... juste pour le plaisir.

Je vous avais déjà parlé des coproscopies. Pour ceux qui n'ont pas suivi, ou pour les flemmards, c'est un examen qui permet de détecter et d'observer les œufs des vers dans les selles. Les identifier et les compter permet de réaliser des vermifugation raisonnées, ainsi que des diagnostics de parasitisme pathologique.

L'autre jour, j'ai oublié l'une de ces coproscopies sur la paillasse de mon petit labo, et n'ai pensé à la regarder que le lendemain... pour observer que les œufs avaient évolué, passant du stade d'œuf à proprement parlé à celui de larve. La maman de ce charmant parasite est un strongle, du genre Cooperia (curtecei ?), Haemonchus (Haemoncus contortus dans ce cas) voire Teladorsagia (circumcicta ?). Ce sont tous des nématodes, c'est à dire des vers ronds du même type que les spaghettis parfois vomis par les chiots et chatons très parasités.

La bestiole est une larve qui est restée dans son œuf, ce qui serait la tendance évolutive de ces nématodes parasites. Ce phénomène de mue avant éclosion s'appelle la séclusion, et le stade suivant est l'éclosion (comme les poussins !) : la séclusion protège la larve, très fragile. L'évolution est extrêmement rapide, puisque la coproscopie avait moins de 15 heures, ce qui vous démontre pourquoi il faut des selles très fraîches pour réaliser une coproscopie interprétable : je serais arrivé quelques heures plus tard, il n'y aurait plus rien eu à voir que des coques vides, non identifiables.

Je ne sais pas par contre de quel stade larvaire il s'agit (Larve 1, 2 ou 3, oui, les noms des stades sont très originaux).

En cycle normal, le ruminant ingère des larves trois dispersées dans les prés, ces L3 muent en adultes dans sa caillette, ou son intestin, et se mettent à pondre des œufs, qui sont éliminés avec les selles. Les œufs deviennent dans le milieu extérieur des L1, puis des L2, et enfin des L3, etc. Les adultes ne sortent jamais, c'est pourquoi vous n'en trouverez pas dans les matières fécales !

Il existe d'autres cycles, plus complexes, mettant en œuvre des hôtes intermédiaires. Celui que je vous décris est l'un des plus simple qui existe.

Voilà, juste un petit billet vous montrer un univers qui me fascine. Mon microscope est réellement l'outil que je préfère dans ma clinique, et la parasitologie, un univers loufoque et foutraque où le but du jeu est de débusquer des bestioles qui ont passé des millions d'années à parfaire des cycles tous plus complexes les uns que les autres, au plus grand déplaisir de nos amis familiers (et sauvages !).

PS : je rassure tout le monde, je me suis un peu replongé dans mes bouquins avant d'étaler ma science !