Pour suivre ces billets publiés au gré des moustiques :

Ca y est, le premier cycle de trois semaines est bouclé, nous avons attaqué les rappels de vaccination. La panique est totalement oubliée, au point que certains n'ont même plus envie de vacciner... Quand je leur explique que le sérotype 1, c'était l'apéritif avant le 8, en général, ils prennent rendez-vous. Certains veulent attendre quand même, mais aurais-je des doses pour eux ?

A priori, cette galère des doses est derrière nous : aller piquer des flacons au cabinet voisin pour tenir jusqu'à la livraison du lendemain, en prêter à un autre, en faire envoyer à un troisième qui va vacciner certains de "nos" moutons en estives. Cette crise aura au moins permis de resserrer les liens entre les vétérinaires de la région.

Les nouveaux foyers deviennent plus rares. Logique, tout le monde a la pécole ! Par contre, nous découvrons plusieurs fois par semaines de petits cheptels non déclarés, qu'ils faut régulariser avant de vacciner. Maintenant, la procédure est bien rodée : coup de fil à la chambre d'agriculture, attribution d'un numéro EDE, prises de sang de création de cheptel, prises de sang pour virologie FCO, traitement des malades, et vaccination des brebis par encore atteintes. A la fin de la crise, le département aura "gagné" un certain nombre de têtes ! Paradoxal quand les pertes peuvent s'élever jusqu'à 30% dans certains cheptels. Les gens n'ont clairement aucune idée des obligations qu'implique la détention de ruminants, même pour tondre la pelouse.

Si les foyers deviennent plus rares, je ne sais pas trop pour le nombre d'animaux malades, c'est assez difficile à suivre : nous ne visitons que les nouveaux foyers ou les cas très graves, les éleveurs soignant eux-mêmes la plupart de leurs bêtes. Au vu du nombre de flacons d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires vendus, en tout cas, il y a encore pas mal de nouveaux cas. Ou d'anciens qui traînent.

Je suis assez surpris par le nombre de vaches que nous avons perdu. Oh, pas des dizaines, mais peut-être 0.5-1% du cheptel ? Des vaches qui bricolent et s'affaiblissent malgré tous les traitements, avec des myosites majeures, des syndromes hémorragiques digestifs voire nasaux. D'autres ne supportent pas une co-morbidité avec une pathologie grave, telle une mammite aiguë ou une broncho-pneumonie. A côté des mortes, il y a beaucoup d'animaux sérieusement touchés, qui mettront des semaines, voire des mois, à se remettre. De plus, certains taureaux seront peut-être infertiles. Un dommage moins spectaculaire mais sans doute plus important que la mortalité. Un peu comme les "blessés graves" des accidents de la route, oubliés par rapports aux morts.
Du côté des brebis, la mortalité est par contre moindre qu'escomptée : soignées à temps (c'est à dire dès le premier jour de la maladie), la plupart s'en sortent bien avec une semaine de traitement.

Vaccins FCO : avant - aprèsDe notre côté, c'est l'usure. Nous avons vacciné plus de dix milles bêtes en moins de trois semaines, et il faut recommencer. Certains jours, les coups de pieds sont plus difficiles à éviter... Normal avec 6 à 7 jours de travail par semaine, dix à douze heures par jour, et ce depuis plus d'un mois. Sans parler des (heureusement rares) urgences nocturnes.

Nous risquons trop souvent l'erreur en devant penser à trop de choses simultanément. Préparer les plannings de vaccination, n'oublier personne, gérer les animaux malades et surtout continuer à faire tourner la clinique, car la vie ne s'est pas arrêtée pour un moustique : bobos, vaccins, vrais malades, chiens à sangliers éventrés, vêlages, etc. Nous en avons déjà commises quelques une, des erreurs, qui ne seraient pas survenues en temps normal. Rien de grave, heureusement : nous sommes conscients de nos limites, mais vivement dans trois semaines ! Plus que 8000 bêtes !