Il y a une dame très âgée dans la salle d'attente. A côté d'elle, sur un siège, une panière à chat en osier. Elle semble attendre patiemment.

En réalité, elle avait rendez-vous il y a deux bonnes heures... Elle est arrivée il y a dix minutes. Entre temps, je suis passé à d'autres consultations. Curieux, j'observe l'ASV à travers le hublot de la porte de consultation, qui discute gaiement avec la vieille dame et semble se retenir d'exploser de rire. La dame, elle, n'a pas l'air gaie du tout. Elle serait plutôt sinistre avec son chapeau défraîchi et son vieux manteau.

Au détour d'une porte, j'ai l'explication de l'hilarité mal contenue : la vieille dame a patienté plus d'une heure dans la salle de consultation du cabinet médical voisin, avant que le médecin ne se rende compte de la confusion. Je me dis quand même, dans un sourire, que ce n'est pas très sympa de se foutre de la gueule d'une vieille dame un peu perdue...

Jusqu'à ce que j'entende la vieille dame, d'une voix acariâtre, se plaindre auprès de moi que le bon docteur qui m'a précédé, et qui est décédé depuis des années, savait, lui, prendre les gens à l'heure, et ne pas les faire attendre deux heures dans une salle d'attente.

Vexée, pressée et avec toute sa tête. Je me suis senti tout de suite moins compatissant.

Le bon docteur qui m'a précédé, et qui est décédé depuis des années, avait une formule pour ces clients : "ils sont retraités, il n'ont rien à foutre de leur journée, et ils sont toujours pressés, sauf pour trépasser."

Pour les supporter, j'ai trouvé ma technique : me rappeler de ce confrère, aujourd'hui idéalisé par ces patients (c'était forcément mieux avant !), chercher la formule juste et caustique adaptée à la situation...

Et puis au moins, ça aura fait marrer le médecin à côté...