Vétérinaire, c'est un métier de merde. Au sens propre du terme. Si l'on peut dire...
La réalité peut être assez éloignée de l'image d'Epinal du docteur dans sa blouse blanche, au coeur d'une clinique immaculée.

Il existe un examen très intéressant que l'on nomme coproscopie. Littéralement, regarder dans la merde. L'intérêt est essentiellement de rechercher les oeufs des parasites que notre système digestif peut abriter. Notre système digestif, mais surtout, en ce qui me concerne, celui des animaux. Chiens, chats, chevaux, moutons, vaches, chevaux, poules, dindons, tout ce qui a un tube digestif un poil évolué abrite des parasites plus scientifiquement connus sous le nom d'helminthes (les vers) et d'hématozoaires (les protozoaires). Les vétérinaires de zoos et de parcs naturels y consacrent une bonne partie de leur temps (métier de rêve, hein ?).

Pour les chiens ou les chats domestiques, par exemple, on recommande deux vermifugations annuelles, voire plus dans certains cas (chiots, chiennes gravides, vieux chiens, présence d'enfants en jeune âge dans l'entourage). Ce sont des traitements préventifs destinés à détruire les parasites qui, immanquablement, se logent dans l'intestin. J'insiste sur le "immanquablement". Ce n'est pas parce que vous ne voyez pas de vers dans les selles de votre chien qu'il n'y en a pas. Ils ne sont pas fous, les vers : ils restent bien au chaud dans l'intestin, avec la nourriture qui arrive tous les jours à heure fixe. Quand on les voit dehors, c'est qu'il y a vraiment surpopulation : cela peut arriver avec les jeunes animaux, ou dans certains cas pathologiques. Seule exception : un tout petit taenia assez courant, dipilydium de son petit nom, qui sort parfois se balader autour de l'anus. Il a la taille d'un grain de riz, en plus plat, et il rampe.

Bon appétit.

Les parasites internes, en général, ça ne rend pas malade. Les deux exceptions, c'est quand il y en a vraiment trop, ou certaines espèces agressives. Prenons par exemple le cas des trichures des chiens, qui mordent la paroi de l'intestin à pleines "dents" et causent d'importantes pertes de sang cumulées.
La plupart du temps, ils se contentent de ponctionner un peu de sang, un peu de chyme (le contenu de l'intestin, mélanges de sucs digestifs et de nourriture partiellement digérée), et parfois certaines vitamines. Ils sont donc gênant surtout pour les animaux qui ont d'importants besoins : jeunes en croissances, mères gravides ou allaitantes. S'ils sont nombreux, ils peuvent aussi causer des coliques (douleurs digestives), voire des bouchons. Cela arrive assez fréquemment avec les taenias des chevaux (depuis combien de temps n'avez-vous pas vermifugé votre cheval avec un produit polyvalent, capable de détruire les taenias ?).

Comment lutter avant d'en arriver là ? Il suffit simplement de vermifuger... Il existe des méthodes un peu plus sophistiquées pour les troupeaux, mais, pour un animal domestique, l'essentiel, ce sont les vermifuges.

Flottation au sulfate de zincParfois, nous avons besoin de savoir si les parasites sont bien là, si oui, lesquels, et en quelle quantité. Dans ce cas, une seule solution : prélever des selles et regarder dedans : réaliser une coproscopie. On ne cherche pas les parasites, mais leurs oeufs. L'autre technique, c'est l'autopsie, mais c'est réservé aux volailles, en général...
Bref : on prend un petit centimètre cube de selles, on met ça dans un pot avec un produit spécial qui sépare les selles des oeufs et on regarde au microscope. Il existe des méthodes un brin plus sophistiquées, mais le principe de base reste le même.

StronglesLa plupart des vers pondent comme des mitraillettes, ils sont donc faciles à repérer. D'autres sont plus pénibles et exigent des coproscopies à répétition car ils pondent par intermittence.

Voilà le résultat au microscope. Ici, il s'agit d'une coproscopie réalisée à partir de selles de moutons (franchement malades) où l'on voit énormément d'oeufs. Les vétos ou autres biologistes qui traînent par là sauront sans doute nous dire lesquels (et s'il n'y a pas de volontaires, je mettrai quand même la réponse...).

Et les vétos touillent...

Strongles et coccidiesVous l'aurez compris, on ne réalise pas souvent de coproscopies pour les chiens et les chats, mais cela peut se révéler utile. Je dois en faire une ou deux par semaine. J'en fais bien plus souvent pour des bovins et des ovins, sur des cas pathologiques ou pour déterminer s'il est nécessaire ou non de traiter : pas la peine de vermifuger un troupeau entier si le parasitisme est faible. Pareil pour les chevaux, mais comme il y en a de toute façon assez peu ici, j'en fais très rarement sur ces animaux. J'en fais aussi assez souvent sur des volailles au cours d'autopsies, lorsqu'il y a de la mortalité sur un lot.

Bref, la coproscopie est un examen simple, peu onéreux, facile à réaliser, que ce soit pour un diagnostic, un suivi ou la mise en place d'un plan de prévention. Que des avantages ?
Heu... non. Enfin, ça dépend si on aime fouiller la merde ou pas (et aller la chercher ou elle se trouve : sèche, posée dans l'herbe, elle devient sans intérêt).