les variations de prix sont presque toujours très modestes, et faire vingt kilomètres de plus pour économiser trois euros ne me paraît pas un bon calcul... d'autant qu'il y a d'autres paramètres qui me semblent plus important, comme la relation que vous établissez avec votre vétérinaire. Vous êtes libres de votre choix, vous avez le droit de demandez le tarif, mais posez vous d'autres questions avant de choisir le moins cher... surtout pour des variations aussi peu importantes.

Pour en finir avec le prix des valences vaccinales : certains vaccins sont très chers, je pense notamment au vaccin contre la piroplasmose dont la dose coûte, selon le fabricant et le cabinet, entre quarante et soixante euros. Ces vaccins là sont fabriqués à des échelles très inférieures, et exigent une technologie beaucoup plus coûteuse que les valences classiques. D'où le prix. Je vous ai déjà conseillé de préférer, en priorité, une bonne protection contre les tiques à un vaccin contre la piro ?

- Mais moi, avec tous mes chiens, je pourrais avoir un prix ?

- Et bien, si nous ne passons pas une demi-heure avec chacun de vos chiens parce qu'ils ont d'autres soucis que nous découvrons lors de la consultation vaccinale, oui, bien entendu. Là encore, les arrangements commerciaux sont tout à fait possibles, et fréquents, n'hésitons pas à en parler.

Et les effets secondaires ?

- Et ça ne rend pas malade au moins ?

- Non. Il y a deux types d'effets secondaires :

  • la réaction locale dont je vous ai parlé tout à l'heure, tout à fait bénigne.
  • parfois, une réaction générale avec un peu de fatigue et une baisse d'appétit, quelques courbatures et, exceptionnellement, un peu de fièvre. Cela n'arrive pour ainsi dire jamais avec le CHPPiL, un peu plus fréquemment avec la valence rage.

Ces réactions sont par contre très fréquentes, et parfois assez violentes, avec un vaccin contre la piroplasmose, mais je vous en parlerai en détail si nous décidons de vacciner votre chien contre cette maladie.

Je vous l'ai déjà dit : les vaccins ne sont pas dangereux. Ils se contentent de stimuler les défenses de l'organisme, et, s'ils peuvent provoquer des effets indésirables, que je viens d'évoquer, ceux-ci sont minimes et bien peu de choses en regard du danger mortel de la maladie de Carré, de la parvovirose ou de la leptospirose, pour n'évoquer que celles-là.

- Et pour mon chat ?

- Hum... laissez moi recevoir ce chien pour le vacciner, et nous allons en discuter."

samedi 24 mai 2008

Consultation vaccinale

"Vous savez docteur, j'ai l'impression que mon chien est mieux suivi que moi. Je veux dire, il vient tous les ans pour son rappel, alors que je ne vois jamais mon médecin, puisque je vais bien."

L'homme qui me parle a la soixantaine. Comme tous les ans, il m'a amené Punky (il précise toujours que c'est son fils qui lui a trouvé ce nom), officiellement croisé de caniche et de berger allemand. Peut-être, s'il le dit. En tout cas il ne ressemble à rien, et ça lui va très bien. Bref, Punky a maintenant dix ans, et, au fil de la conversation, alors que j'examinais l'animal, l'homme m'a précisé qu'il arrivait que Punky se "relâche," et oublie un peu les notions de propreté : en gros, il fait pipi à l'intérieur.

"Le jour, la nuit ?"

J'ai posé mon stéthoscope pour me concentrer sur cette phrase anodine, perdue au milieu de la conversation.

"Heuu, seulement la nuit, docteur, le jour, il demande.
- Et la nuit, il ne demande pas ?
- Remarquez, peut-être, mais comme il dort en bas et que je suis un peu sourd, je ne l'entends peut-être pas."

Du coup, je hausse la voix. Sans crier, quand même.

"Et il boit plus qu'avant ?
- Ooh, non. Je ne crois pas.
- Vous diriez qu'il boit combien par jour ?
- Je lui remplis sa gamelle tous les jours. Je ne sais pas, un litre sans doute, bien un litre.
- Et il mange de la soupe, c'est ça ?
- Oui, oui...
- Bon, alors c'est trop pour son poids. Je vais lui prélever des urines et les analyser de suite."

Ce qui m'a permis de dépister une insuffisance rénale débutante, mise sous traitement à temps. Comme son cœur, auquel mon confrère a découvert l'an dernier un souffle bénin, sans conséquence, mais que nous suivons depuis avec attention.

L'homme reprend : "Moi, j'ai peut-être un souffle au cœur, et je ne le sais pas ?
- Et oui, si vous n'allez pas voir le docteur, vous ne pouvez pas le savoir, au début. Comme moi d'ailleurs...
- Mais je ne vais pas aller voir le docteur alors que je suis en bonne santé ?
- Votre chien aussi est en "bonne santé". Mais son organisme commence à s'user et des traitements précoces lui assureront une espérance de vie supérieure, sans souffrance.
- Mais c'est parce qu'on le vaccine tous les ans que vous avez trouvé ça.
- C'est parce que je le vois tous les ans. Sinon, je l'aurais trouvé bien plus tard, quand il aurait été malade de ses reins, ou de son cœur..."

La consultation vaccinale, c'est le cœur du suivi médical de mes patients. L'occasion de discuter, de parler des petits soucis du quotidien, qu'ils concernent ou pas l'animal. De maintenir le lien, d'offrir des conseils, sur la reproduction, l'alimentation, les sorties, les réglementations, etc.

C'est aussi un excellent moyen pour dépister les affections précoces qui peuvent venir assombrir l'avenir du chien, ou du chat. Insuffisance rénale, cardiaque, arthrose, problèmes oculaires, ces maladies là ne rendent pas "malade" avant une longue évolution, qui passe la plupart du temps inaperçue.

Parce que quand vous vous essoufflez plus facilement, vous le sentez. Parce que votre douleur sourde mais récurrente à l'épaule, vous la connaissez, vous savez l'évaluer sur le long terme. Mais votre chien, lui, ne se plaindra pas d'une douleur de ce type. Pas plus qu'il ne vous dira qu'il urine plus qu'avant, ou qu'il a tout le temps soif.

Dans mon cabinet, une consultation vaccinale dure, pour un animal en pleine forme, au sujet duquel il n'y a rien de spécial à raconter, une dizaine de minute. Si je dépiste un problème, ou si il y a un sujet sur lequel je souhaite sensibiliser les maître, cela peut durer une demi-heure. Voire plus.
Avec les chiots, je parle d'alimentation, de vermifuges et d'éducation. Généralement, ces consultations là durent trente à quarante minutes.
Avec les jeunes, je parle de sexe, de puberté et de stérilisation.
Pour les jeunes adultes, en général, pas grand chose à dire, mais on peut parler des vaccins, de certaines maladies courantes, comme la piroplasmose, ou de réglementation pour voyager, ou de toute autre chose.
Dès que les chiens vieillissent, on parle arthrose, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, alimentation, etc.

Certaines personnes pensent que, la plupart du temps, je me contente de poser mon stéthoscope, histoire de justifier mes honoraires, puis d'injecter la dose de vaccin et de coller mon coup de tampon sur le carnet (ce dernier point étant souvent le plus important pour elles).
Pourtant, j'examine l'animal dès son arrivée, à travers la fenêtre de la salle de consultation, sur le parking. Je regarde son attitude dans la salle d'attente, son comportement, sa façon de marcher, les réactions de son maître. Les vôtres !
Pareil quand il entre, et que je le met sur la table d'examen. J'ai serré la main du maître, demandé des nouvelles de la famille et écouté les considérations météorologiques, mais mon attention est ailleurs. J'encourage le maître à parler de son chien ou de son chat, de tout, et de rien. Pas difficile, en général. Les informations sont noyées dans les interprétations, peu de faits, beaucoup d'anthropomorphisme, mais sous-estimer cette discussion est une erreur. Au milieu de ce flot que je n'écoute que d'une oreille distraite, je pêche parfois l'information qui va donner une autre orientation à la consultation, voyez l'exemple de Punky.

Lorsque l'animal est sur la table, je palpe toutes ses articulation, j'examine sa peau tout en cherchant ses nœuds lymphatiques, je vérifie l'état de ses oreilles et de ses yeux. Je soulève ses pattes et examine ses coussinets, et les plis entre eux. J'ouvre sa gueule, regarde ses dents, ses gencives, sa langue, son palais. Je le caresse, je lui parle, je le rassure, et avec ces caresses, je cherche les anomalies, je palpe les mamelles, ou les testicules, je vérifie le fourreau, ou la vulve, l'air de rien. Je palpe son abdomen, aussi. Tout cela se fait naturellement, très vite, sans, généralement, que le propriétaire remarque grand chose. Souvent, je souligne mes explorations, je signale au maître ce que je regarde et ce que je vois.
Puis je prends sa température, et vérifie par la même l'état de son anus, la couleur de ses selles.
Enfin, je prends mon stéthoscope, j'écoute le cœur, et les poumons. Selon l'âge du chien, ou si j'ai le moindre doute, je prends mon ophtalmoscope ou mon otoscope, pour vérifier respectivement les yeux et les oreilles.

Avec les chats, les manipulations sont les mêmes mais se font au gré des caresses et des ronronnements : au rythme du chat...

Ensuite, et seulement ensuite, et si l'animal est en bonne santé, je réalise l'injection, puis je fais les papiers...
Et je laisse, pendant ce temps, l'animal en liberté, excellent moyen de l'observer encore, ou d'analyser ses rapports avec son maître... C'est le bon moment aussi pour une ultime recommandation !

mercredi 23 avril 2008

Fièvre Catarrhale Ovine

Ca y est. la lumière est éteinte. Il aura fallu trois semaines de préparation pour en arriver là : aller moi-même à une formation sur le sujet, fabriquer le diaporama, trouver un vidéoprojecteur et la salle, et surtout, surtout, faire venir ces quarante personnes. Je passe sur l'écran qui manquait malgré le gars de la mairie vu dans l'après-midi, j'en ai déniché un dans un placard au rez-de-chaussée. Ou sur la journée de fou qui a précédé cette réunion, pour changer.

J'ai une conscience aiguë de tous ces gens assis dans l'ombre, de tous ces visages connus, appréciés ou non. Ils sont tous éleveurs. Presque tous de bovins allaitants. Ils ont entre 25 et 80 ans. Il y a quelques femmes. Pas nombreuses. Je n'ai pas vraiment le trac, je maîtrise mon sujet et j'ai envie de leur faire passer ce message, ce soir.

Sur l'écran, il est écrit : Fièvre Catarrhale Ovine, alias Maladie de la langue bleue.

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