mercredi 20 février 2008 - La valeur de la vie
- Par Fourrure
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Les vétérinaires praticiens sont des professionnels de santé des animaux. Vous avez pu constater au fil de mes billets qu'ils doivent également faire preuve de pas mal de psychologie. Je vous expliquerais sans doute un jour ou l'autre qu'ils doivent également être des chefs d'entreprise.
Ils doivent également être des comptables. Je ne parle pas des comptes du cabinet (j'en parlerais dans un autre billet). Je parle de la comptabilité de la vie, et de la mort.
En parler ?
Le sujet gêne, le sujet fâche. On préfère l'esquiver. Se dire que la vie a la valeur que l'on daigne lui accorder. Nier. Parce qu'il n'est pas question d'argent avec mon chien adoré, c'est ma peluche, mon compagnon de jeu, mon confident fidèle, lui, alors que mon petit ami m'a quitté. Parce que mon chat ronronne sur ma couette le matin, et qu'il fait ces petits caprices si agaçants lorsqu'il a faim.
Pourtant, un jour, je vous déclarerais peut-être : "C'est un cancer. Il existe un traitement efficace qui peut offrir à votre chat 6 mois à 3 ans de vie, sans souffrance. Un traitement qui exigera un suivi extrêmement précis, et que je chiffrerais aux alentours de 2500 euros. Une chimiothérapie. Ou alors, nous pouvons lui donner de la cortisone, qui ralentira la maladie et lui permettra de finir sa vie confortablement, au bout de 3 à 9 mois, pour environ 30 euros."
N'ergotez pas sur les chiffres, ils sont vagues dans une situation vague, mais ils sont réalistes.
Que répondrez-vous ?
Que l'argent n'a pas d'importance ? En général, ceux qui me disent ça sont ceux pour lesquels il en a le plus, justement.
Peut-être me demanderez-vous combien aura coûté le traitement de votre chat au bout de 6 mois ? Je vous répondrais sans doute : 1200 euros. Peut-être calculerez vous alors que la cortisone offre aussi six mois de vie confortable, mais pour 30 euros. Nous parlerons de médiane de survie, de probabilité de survie au bout d'un an, de deux ans. Vous vous direz sans doute que, finalement, la cortisone, ce n'est pas si mal que ça. Vous vous direz aussi que certains humains n'ont même pas l'accès au vaccin polyo/tétanos, qui doit coûter quelques euros. Et vous aurez raison... Mais vous serez en train de marchander la vie de votre chat. Et que penserez-vous si malgré les meilleurs soins, après avoir payé 900 euros, au bout de cinq semaines, le chat meurt ?
Ou vous me direz sans doute que vous n'avez pas les moyens de payer 2500 euros pour votre chat, même en trois ans. Vous aurez honte. Vous culpabiliserez. Moi aussi, parce que je peux pas vous offrir ce traitement pour moins. Parce qu'en réalité, 2500 euros pour une chimiothérapie, ce n'est pas cher. Cela vous choque ? Je comprends. Nous en reparlerons dans un autre billet.
Et oui, nous parlons bien du prix que vous serez prêt à payer pour la santé de votre compagnon. De la valeur de sa vie.
Certains personnes me disent que 60 euros, pour le vaccin de leur chat qui est en parfaite santé, c'est cher. Je leur réponds que pour beaucoup de gens, 60 euros pour un animal, c'est un luxe. Je leur parle ensuite du typhus ou de la leucose qui sont des maladies mortelles. Je ne leur parle même pas de la valeur de la consultation vaccinale, du nombre de points que je contrôle, des dépistages effectués à cette occasion. Mais j'assume mes 60 euros.
Qu'est-ce qui définit la valeur de la vie ?
Classiquement, on définit deux paramètres dans l'argent que des propriétaire sont prêts à mettre dans les soins vétérinaires.
La valeur monétaire, c'est le prix de l'animal. Peu de gens sont prêts à soigner le hamster de leur fils, qui a coûté huit euros. "Il suffit d'en racheter un autre. Et puis, c'est une leçon de vie pour le gamin. Et la consultation du véto est à 25 euros ! Alors que, si ça se trouve, il ne pourra rien faire."
La valeur affective, c'est l'argent que ces mêmes propriétaires sont prêts à donner pour que l'on soigne leur compagnon. Combien aurait payé l'enfant pour sauver son hamster ? Tout, sans doute, parce que dans ce cas, l'exemple est mauvais, il s'agit d'un enfant, n'est-ce-pas ?
En fait, ces deux paramètres, classiquement donnés en cours, sont très incomplets. La profession vétérinaire touche à une multitude de milieux sociaux et culturels. Une stagiaire me demandait aujourd'hui, pour son rapport, comme je définirais ma clientèle. Je lui ai répondu : "Géographique. Ma clientèle, dans cette région rurale, ce sont les habitants 20 kilomètres à la ronde. Il y a des paysans, des chasseurs, des ouvriers, des médecins, des bourges, des pauvres, des enfants, des homme, des vieux, des médecins, un curé, des femmes, un foyer pour handicapés..."
Et toutes ces personnes ont leur propre rapport à l'animal. A leur animal, et à celui des autres. Je connais une jeune retraitée bien pensante qui ne supporte pas ces chasseurs de sanglier qui envoient leurs chiens au carton. Je lui parle alors de ces chiens qui, même blessés à mort, feraient n'importe quoi pour y retourner, qui adorent chasser. Qui sont malheureux lorsqu'ils voient la meute partir sans eux sous prétexte qu'ils ont des sutures partout. Je connais aussi une très vieille dame qui trouvait quand même étrange de payer une cinquantaine d'euros pour castrer son chat alors que, quelques soixante années plus tôt, elle quittait Lille pour gagner la zone libre. Elle trouvait qu'elle avait de la chance de payer cette somme aujourd'hui.
Il y a l'utilité de l'animal. Travaille-t-il avec son propriétaire pour lui faire gagner sa vie, comme un chien de berger ou un chien de garde ? Lui permet-il de surmonter son handicap, comme un chien guide d'aveugle ? Lui rapporte-t-il de l'argent lorsqu'il le vends, comme un veau limousin (son seul revenu, sans doute) ? Lui permet-il d'avoir des loisirs, comme un chien de chasse ou un cheval de concours. Il est probable qu'il ne "sert" à rien, comme votre chat. Il a pourtant de la valeur.
Il y a la place que l'on accorde à son animal. Le statut social, si vous préférez. Certains pensent que leur chien, même s'ils l'adorent, n'est qu'un chien. Ils veulent bien payer, mais ils veulent être "raisonnables". Certains pensent qu'un chat, c'est à peine "plus" qu'une fouine. Presque un nuisible. "Certaines personnes achètent un chat ? Les gens sont fous." D'autres demandent à leur avocat de négocier le droit de garde alterné du Yorkshire que leur ex a emporté. Comment cet avocat va-t-il leur expliquer qu'en droit, un chien est un bien meuble ? La plupart se situent dans un "juste" milieu. Juste ? Mais pour qui ?
Il y a l'espérance de vie de l'animal. Qui payerait des milliers d'euros pour offrir un mois de vie à son chien de 16 ans ? Tant de mes clients décident d'arrêter de vacciner leur chien lorsqu'il atteint un "certain" âge, souvent un âge où, pourtant, ces protections lui seraient bien utiles... D'autres refusent de réparer une patte cassée lorsque la chienne est vieille. Certains se moquent de son âge, ils se disent qu'ils leur doivent bien ça. Un éleveur de bovins n'investira pas une grosse somme dans une vache âgée qui ne pourra plus produire de lait ou de veaux. Il la réformera. Qui a raison, qui a tort ?
Enfin, il y a simplement l'affection que l'on porte à son animal. Vous ne vous posez pas vraiment la question, mais je vous la poserai peut-être un jour : combien êtes-vous prêt à payer ? J'espère sincèrement que ce cas ne se posera jamais pour vous. Mais la question est intéressante, non ? Et glaçante, sans doute. Vous n'avez sans doute plus très envie de vous la poser.
Alors pourquoi répondriez-vous pour les autres ?
Un conducteur a renversé une chienne avec sa voiture. Il n'y est pour rien, elle s'est jetée sous ses roues, il roulait à une vitesse normale. Quelle somme est-il prêt à payer pour soigner la chienne ? Et le maître de la chienne, si le conducteur s'est enfui ? Et le conducteur, s'il s'avère que la bestiole est une chienne errante que personne ne regrettera ? Combien le conducteur serait-il prêt à payer, si, cette fois, il était en tort ? S'il se disait que cela aurait pu être sa chienne ? Ou s'il déplaçait le problème, s'il se disait qu'il aurait pu renverser un enfant ?
Un éleveur demande au vétérinaire d'euthanasier l'une de ses vaches. Combien, pour qu'elle ne souffre pas, au lieu de la regarder mourir, ce qui ne lui coûterait rien ? Le prix des vaccins de ses veaux ?
Et celui qui achète un steack, combien est-il prêt à payer pour que l'animal meurt sans souffrance à l'abattoir ? Plus, d'après les sondages. Les gens sont si généreux. Pourtant, ils achètent la viande la moins chère au lieu d'acheter celle qui vient d'un pays où des règles très strictes encadrent l'abattage et la souffrance animale, comme la France.
Ces préjugés que j'aimerais tant briser
Je vous en ai donné quelques exemples avec mes chiens de chasse et mon yorkshire. J'ai répondu à Mona par ici, je lui rends hommage, c'est elle qui m'a donné l'envie de vous écrire ces lignes. Je ne veux pas être agressif avec elle, mais je devine ses a priori.
Chaque personne donne, pour chaque animal, une valeur à son existence. Ce prix dépend de tous ces paramètres plus ou moins irrationnels... alors, avant de juger les autres, essayez de comprendre. Moi, c'est ce que je dois faire tous les jours.
Et pourtant, je n'ai pas à décider, personnellement : j'offre des alternatives, et j'aménage un peu selon les clients. Le gamin avec son rat, qui pleure toutes les larmes de son corps, ne paiera qu'une somme symbolique, mais une somme quand même. Pour le symbole, justement. La dame, avec son yorkshire, qui me demande un certificat comme quoi son ex a maltraité Kiki (pour avoir le droit de garde, vous comprenez), ou celle qui réveille tous les confrères de la région en pleine nuit pour avoir une ovariectomie de chatte en urgence, risque fort de payer plus. Oh, rassurez-vous, je ne me permettrais pas de gonfler mes tarifs, mais je multiplierais les examens pour démontrer que Kiki va très bien. Heureusement, la plupart du temps, je me contente d'énoncer des devis, de proposer, et de laisser le maître se débattre avec ses contradictions.
Pourquoi pensez-vous qu'un éleveur se fiche de ses vaches, qu'il paiera le moins possible et certainement pas pour du "superflu" ? Parce qu'il les envoie à l'abattoir ? Vous pourriez aussi vous dire qu'il consacre sa vie à marcher dans la merde à se casser le dos. Qu'il subit des contraintes réglementaires dont vous n'avez même pas idée, pour le bien-être animal, pour la sécurité sanitaire. Et tout ça pour gagner combien, finalement ? Peut-être qu'il ne fait pas ça que pour l'argent. Je sais bien que beaucoup jouent les durs... mais les éleveurs aiment leurs animaux. J'aimerais que vous voyiez l'un de ces rustres lors d'une euthanasie.
Qu'est-ce qui vous permet de penser que ces brutes de chasseurs se fichent de leurs chiens ? Vous n'imaginez même pas combien ils payent pour les nourrir, les emmener à la chasse, ou les soigner. Combien de temps ils passent à les dresser, aussi. Vous devriez vois leur visage lorsque l'un d'entre eux reste sur le carreau.
Un chien de race, un shar pei qui se vend 2000 euros, vaut-il plus qu'un bâtard ? Non, bien sûr ! Pourquoi cette cliente si gentille, qui soigne si bien son chiot, s'est-elle mise à dépenser beaucoup d'argent pour lui alors que sa vieille corniaude a juste eu droit à une euthanasie précoce, quand elle aurait pu être soignée ? Je n'exagère pas, et cette personne est vraiment charmante, en plus.
Ca vous choque que l'on gave une oie ? Que l'on paye 2000 euros pour faire une triple ostéotomie du bassin sur son bouvier bernois de 7 mois ? Que l'on mange les chevaux ? Que l'on euthanasie un rottweiler parce qu'il a grogné ? Que l'on enferme un chien dans un appartement 23h30 par jour ? Que l'on donne des trucs à table à son chien pendant les repas ? Que l'on décapite une poule ?
Pourquoi ? Pourquoi pas ?
Commentaires
Le mercredi 20 février 2008 à 23:11
et ben... ça jette un froid mais ça fait réfléchir! merci merci
il faut voir plus loin... laisser tomber les préjugés et prendre du recul.
J'aime devenir moins conne, alors merci encore
Le jeudi 21 février 2008 à 00:10
Superbe billet, pour un sujet difficile.
Au sujet des éleveurs, c'est exactement cela, je passe régulièrement quelques jours chez des amis qui ont une ferme laitière, et leurs animaux c'est sacré !
Le jeudi 21 février 2008 à 08:55
Très bien vu, ce sujet. Et la difficulté de rester neutre, pour nous vétérinaires, est parfois délicate. Je me rappelle avoir eu une discussion avec un confrère âgé, au moment de mon installation
Lui : "Et essayez de ne pas acquérir la réputation de piqueur. Les gens, au début, vont vous tester pour savoir ce que vous êtes prêts à euthanasier. Pour eux, c'est un service rendu, si vous pouviez piquer leur belle-mère, vous gagneriez une belle part de marché"...
Je n'ai pas très bien compris sur le coup, offusqué "Mais voyons, on n'euthanasie qu'un animal condamné !"
Ah... J'ignorais encore certains rudiments, je n'avais pas lu l'article sur la "valeur de la vie" de Fourrure ;op
Régulièrement, ensuite, j'appelais ce confrère, pour avoir un avis sur des euthanasies que l'on me réclamait et auxquelles je ne savais trop quoi répondre. Parfois ce fut oui, parfois ce fut non.
Un jour, une dame très propre sur elle, bijoux de partout, manteau de fourrure, est venue avec un adorable chaton, 3 mois. Elle l'avait depuis 2 mois, trouvé par sa fille dans une poubelle, et depuis 2 mois, il mouchait et, parfois, toussait. Ça n'avait pas gêné la dame de le laisser comme cela 2 mois, mais voyez-vous, depuis 15 jours, il mouchait tant que cela projetait de la morve sur les tapisseries hors de prix de l'appartement.
"Bonjour docteur, j'aimerais savoir combien ça va me couter de le faire soigner"
"Et bien madame, c'est difficile à dire, mais l'examen clinique me permettrait probablement de confirmer uen hypothèse de coryza chronique, auquel cas le traitement n'est pas forcément difficile mais peut être long, le coryza est parfois revêche. Disons, a minima, consultation et premier traitement, vu son poids, dans les 30 à 40 euros"
Et la dame, de but en blanc
"Et l'euthanasie, ça me reviendrait moins cher ?"
"Il est jeune, il a toutes ses chances, un coryza est rarement mortel. Je ne le piquerai pas, madame"
Je ne l'ai jamais revue.
Et puis, le même vieux confrère m'a expliqué autre chose, sur un autre cas :
"Est-ce qu'on peut le soigner, ce chien ?
- Oui
- Mais est-ce que les gens VONT le soigner ? En sont-ils capables ? En ont-ils les moyens ? Sont-ils fiables sur le suivi ? En ont-ils envie ?
- Euh... Et bien...
- Dans l'hypothèse où vous ne piquez pas, et que le traitement sera mal fait, l'animal souffrira-t-il de sa situation ?
- Oui
- Alors piquez-le. Vous allez refuser de le piquer, et la seule chose qui va en découler, c'est que l'animal va souffrir pour rien car nous savons que ce qui doit être fait ne le sera pas".
Depuis, c'est entre autres avec cette idée en tête que je réponds favorablement ou non aux requêtes d'euthanasie.
Car détrompez-vous, ce n'est pas toujours le vétérinaire qui propose d'en finir, c'est parfois le propriétaire qui vient, bille en tête, "pour faire piquer docteur, y'a que ça à faire j'en suis sûr, elle a une boule énorme". Et si vous étiez venu avant qu'elle soit énorme ? Ça ne vous a pas effleuré, ça ?
Le jeudi 21 février 2008 à 09:01
En effet, ton billet résume fondamentalement, tout ce que j'ai pu rencontrer et toutes les réflexions que j'ai pu me faire en cotoyant des animaux en étant moi même propriétaire. J'y pense souvent.
Le jeudi 21 février 2008 à 09:14
"Comment cet avocat va-t-il leur expliquer qu'en droit, un chien est un bien meuble ?"
Beeeen, en leur disant, tout simplement...
Non, sérieusement, le fait qu'effectivement un animal soit un bien meuble n'empêche pas qu'il puisse avoir un certain statut et le droit considère l'ensemble des critères que tu énonces pour en tirer des conséquences.
C'est ainsi que le fait d'avoir par exemple tué un chien lors d'un accident a pu entraîner obligation de réparation, non pas simplement sur le plan financier (préjudice matériel, qui recouvre la valeur de l'animal, ainsi par exemple que le "lucrum cessans", le manque à gagner, si la bestiole est un chien de concours...), mais bien concernant le préjudice moral de son propriétaire (la peine liée à la disparition d'un compagnon...).
Inutile de rêver, vu les dédommagements offerts par les juridictions pour un jeune homme paralysé à vie suite à un accident de voiture, le dédommagement pour la mort d'un chien ne chiffrera jamais beaucoup (pour ceux à qui ça donnerait des idées...).
La véritable difficulté en droit réside dans l'appréciation du préjudice : celui-ci doit à la fois être évalué de manière subjective (pour le préjudice moral), tout en passant par les fourches caudines de l'objectif (il est bien évident que le préjudice moral lié à la perte d'un chien ne saurait valoir 2.000.000€, quelque soit cet animal et quelle que soit la douleur, réelle ou prétendue, de son maître).
Si vous voulez avoir une évaluation de la valeur de la vie telle que la conçoivent les tribunaux, je tiens à votre disposition quelques décisions de justice...vous pourrez constater que, bien souvent, le préjudice d'un auteur connu dont l'oeuvre a été plagiée est évalué bien plus que celui d'un homme de 21 ans tétraplégique pour avoir été fauché par un ivrogne.
Mais bon, je ne voudrais pas trop pourrir l'ambiance...
Le jeudi 21 février 2008 à 12:20
Sans l'avoir jamais vraiment formulé j'ai évidemment déjà réfléchi à tout cela, j'ai commencé à me poser réellement ces questions pendant mes études. Et malgré tout, j'ai un avis personnel sur la "valeur" que j'accorderais à un animal. Je juge quand même le propriétaire d'un animal selon la décision qu'il va prendre. Et dans la majorité des cas je ne montre pas ce jugement. Parce que dans la majorité des cas je juge acceptable la décision. Mais effectivement si je ne suis pas d'accord, parce que l'animal souffre ou au contraire parce qu'on peut le soigner dans ce que je (toujours moi) juge être de bonnes conditions, alors j'essaie d'influencer la décision. Ou alors, comme Vache albinos, je peux refuser l'euthanasie. Et si j'accepte de la pratiquer alors que je pense moi que cet animal aurait pu vivre sans souffrir, mais que les gens ne sont pas prêts à faire ce qu'il faut pour le lui permettre, alors ça me touche, ça me pose problème. Mon jugement n'est pas que subjectif, il est guidé par un savoir scientifique qui m'autorise à donner mon avis médical, reste que mon avis personnel est là, en général caché.
Côtoyer les gens et leurs animaux permet d'user les préjugés, merci en particulier de réhabiliter les éleveurs et leur lien aux animaux. Mais quant à se choquer des sommes que peuvent dépenser les gens pour leurs animaux, j'ai dépassé ce stade en pensant aux sommes que peuvent dépenser d'autres pour des voitures de sport ou tout autre bien matériel. Je peux dépasser mes convictions personnelles, c'est aussi mon métier.
Fourrure : Merci.
Le jeudi 21 février 2008 à 13:52
Au début dans mon boulot je me révoltais par rapport à certains jugements, certaines situations, j'ouvrai ma tronche. Et finalement, j'ai fini par fermer la porte de chez moi le soir. Un correctionnel avec des histoires plus ragoutantes les unes que les autres....je ne dis plus rien....je prends les dossiers les uns à la suite des autres. Une pseudo amie qui traite son cheval comme une "chose" ...j'ai coupé les ponts ça m'a saoulé justement ce genre de philosophie, style moins j'en fais moins je paye. Solutions radicales, certes, j'ai fini par fermer ma tronche, pourtant il y a des jours où :)
Le jeudi 21 février 2008 à 14:27
Alala... à chaque fois que je lis une de vos notes qui évoque l'euthanasie, je file illico voir mon dog et je lui demande comment il va... Bien, me répond-il, mais pourquoi fais-tu cette tronche ?
Le jeudi 21 février 2008 à 17:14
Désolé, mais j'aimerais quand même bien une réponse, sincère, de votre part, à la question : combien la vie d'un animal cher (ah ah) vaut-elle ?
Étant entendu que, par principe, la vie d'un animal de compagnie est inestimable et que, dans le même temps, dans (quasiment (admettons le cas des tortues et des centenaires...)) tous les cas, sa mort est programmée avant la nôtre, il y a un abîme insondable entre la vie à tout prix et le choix de l'euthanasie.
Bien sûr, quand le choix s'arcboute sur des raisons telles que le pedigree de l'animal, par exemple, elles sont forcément mal fondées.
Pour autant, alors que j'apprécie par ailleurs votre plume et votre regard sur votre métier (qui est sans doute davantage qu'un métier, j'en suis conscient), j'avoue que je n'aime pas le ton de ce billet, qui se passe de conclusion. Pourquoi cette sortie sur le hamster ? Vous trouvez sincèrement qu'il est logique d'emmener un hamster chez le véto ? (Je pose la question sincèrement, et sans provocation). Mais pourquoi s'arrêter aux hamsters ? Vous faites les poissons rouges ? :-)
Je plaisante au passage, mais ma question n'est pas sarcastique ou provocatrice pour autant, j'aurais aimé que vous disiez, quelque part dans votre billet, que, si les maîtres font leur choix en conscience, ils ne doivent pas non plus sentir le jugement inquisiteur derrière un mouvement de tête vaguement approbateur. Parce que bien sûr une vie est inestimable, mais que quelques centaines d'euros, de nos jours, représentent également l'intégralité du budget mensuel de beaucoup de ménages, une fois payées les charges fixes. Et même souvent plus.
Aussi votre phrase "Chaque personne donne, pour chaque animal, une valeur à son existence." est-elle tendancieuse : on ne choisit jamais que dans les limites de ses choix réels, et non des possibilités qui nous semblent offertes.
(Je suis bien persuadé que vous serez en accord avec tout ça, mais je réponds au billet davantage qu'à vous-même, celui-ci m'ayant mis mal à l'aise.)
Bien à vous,
Fourrure : Il n'y a pas de réponse à votre question. Ou plutôt, il n'y a pas "une" réponse. Mais je peux vous proposer plusieurs cas réels de sommes que des propriétaire sont été prêts à mettre pour leur animal.
J'ai un client dont le chien est diabétique. Il engloutit son (très très maigre) salaire mensuel dans l'alimentation et le traitement de son chien. Soit environ 300 euros. Je ne lui facture plus les glycémies de contrôle, ni les consultations, je l'aide comme je peux... Pour lui, la somme est démesurée, mais qui suis-je pour l'empêcher de soigner son chien ?
Je connais un couple qui a emprunté 2000 euros environ (je n'ai pas vu la facture) pour une chirurgie orthopédique très lourde pour leur bâtard.
Certains de mes clients dépensent plus de 1500 euros par an pour leur chien, et, dans ma zone rurale, les tarifs vétérinaires ne sont pas très élevés. J'ai du mal à imaginer les sommes que l'on doit pouvoir atteindre dans d'autres régions.
Voilà ce que certains sont prêts à payer.
Pour d'autres, il est hors de question de dépenser six euros pour des antibiotiques pour un chat à coryza qu'ils m'ont amené à l'accueil. Ils accompagnent leur regard outré devant le prix du médicament d'une précision, des fois que je voudrais facturer : "mais je ne veux pas de consultation docteur, juste un avis".
On m'amène parfois des hamsters en consultation. Des rats, des lapins (de compagnie, ou de clapier). Pourquoi serait-ce anormal ? Après tout, si l'on part du principe tels que "la vie d'un animal de compagnie est inestimable" (qui n'est pas le mien, vous l'avez compris, pour moi, malheureusement, elle est de facto estimée tous les jours)... Et j'ai déjà soigné un poisson rouge, il avait une mycose. Certains vétérinaires ne soignent que ces animaux. Et ils gagnent leur vie, c'est bien que certains estiment la vie de leur cochon d'inde aux tarifs d'un spécialiste.
Les maîtres doivent faire leur choix librement. Évidemment, ils pensent que je les juge, car ils sont mal à l'aise et culpabilisent de marchander la santé de leur animal. Je ne dois pas les juger. Je dois rester technique, médical, les éclairer dans leurs choix, c'est ce que je tente de faire le plus honnêtement du monde, tous les jours. Comme la plupart de mes confrères, je ne suis pas un chantre de l'acharnement thérapeutique, ni de la piqûre qui endort. C'est pourquoi j'offre des possibilités de gestion du cas, j'avertis des coûts, et des espoirs que l'on peut attendre de chaque choix. Je ne ferme pas la porte à l'euthanasie. Il m'arrive souvent de préciser les choses de la manière suivante : "nous pouvons aussi tout arrêter, et euthanasier votre chien. Il a 15 ans, cette pathologie est très grave et les traitements ne le rajeuniront pas. Je comprendrais que vous fassiez ce choix."
Bien entendu, de nombreux propriétaires n'ont pas les moyens de choisir la meilleure prise en charge pour leur animal. Vous avez raison, là s'arrête leur liberté de décision à cet égard... Notre code de déontologie précise par ailleurs : "tu distingueras le pauvre du riche". Ce n'est pas qu'une formule, je sais faire des efforts pour aider les plus démunis, mais je sais aussi que je dois vivre, que les salariés de la structure doivent vivre, etc.
Enfin, je ne suis pas d'accord avec votre déclaration : "on ne choisit jamais que dans les limites de ses choix réels." Je pense que mon billet vous donne nombre de pistes à cet égard. Beaucoup de propriétaires d'animaux, même de compagnie, pourraient faire bien mieux pour leur animal. Un exemple simple ? Combien de chiens ou de chats non vacciné, alors que cela représente environ une cinquantaine d'euros par an ?
Ce billet est fait pour vous mettre mal à l'aise. Ne croyez pas que nous, vétérinaires, soyons à l'aise face à ces questions. Or, c'est notre quotidien... beaucoup de vétérinaires n'arrivent pas à facturer leurs actes à leur juste valeur, et se sous-payent. D'autres abandonnent la clientèle, ou se blindent et deviennent amers, ou dépressifs. Vous n'y croyez pas ? Nous y reviendrons, mais cela mérite un billet, ou plusieurs.
Le jeudi 21 février 2008 à 23:35
@Alex d'epidose :
Vos remarques sont pertinentes, mais je réagirais volontiers sur le concept de "on ne choisit que dans les limites de ses choix réels". La question est ardue, certes. Mais l'affirmation n'est pas forcément vraie, si je l'ai comprise dans le sens qu'il fallait.
J'ai vu des gens riches à millions (à commencer par mon propriétaire) demander une euthanasie plutot que d'assurer le détartrage (certes plus qu'en retard, compliqué d'abcès dentaires, etc...) de leur chien (un détartrage de cette nature pouvant être facturé, soyons fou, dans les 100 euros, en tapant fort). J'ai vu de malheureux propriétaires contracter un crédit à la consommation de 3000 euros pour faire opérer leur chien d'une hernie discale (pas chez moi, nous sommes peu à pratiquer ces interventions, mais j'ai assuré le suivi), ou d'une pose de prothèse de hanche.
J'ai vu miss fourrure demander si l'euthanasie était moins chère que le traitement pour un coryza, j'ai aussi vu une étudiante ruiner son budget pour faire retirer à son rat (domestique) un abcès abdominal.
En toutes circonstances, à mon sens, on a toujours le choix.
Après, nous sommes d'accord, il y a les choix raisonnables, et ceux qui le sont moins. Mais la raison, comme la valeur de la vie, sont affaires de point de vue. Il y a 50 ans, dans beaucoup de fermes de par chez moi, un chien pouvait "crever" au bout de sa chaine sans qu'on appelle le vétérinaire, et il n'y a pas si longtemps, pendant les "épidémies" (ou plutot la psychose) de grippe aviaire, certains patelins ont assisté à une hécatombe de chats, sauvages ou domestiques, tirés au vol par des superstitieux qui avaient entendu dire que les félins transmettaient le H5N1 HP. Les rats sont encore aujourd'hui abondamment traqués et empoisonnés, comme des nuisibles qu'ils peuvent être, et d'autres sont prêts à dépenser des fortunes pour en sauver un seul. Ont-ils raison ou tort ? Ce n'est qu'à eux, je pense, de savoir ce qu'ils veulent.
Quand on lit tout cela, le billet comme les réactions, logiquement partagées ou interrogatrices, cela m'inspire une digression qu'il est délicat de faire : on comprend peut-être mieux pourquoi, dans un registre pas si éloigné, nul n'est capable (et surtout pas moi !), à ce jour, de trancher sur la question de l'euthanasie humaine. Fin de la digression.
Fourrure : Je n'ai rien à voir avec cette miss fourrure (des fois que).
Le vendredi 22 février 2008 à 14:56
première visite, et très impressionée d'une part par les sujets, et d'autre part par l'écriture.
mon expérience étant surtout tournée vers le chien de sport et de travail, j'ai également vécu ces différences sur la valeur de la vie que l'on peut attribuer à son animal.
et j'ai parfois été agéablement surprise comme parfois très déçue par la réaction de certains...
Le mardi 26 février 2008 à 09:53
Peut-être pas grand chose à voir mais tout de même je tenais à dire qu'il existe des "assurance" pour animaux (chien et chat visiblement pas rongeur ... ) ; à titre indicatif il faut savoir que pour par exemple, pour un chien et un remboursement de 70% des frais ( maladie et accident ) à hauteur maximum de 1500 euros par ans on paie environ 20 euros par mois ... ce qui nous donne du 240 euros par ans ... peut-être pour rien certes, mais qui peux éviter à des gens qui ne pourrait pas sortir des milles et des cents sur un coup dur de sauver tout de même leur animal ... (il existe aussi en remboursement à hauteur de 30 ou 100 % pour des prix, bien entendu, différent).
Certains diront peut-être que 'est n'importe quoi, mais je penses que c'est vraiment important quand on ne veux pas avoir à se poser de question sur un traitement lourd ( en argent) pour son chien/chat.
Peut-être Fourrure pourra me donner son avis sur la question, mon vétérinaire m'ayant pour sa part dis que les clients qui avaient souscrit à ce genre d'assurance se permettaient bien plus volontiers de venir soigner leur chien/chat, vite et sans se poser de questions, et me l'a donc conseillé.
Merci d'avance ;)
J'en profite pour tirer mon chapeau à la plume de sire Fourrure, si sa femme ne lui a dis de ma part, c'est ainsi fait !
Encore quelques années et ce sera un livre des plus intéressant sur le métier de vétérinaire avec ces déboires, tristesses et joies qu'il comprend et qu'on imagine pas, nous, petits maîtres inquiets du moindre éternuement de leur bestiole et ne voyant bien souvent pas plus loin que le bout de leur nez affolé.
Sin'
Fourrure : Oui, les assurances sont une voie intéressante, pour les raisons que vous avancez. J'ai vu beaucoup de contrats différents, certains excellents, d'autres très mauvais.
Un vétérinaire n'a pas le droit de faire de la publicité pour une assurance, il lui est donc interdit de vous recommander l'une au détriment d'une autre. Par contre, il ne lui est pas interdit de vous dire que le contrat que vous lui apportez est bon ou mauvais.
Tiens, ça ferait un autre sujet de billet... !
Le mercredi 12 mars 2008 à 16:14
Pourtant une fois un vétérinaire nous a conseillé d'opérer notre vieille chienne (15 ans) de ce qui paraissait un kyste mais devait être une tumeur dans la bouche. Ça la gênait mais elle mangeait et appréciait toujours promenades et bains de soleil. J'ai accepté "pour son bien" 3 semaines (épouvantables) plus tard la seule solution qui nous restait a été de l'euthanasier car elle ne pouvait plus s'alimenter et ne bougeait pratiquement plus de son coussin. Je ne peux m'ôter de l'idée qu'elle n'aurait peut être pas vécu beaucoup plus longtemps mais que si je n'avais rien fait ces derniers jours auraient certainement été moins difficiles. C'était il y a 18 ans et je m'en veux encore, je n'ai pas su la protéger.
Fourrure : Que dire... ?
Chacune de ces situations demande, d'une part, beaucoup de courage de la part du propriétaire, et beaucoup de tact de la part du vétérinaire. A chaque fois, c'est un pari fait contre la mort (si l'on choisit de traiter) ou contre la vie (si l'on choisit l'euthanasie, ou l'absence de traitement).
Notre rôle, à cet endroit, est d'éclairer le choix du propriétaire. Et jamais, je dis bien jamais, un vétérinaire ne pourra donner à ses questions une réponse blanche, ou noire. Les niveaux de gris, les nuances. Toujours. Bien sûr, dans nombre de cas, les probabilités pencheront dans un sens, ou l'autre. Il appartiendra au propriétaire, il vous appartiendra, de prendre la décision. Je ne la prends jamais de mon propre chef (sauf en cas de force majeure... toujours des nuances). C'est dur pour le maître, mais c'est aussi la plus saine des alternatives.
Parfois, la décision aura été la bonne. Parfois, la mauvaise. Pire : souvent, on ne saura pas si c'était la bonne, ou la mauvaise... quel que soit le point de vue (humain, éthique, médical, financier, etc).
Si la tumeur n'avait été qu'un kyste, et son exérèse facile, votre chienne aurait probablement profité tranquillement de ses vieux jours. A l'inverse, sa tumeur l'aurait peut-être emportée à la même vitesse sans l'intervention (avec sans doute moins de souffrances, certes). Là encore, on peut émettre des hypothèses, parler de probabilités. Mais qu'importe ? Cela ne vous fera pas oublier ce que votre chienne a enduré.
Enfin, si je puis me permettre : comment auriez-vous pu la protéger ? En refusant un traitement qui aurait pu avoir d'importants bénéfices si les choses s'étaient passées autrement ? Si la nature de cette masse avait été toute autre ?
Lorsqu'il vous propose un traitement, votre vétérinaire vous offre ses doutes, et ses certitudes. Il sait beaucoup de choses, mais il peut se tromper. In fine, le choix vous appartient. Voilà les quelques mots que je peux vous offrir pour, peut-être, apaiser votre sentiment de culpabilité : vous ne pouviez certainement pas savoir comment la protéger.
Le dimanche 8 juin 2008 à 13:21
Mon véto m'a dit qu'il ne refusait jamais une euthanasie. Il m'a raconté une anecdote où il avait refusé et le proprio a voulu tuer son chien lui même à coup de fusil sauf qu'il a pas très bien visé et ça a été une boucherie et une souffrance affreuse pour le chien.
Quand il m'a raconté ça je me suis dit qu'il avait raison et que si un client ne voulait plus de son animal celui ci allait souffrir. Par exemple la dame au chaton à coryza, il ne sera jamais correctement soigné car la dame ne veut pas investir d'argent, donc certainement pas de temps non plus, et ne l'a visiblement pas investit au niveau affectif. donc même si il y a de l'espoir au niveau médical cet animal ne sera jamais bien traité par son propriétaire qui n'en veut plus ou pas . Alors autant s'exécuter je pense que c'est la meilleure chose à faire pour l'animal.
Fourrure :
A mon avis, le "jamais" comme le "toujours" sont deux extrêmes à éviter. Pensons à toujours rester très humble face à "ce qu'aurait voulu la personne", ou "ce qui est le mieux pour l'animal".
Ca me rappelle une histoire, vécue il y a quelques années. Il y a matière à un billet...
Chaque cas mérite d'être pris avec beaucoup de tact et de prudence. Qui sait si quelques mots bien choisis ne vont pas motiver la dame à soigner le chaton ?
Bref, pas de généralité, pas de règle, nous parlons de vie et de mort.
Le vendredi 5 décembre 2008 à 17:34
Je viens un peu régulièrement sur le blog de Fourrure et ça me fait un bien infini de constater que les confrères ont les memes fonctionnements que moi; je me suis souvent sentie un dinosaure quand j'explique aux clients que non la chimiothérapie n'est pas adaptée aux animaux ( on peut meme se demander suivant les cas s' il est humain de faire passer les hommes par là !! )malgré tout quand on ne se bat pas on ne gagne jamais.
Une anecdote: une cliente qui posséde des brebis appelle le docteur pour lui dire que la mamie ne va pas bien; le docteur après examen lui affirme que tout va bien et qu'elle s'est trompée.La mamie est morte dans la nuit , l'éleveuse me racontant l'histoire me dit: "j'ai bien vu qu'elle allait mourir, j'ai l'habitude avec les brebis".
Ainsi, nous qui vivons avec la mort nous la reconnaissons souvent et ça nous aide à guider les gens vers l'euthanasie ou vers les soins mais malgré tout il faut aider les propriétaires à vivre leurs choix.Le comportement face à la mort de l'animal est fonction de l'histoire de chacun: une cliente à qui j'annonçais la très forte positivité de son chat pour le FIV a eu la reflexion suivante:"mon frère a mis 5 ans à mourir du SIDA , nous on ne va pas faire comme ça!!"
Le jeudi 18 décembre 2008 à 12:09
Intéressant, vraiment très intéressant...
Quand je vois combien j'ai récemment laissé à un vétérinaire pour soigner ma chienne pour une broutille... je me dis qu'en effet, les motivations ne sont pas les mêmes pour chacun !
Mais bon, j'en veux beaucoup à ce véto qui m'a quand même pris pour une vache à lait, tout en laissant souffrir ma chienne en ne la soignant pas et en lui faisant un maximum d'examens inutiles.
Ne comprenant pas l'origine de ses étouffements, et après moult radios, examens de sang, cortisone, antibio et autre petits plaisirs de ce genre, j'ai profité des vacances chez ma mère pour aller voir mon "véto de coeur", celui (le seul) en qui j'ai toute confiance.
Après 5 minutes de consult, il éclate de rire... "Ce qu'elle a ? mais rien de plus banal qu'un bouchon d'herbe dans les sinus !"
Une petite anesthésie plus tard, ma chienne n'a plus jamais étouffé...
Et cela faisait 3 semaines que de l'autre côté on me faisait faire des examens tous très onéreux pour découvrir la cause de cette étrange pathologie sur un chien, vieux, mais en parfaite santé.
Mais seulement voila... même si j'ai du manger des pâtes pendant 2 mois après ça : ma chienne n'a pas de prix, et cela se voit... et parfois, je craint que certains vétérinaires peut scrupuleux n'en profitent. Heureusement, ils sont rares !
Le jeudi 18 décembre 2008 à 12:35
petit rajout : y'a quand même un point positif :) certes ca m'a couté cher en examens inutiles, mais au moins je suis sûre d'une chose : ma vieille toutoune est en parfaite santé !
C'est déjà ça non :) ?
Le jeudi 26 février 2009 à 10:18
votre billet me rappelle le regard horrifié de mes parents et de mes collègues lorsque je leur ai dis que j'amenais mes rats chez le vétérinaire en cas de problème , un vétérinaire spe NAC qui voient tous mes animaux en consultation : chiens - rats - furets
je n'ai pour l'instant pas eu à faire ce choix de cout de la vie , sauf peut être pour un de mes rats qu'on a essayé de soigner ( 400€ de facture sur 2 mois ) et qui est mort à la clinique dans sa bulle à oxygène .
je redoute ce jour fatal où j'aurais un tel choix à faire .
Le samedi 18 juillet 2009 à 14:55
Ce billet me rappelle l'époque où j'avais des rats, qui ont tous eu à un moment ou un autre des ennuis de santé ( tumeurs et abcès principalement)
il m'a toujours semblé logique de les faire soigner si c'était possible car j'estime que lorsqu'on adopte un animal, on l'assume ensuite.
Je dois dire aussi que les frais engagés n'ont jamais excédé mes possibilités, peut être aussi parce que les vétos m'ont fait des propositions thérapeuthiques adaptées....
J'ai eu 5 rats au total, et pour 3 d'entre eux, j'ai pris la décision de les faire euthanasier ( et pas par convenance personnelle, je vous assure!)
Deux d'entre eux avaient des absès et leur état s'est dégradé malgrès les antibios , et le 3e avait une tumeur mammaire évoluée et je l'ai emmenée quand elle a arrêté de se nourrir et s'est tapi dans un coin de sa cage.
Le plus difficile a été la première fois que j'ai du emmener mon rat pour l'euthanasie, mais le véto de garde a été super, attentif, a l'écoute, et a bien pris le temps de demander l'histoire de la maladie et les traitements qui avaient été fait avant d'accéder à ma demande.
Pour le rat qui a fait une tumeur mammaire, la tumeur était tellement énorme, envahissante, "gênante" à regarder que l'idée de l'emmener pour qu'il soit euthanasié m'a effleuré plus d'une fois.
Juste pour ne plus voir ce truc effroyable continuer à grossir.... Mais malgré tout, elle faisait sa petite vie de rat, mangeant, se promenant tout de travers.
Alors je l'ai laissé terminer sa petite vie jusqu'au jour où elle a arrêté de se nourrir.
Bien sûr, j'ai conscience que la décision est rarement aussi simple à prendre dans d'autres cas.
Le jeudi 21 janvier 2010 à 22:43
Une cliente, il y a quelques années, espagnole, dalmatien leishmanien... A propos d'une éventualité de soin couteux, dont je balbutiai le prix, comme pour lui faire convenir que ce ne serait pas raisonnable...
Elle m'a regardé avec des yeux ronds, et dans un français approximatif a levé sa main gauche et désigné tour à tour ses bagues...
"Vous voyez cette bague ? 10 000 €. Celle-ci ? 25 000 €.... Ces boucles d'oreilles ? 12 000 €....
docteur, croyez vous que je les préfère à mon chien ?"
Je m'évertue depuis à ne pas faire des choix à la place des propriétaires, ni, du moins, à en éluder une partie parce qu'un soin serait "trop couteux" pour ce qui n'est "qu'un animal" comme disent les bien pensant. Ce jour là j'ai pris la mesure de ce qu'est le consentement éclairé.
Longue vie à ce blog. C'est beau, et si vrai.
Le jeudi 28 janvier 2010 à 23:11
Bonsoir. Je suis tombée sur votre blog par pur hasard. J'ai lu une partie. Et je me permet de vous laisser un mot, même si ce billet est 'ancien'.
La valeur de la vie...Je vous trouve très réaliste. Peut être votre métier y joue un rôle.
Cela me rappel lorsque j'ai prit la décision de faire piquer ma petite chatte. Elle était jeune (pas 2 ans) en pleine forme et paf! Cancer, inopérable mais encore vaillante.
Mon véto m'a laissé le choix. Il m'a proposé la cortisone. Pour dire vrai, je n'ai absolument pas pensé au cout financier sur l'instant. Il n'y avait que "je suis désolé, je ne peux rien faire de plus" qui tournait et retournait dans ma tête.
Franchement l'idée de la voir dépérir lentement à la maison m'était insupportable, plus que d'abréger des souffrances inutiles
Alors que ma vieille chienne cumulant les problèmes de santé, durant un an, j'ai dépensé une sommes folle.
Cela ne veut pas dire pour autant que j'accorde moins de valeur à l'un ou à l'autre.
Les cas sont chaque fois différent et il ne revient à personne de juger je pense.