Dans un commentaire, Céline s'interrogeait :

Cela fait plusieurs fois que vous affirmez ne pas être chirurgien. Bêtement, je croyais jusqu'alors qu'un chirurgien était une sorte de médecin qui découpait des bouts de tissus mous ou durs ou entre les deux, puis recousait avec une aiguille tous ces bouts de telle façon que le résultat soit mieux après qu'avant... Vous avez décrit plusieurs interventions dans lesquelles vous avez découpé des ventres de vache et de chien. J'aurais juré que cela s'apparentait à de la chirurgie, mais il semble que je fasse fausse route. Puisqu'il ne s'agit pas d'une question d'instrument comme le bistouri et l'aiguille, ni d'une question d'anesthésie, comment définissez-vous le chirurgien ?

Tous les vétérinaires reçoivent une formation généraliste à la fois théorique et pratique. Durant la dernière année d'école (en tout cas en France), chacun choisit une dominante de cours qui va orienter sa carrière à venir, quoique choisir "équine" n'empêche nullement de pratiquer en "canine". C'est un approfondissement plus qu'autre chose, et certainement pas une spécialisation.
Mon diplôme, c'est une boîte à outil : j'ai été formé à la méthode diagnostique, j'ai acquis une quantité proprement monstrueuse de connaissances et suivi des travaux pratiques comme des cliniques de médecine et de chirurgie de tous les animaux "classique" ainsi que des cours sur l'hygiène alimentaire, la législation, un peu d'économie, etc.

A la sortie de l'école, chacun travaille à droite, à gauche. Certains restent un peu plus longtemps et deviennent internes, voire chargés de consultation. On raconte même qu'il y aurait certains étudiants qui ne quitteraient jamais le giron de l'école. Du coup, ils bizutent les nouveaux en leur assénant des "cours".

Premiers contrats, puis premiers remplas, premières galères, on découvre ce que c'est que de travailler sans filet, on développe le système D et, finalement, on se dit que notre formation n'était pas si mauvaise. On affine les choix déjà réalisés à l'école ou on goûte un peu à tout avant de se poser quelque part.

Pour ma part, éternel insatisfait, j'ai choisi de m'éloigner des bancs de l'école aussi vite que possible, pour aller voir à quoi ressemblait ce métier "en vrai". Un coup avec les vaches, une fois en Normandie, ou en Vendée. Voir comment sont les gens dans le Centre. Rendre visite aux chèvres. Et les porcheries, c'est intéressant ? Finalement, essayer un peu la médecine et la chirurgie des carnivores domestiques, sans bouse sur ma blouse. Tenter même l'aventure de l'équine de pointe. Enfin, ça, c'était en stage alors que j'étais encore à l'école. Remplaçant itinérant, assistant en contrat court, ou moins court, et puis, finir par trouver un nid où me poser.

A l'heure actuelle, et jusqu'à ce que je change d'avis, j'adore ma polyvalence et mon manque de spécialisation. J'assume donc mon statut de généraliste.

Ce qui ne m'empêche pas d'avoir certains domaines de prédilection, comme chaque vétérinaire. Ainsi, j'oriente ma formation continue et mes efforts sur le diagnostic, la médecine interne, le comportement et la cytologie. Le tout en entretenant avec soin mes connaissances en rurale, bovine essentiellement.

Mais je ne me sens pas du tout chirurgien. En fait, je n'aime pas la chirurgie, à part pour les césariennes et les coups de stress. Je n'aime pas les gestes parfaitement maîtrisés, la voie d'abord patiemment étudiée, et je suis proprement incompétent dès qu'il s'agit de gérer une boiterie complexe ou de réparer une patte cassée. Pire : je n'ai même pas envie de m'améliorer dans ce domaine, ça ne m'intéresse pas, ce qui arrange bien les vétérinaires avec qui je travaille régulièrement, qui aiment mettre les mains dans le cambouis les tripes et apprécient modérément les diagnostics à étages de maladies hormonales ou de FOI.

Vous ne les trouvez pas bizarres ? Moi si. Mais ça m'arrange.

Ceci étant, il est hors de question dans une clinique comme la nôtre que l'un des vétérinaires ne soit pas un généraliste polyvalent. Nous devons tous être capable de gérer tous les aspects "généraux" de notre métier : faire un vêlage, une chirurgie viscérale "simple", poser un diagnostic de difficulté "moyenne" dans tous les domaines de la médecine, dermatologie, ophtalmologie, etc... pour tous les animaux courants. Plus toutes les urgences.

Je réalise donc des césariennes, des castrations ou des ovariectomies, je recouds des chiens à sanglier explosés de partout, mais je ne touche pas aux pattes cassées et, si une chirurgie peut être réalisée par quelqu'un d'autre, je laisse faire (tout en mettant un coup de bistouri de temps en temps, histoire de ne pas perdre la main).

Voilà pourquoi je dis que je suis plus médecin que chirurgien : je fais de la chirurgie, mais je ne suis pas chirurgien.

Du coup, ça me donne envie de vous parler des différents "types" de vétérinaires de clientèle. Dans un prochain billet.